Lulu musico au H-K Hilton

"Lulu" au Hong-Kong Hilton

1965

 

30 juin 1965 : Retour à Hong Kong : " les contrats Hilton". Malgré ses stabilisateurs antiroulis et pour ma quatrième traversée, le "Cambodge" tangue sérieusement dans le détroit de Formose… Je trouve tout de même l'assiette nécessaire pour relire mes deux contrats signés sans trop m'être posé de questions… L'un est en anglais avec la signature du "Résident Manager du Hong Kong  Hilton", excusez du peu !  - Le contrat stipule 42h par semaine avec un jour de congé, ce qui veut dire que je dois jouer de la musique 6 heures par soir pendant 6 jours, de 8h du soir  à 2 heures du matin. Le dimanche, jour "off ," est payé comme les autres jours.  -Trois costumes sont exigés par la direction.  La ponctualité doit être rigoureuse  - On doit accepter de jouer les musiques qui peuvent nous être demandées… 4°- Il est interdit de consommer de l'alcool pendant le travail, ni se présenter sur le podium sous l'emprise d'une drogue…  - En cas de maladie, aucun salaire n'est versé si l'on n'est pas présent sur le podium. (!!)  - L'International Hilton a l'entière  exclusivité de nos prestations, on ne doit pas se produire dans d'autres endroits, publics ou privés, payés ou non payés sans l'accord de votre band-leader": Sandro Comensoli .- Ce contrat commence le 1 juillet 1965 et se termine le 30 juin 1966- Le salaire par semaine est de 665 Hong Kong dollars net de taxes. Ce qui équivalait à environ 600 anciens francs de l'époque. Le change s'opérait dans de minuscules boutiques de planches tenues par des chinois et leur inséparable boulier. On pouvait obtenir n'importe quelle monnaie et même des roubles ! Les cours des monnaies pouvaient varier selon le jour ou l'heure! Je rappelle qu'un peu plus d'un an plus tôt, au "Blue-Note" avec Georges Arvanitas et Jean Luc Ponti, on gagnait 50 francs par soir ce qui faisait 300 francs par semaine alors qu'au "Slow-Club" ou aux "3 Mailletz" le tarif était toujours resté à 40 francs par soir!

Quant au contrat Italien signé avec le Combo italien de Sandro, lui en rajoute : je suis engagé comme bassiste électrique-chanteur.  - Le salaire est versé tous les 1 et 16 du mois.  - Vous êtes dans l'obligation d'accompagner les attractions. Des répétitions seront prévues à cet effet. - Vous devrez vous plier au règlement de l'hôtel et reconnaître les qualités du chef d'orchestre. (!!! Sans commentaires…)  - Vous ne devrez pas fumer sur le podium et être à l'écoute des clients. Vous ne pourrez pas accepter une invitation pour s'asseoir à une table. - Le billet de retour sera à votre charge.  - Dans le cas où vous n'aurez pas payé les taxes (environ 10 %) au bureau de l'immigration, ces taxes vous  seront retenues sur votre dernier bulletin de salaire. Ce contrat tout mirobolant qu'il fût me laissait perplexe. Je n'étais pas mécontent d'être entré dans un orchestre réputé en Asie. Les musiciens italiens étaient là, depuis 4 ans, c'était une excellente affaire à ne pas laisser échapper. D'un autre côté, ma vie de musicien itinérant avec ses rencontres imprévues, enrichissantes, risquait de me manquer.

L hiltonLe 30 juin 1965.  Dès mon arrivée à Hong-Kong, je me pointe à l'Hilton pour prendre possession de ma chambre, je savais que les musiciens possédaient chacun la leur pour un prix dérisoire, moins cher que dans les "Chunking". Sandro, le chef d'orchestre m'accueille "- Depuis hier, les musiciens ont été obligés de quitter leur chambre, des GI's en permission pour la semaine arrivent du Vietnam, de plus, le 4 juillet : c'est l'Independance Day , tout sera plein… Dans ton ancien appartement à Kowloon, Vali Mayer a fait venir sa famille,  je leur ai demandé de t'héberger pendant la semaine. Par contre, tu peux manger dans les 2 snacks de l'Hôtel , pour nous c'est gratuit".

Le combo italien du "Den".  J'y fus tout de suite très bien accueilli. Les cinq musiciens depuis plusieurs années à Hong-Kong parlaient anglais et quatre d'entre eux m'ont tout de suite parlé en français. J'avais déjà fait leur connaissance en allant faire 2 ou 3 fois le bœuf au "Den".  Marcello le batteur, ancien instituteur était très fin jazzman, ça fait des liens… Le chanteur Luigi, beau gosse à la Delon chantait dans un anglais parfait mais également les bossas en portugais et des "requests" en italien, mélodies que je connaissais pour les avoir déjà jouées avec José Marchèse en Tunisie. Seul le jeune guitariste chanteur au style "Trini Lopez" ne parlait pas français. Finalement, je ne les entendrai parler italien  qu'aux cours de leurs engueulades ! Il y avait, aussi un flûtiste à la fois sax ténor et chanteur et Sandro au piano demi-queue et au réglage de la sono "Binson".

7 65 combo au den

Le dernier ferry. C'est celui des "showbiz", philippins pour la plupart. Danseuses à peine recouvertes d'un châle, faux cils, maquillages de scène, n'ont-elles pas eu le temps de se changer ou bien est-ce pour confirmer leur statut de showbiz ? Les musiciens, eux, sont en costume, reconnaissables à leurs boîtes d'instruments. Jongleurs, clowns, tous continuent leur show pendant ces 8 minutes de traversée. Ils sont là, plus d'une centaine, s'interpellant en "galapago". Quel mystère entoure ce peuple qui aime rire et faire rire… si loin des chinois et des anglo-saxons de Hong Kong, ce peuple si proche des latinos… capable de  chanter comme des mexicains. Pourtant, bien qu'ils aient été espagnolisés pendant plus de trois siècles… je n'y vois pourtant pas traces de flamenco ! Et leur "galapago" ?  ce langage aux 2 ou 3 voyelles répétitives  dans une tonalité linéaire alors que les cantonais chantent leurs idéogrammes en 7 tons et les péquinois qui eux parlent mandarin avec seulement 4 tonalités. J'aimerais qu'on m'explique... 

La clientèle du "Den" Après avoir subi au bar des GI. vociférants, plus intéressés par le base ball diffusé par une TV installée sur leur demande que par notre présence, la clientèle du "Den" a repris ses clients habituels. Contrairement au "Cellar Bar" où marins au long court, sympathisent avec les "transits des Chung King" et les résidents de toutes nationalités, la clientèle du "Den" est composée principalement de businessmen, représentants de toutes sortes : des grandes marques de voitures, de chaussures de luxe, de produits pharmaceutiques, de parfums etc.. A travers Hong-Kong, la Chine venait d'entrouvrir une première porte. Ces voyageurs de commerce en attendant leur visa venait passer quelques soirées au bar dans l'espoir d'y rencontrer quelques "jolies filles", j'en reparlerai plus tard…

        7 65 nous les garcons et les filles

"Tous les garçons et les filles de mon âge..." : j'avais l'air malin!

" Request" et répertoire. En fait, le paragraphe du contrat concernant les "requests" ne s'appliquait que rarement. J'ai dû toutefois apprendre et chanter "Tous les garçons et les filles de mon âge", (F. Hardy) pour une résidente française qui venait régulièrement au "Den" faire son show ! Inutile de dire que c'était une occasion de faire l'andouille avec ma basse ! De 20h à 21h 30, on jouait à tour de rôle en trio, principalement des standards et balades de Jazz. Notre "présence" consistait à faire attendre les clients du grand restaurant "Eagle nest" du 25ième étage où jouait un Big Band philippin accompagnant des shows internationaux. De 21h 30 et jusqu'à minuit et demi, notre groupe au complet jouait pour la danse, je retrouvais le plaisir de rejouer toutes les bossas novas apprises avec Ney del Castro à la "Grande Séverine" mais, plus dans l'esprit Sergio Mendès dont Sandro relevait les arrangements en les adaptant à notre type de formation. Fana de ce groupe brésilien, Sandro copiait même les chorus de Sergio sur son piano ! Quelques  thèmes des "Beatles", de Steevie Wonder et des standards  swinguants de Franck Sinatra.  Enfin les trios reprenaient jusqu'à 2 h du matin, musiques beaucoup plus calmes avec quelques tangos. En fait le répertoire joué dans ces grands Hôtels à la clientèle internationale et passagère était choisi par les musiciens.

Vivre à l'Hilton : Habitué à la débrouille, ma nouvelle vie à l'Hilton se trouve simplifiée à l'extrême. Le petit déjeuner se confond avec le repas du midi. Celui du soir  se prend à 19h avant de monter dans ma chambre au 12e, enfiler l'un des 3 costumes pour être sur le podium à 19h 55 ! Finies les gargotes chinoises que m'avait fait découvrir Diana. Je fais maintenant partie intégrante du  "staff Hilton" ! Sandro, lui, habite depuis plusieurs années dans une suite avec sa famille. Son rôle de chef d'orchestre consiste aussi à surveiller  la coupe de cheveux de ses musiciens…! On est chouchoutés ! Le linge est ramassé par notre "amah"  qui nous le redonne repassé le lendemain  pour 50 centimes de H.K. dollars la chemise! (environ 0,075 euros !). Nos repas nous sont offerts dans l'un des 2 snacks de l'hôtel. Je découvre la nourriture internationale, insipide : ketchup,  french sauce salade (sucrée) et tabasco ! Par contre, je n'ai jamais tant mangé de "bananas split's" énormes, multicolores ! Sans doute la revanche, aux couleurs de sorbets parfumés, du p'tit Lulu qui avait connu les restrictions de la guerre ! Il suffit de signer les additions, je goûte l' "Américan way of life" ! (du bout des lèvres...! )

Mavis :  Question cœur, une nouvelle aventure m'attendait à Hong Kong… Avant mes vacances au Japon, j'avais rencontré, toujours à l'Alliance Française une ravissante chinoise de 19 ans : Mavis,  (number five comme elle se nommait au sein de sa fratrie de ses 7 frères et sœurs!). Je la retrouvais après son travail de secrétaire import-export au "Botanic Garden", le seul lieu public où les jeunes amoureux osaient s'embrasser… Au Japon, à Tokyo, pour les premiers baisers, il fallait aller à Hibiya Park… quelquefois à 1h ou plus de métro! Mavis, ma nouvelle compagne, découvre l'amour gourmand, son sourire en dit long ! Elle trouva vite le moyen de se mettre bien avec le chinois du 12ième étage, lequel surveille la sortie de l'ascenseur. Il faut dire  que de nombreuses jeunes filles à la sortie des lycées fréquentent les galeries marchandes du rez-de-chaussée et de l'entresol. Mais pour monter plus haut, c'était filtré ! Elles se trouvaient nez à nez avec le groom de service, en uniforme, leur demandant le numéro de la chambre où elles désirent aller… J'imagine l'émoi de Mavis venant d'un HLM  de Kowloon, se retrouvant avec moi sur la moquette du couloir.  Qu'a-t-elle bien pu dire (ou donner) au chinois pour qu'il accepte de plaisanter avec elle ?  

5 65 mavis buste

Une rencontre qui portera ses fruits beaucoup plus tard au Québec!Un soir, je suis arrivé en avance au "Den" faire un réglage des cordes de ma guitare basse. Au bar, un petit monsieur, seul, lui aussi, m'observe… Je rêve ? Mais c'est Charles Aznavour ! Pour en être sûr, je m'approche du bar… "Monsieur Aznavour ?  -Lui-même… je vous offre un verre ? ". Comme pour Jean Paul Belmondo, 6 mois auparavant, l'illustre vedette peut se promener à Hong-Kong sans être importuné. Il me dit être là en transit, il arrive de Bangkok où il tourne "Le facteur s'en va en guerre". Je lui parle du talent de certains de ses musiciens, d'Henry Byrs son pianiste chef d'orchestre et surtout de François Guin qui venait souvent au "Slow Club" les dimanches soir, jour des jam's. "J'aime beaucoup François, mon tromboniste est un charmant garçon très sympathique."

Le café chez les Duchemins.Tout comme le Dr Desmond, je suis invité tous les jours à venir prendre le café. Le "Hong-Kong Club" (était) à 200m de l'Hilton (aujourd'hui également disparu). Il me parle souvent de l'écrivain Jean Hougron qu'il a bien connu au Laos au début des années 50. Le docteur a toute la clientèle française (environ 1000 français résidents à Hong-Kong à l'époque.)  Il continue : "Comme dans "Les asiates" de Hougron", les femmes européennes s'ennuient, délaissées par des maris trop sollicités ailleurs!.  Elles s'étiolent, compensent souvent par l'alcool, se retrouvent entre elles dans des discussions à épisodes : c'est toujours des histoires de amahs qui leur ont piqué des couverts en argent…, quand ce n'est pas leur mari… quand elles sont toutes jeunettes !!..." Il s'exclaffe…, continue : "Hier, l'une d'elles est venue une fois de plus en consultation pour me parler de la morosité de son existence depuis qu'elle habite ici!… alors à bout d'argument, excédé,  je lui ai répondu "faites du vélo" !! On n'a pas fini d'en parler dans les soirées  bridges…" Ce vieil anar de docteur qui me veut du bien m'ayant aperçu avec Mavis est tout de suite entré dans le vif du sujet ! "Ta jolie gamine est protégée au moins ?... Ici, tu n'es pas au Japon et tu pourrais bien tomber dans un traquenard familial à la chinoise ! " Perplexe, je réalise qu'à Tokyo les japonaises ne parlaient jamais de contraception avec leurs boys friends et encore moins avec des "gadjins" (étrangers). Dans leur culture, cela devait rester une affaire de femme… Récemment, pendant mes vacances chez Zabo, Masako m'avait mis au courant : "Ici la contraception et même les avortements chez les jeunes filles sont très banals et chez les couples mariés, la limitation des naissances prévoie deux enfants, pas plus…". Le docteur continue : " En Chine et en Inde, on expérimente tous les moyens de contraceptions : question de survie… la  fiabilité des procédés est ici secondaire, on essaie tous les dosages… je viens de recevoir des piqûres à faire tous les  4 mois… même si  ce n'est  efficace qu'à 70 ou 80 % : ça limitera toujours les naissances !  ceux qui passeront au travers seront d'autant plus appréciés, surtout si ce sont des garçons ! " Sur ses propos pour le moins désinvoltes, j'apprenais beaucoup de choses avec le toubib…

Mon expérience à Tokyo Il était très curieux d'en savoir plus sur les mœurs japonaises… Je lui raconte : " L'année dernière, dès mon arrivée en avril, avant les jeux, j'avais remarqué que la population était jeune et de plus petite taille. Mes 1m 68 me situaient parmi les quelques grands japonais. Cela me faisait drôle de dépasser tout le monde, d'être repéré !!  Au cours des heures passées dans les trains ou dans le métro, j'ai souvent été l'objet d'un petit manège… Invariablement, au bout de 10 mn, un petit papier arrivait vers moi de mains en mains…  quelques caractères en katakana et un texte en anglais:  ARE YOU : British ?, Italian ?, Germain ? Spanish ?... Je n'avais plus qu'à remplir d'une croix la case correspondante et renvoyer le papier à mon voisin (e)  qui lui faisait suivre le trajet inverse. Quelques instants plus tard, le message retournait à l'étudiante concernée (c'était toujours une fille ! . Il se marre !  … elle arrivait le plus souvent  avec un  livre de l'institut franco-japonais mais cela pouvait être un " Cahier du cinéma " français ou un livre de littérature : Camus, Sagan, Sartre ! Ces bouquins étaient griffonnés au crayon, sur toutes les pages, par d'innombrables caractères japonais… Je devais, entre plusieurs stations, m'improviser répétiteur d'une série de mots comprenant des "L" ou des "R" , ces sons sont identiques pour l'oreille japonaise… mais le clou du spectacle, je l'attendais en leur lisant un mot imprononçable pour eux, le  fameux " réfrigérateur" cela  devenait vite un concours de grimaces … déclenchant des  fous rires autour de nous !!  Puis sans prévenir, l'inconnue se précipitait pour sortir du wagon en me tendant sa carte de visite.!  … au bout d'une semaine, j'avais un tas de cartes écrites en katakana, seul le numéro de téléphone était en caractères arabes… Quant aux filles que j'avais repérées pour leur charme, elle devenaient " la fille au pull jaune", "au manteau rouge"… Un vrai casse tête !

Dessin des rencardsJ'illustrais mon propos en lui amenant un dessin de Zabo montrant mes difficultés pour pouvoir me caser dans un agenda déjà très rempli ! Entre un cours de russe ou de français, une conférence sur les films de Truffaut et un vernissage de peinture, il fallait bien compter une bonne dizaine de jours consécutifs à la rencontre du métro! " Le toubib, qui n'en perd pas une, est impatient … " Alors ce rendez-vous,  il vient ? " Si on veut…, après  1h ou plus de transport, il se concrétisait la plupart du temps par un bon " lapin ", suivi, le lendemain, d'un appel de l'inconnue  avec des "goménasaï" à n'en plus finir… (je vous prie de m'excuser). Ce qu'elle se gardait bien de révéler cette fille au charme " irrésistible" c'était qu'elle s'était fait remplacer par une copine  pour vous contrôler ! Si vous avez été bien sage à attendre… et longtemps… vous êtes en voie de réussite. L'étape suivante se fera systématiquement à Hibiya Park  où tous les nouveaux couples échangent leurs premiers bisous !!! Par contre, si vous cherchez à faire connaissance avec quelqu'un d'autre, vous êtes qualifié de "butterfly" par la copine et c'est râpé!. D'après Masako beaucoup de filles désirent coucher, au moins une fois dans leur vie avec un français. Mais il faut du temps et du doigté au Japon pour éviter de faire "perdre la face…"

Vie d'un résident "célibataire" à Hong Kong. Zabo avait raison : "Tu verras, on compare toujours le pays d'accueil à celui que l'on vient de quitter, rarement par rapport à la France". Contrairement à Tokyo où les "gadjins" sont dispersés à des distances de 40 kms ou plus, (les métros roulent très vite entre chaque station), ici, à Hong Kong tout se passe dans un périmètre grand comme le Quartier Latin d'un côté et le quartier St Germain de l'autre avec le boulevard St Michel entre les deux.. Ici, le b'oulmich' c'est 1km de traversée en 8 mn de la magnifique baie. Côté nord attaché au continent chinois c'est Kowloon avec ses "Chungkings  Mansions", ses boîtes,  ses clubs et tous les shows business philippins dont j'ai déjà parlé. En face, côté sud, dans l'île Victoria aux arrivées et départs des "ferrys", c'est beaucoup plus riche, plus "golden boy". Autour des célèbres banques de Shanghai, de Canton et de l'antique Poste Office du 19e se trouve la vénérable "East Indies Company" rivale pendant des siècles de la compagnie des Indes de Colbert! On y trouve également tous les magasins représentant les marques les plus chères du monde. Un nouveau résident qui vient de louer un appartement dans l'un ou l'autre de ces quartiers ou logeant dans un hôtel international est vite repéré. Il lui suffit d'attendre quelques jours, voir une semaine, les hasards des rencontres n'attendront pas plus longtemps. A Hong Kong, à la sortie des bureaux ou des lycées, les premiers contacts se font dans les ascenseurs avec quelques mots d'anglais, toujours les mêmes. Les questions sont directes sans équivoque :  "How much your watch, "How much your guitar" ? Au fil des rencontres, le questionnaire est invariable. Après quelques jours, une semaine au plus, avec le sourire d'une secrétaire qui vous connaît, elles demanderont : "What kind of Job ?" Puis, la question essentielle :

 "How much you got money monthly"? On est repéré, jaugé, pesé… Comme dit le Père Duchemin qui s'y connaît en chinoises de Hong Kong  :  "Suivant la somme que tu gagnes, elles savent déjà comment elles vont la dépenser ! " Avec ma propre expérience, plus heureuse, j'ai rajouté : " Souvent pour aider leur famille…" . Lorsque l'on travaille à l'Hilton, ces questions ne se posent pas : elles connaissent déjà, grâce aux hôtesses, combien gagne le chef d'orchestre et chacun de ses musiciens et… s'ils ont déjà une "girl friend". A cette époque, les jeunes asiatiques de Hong-Kong, étaient très prudes. Comme au Japon aucun signe amoureux ne devait apparaître dans la rue. Comme j'en ai déjà parlé, seul le "Botanic Garden" dans l'île de Victoria, en montant vers le pic, tolérait les embrassades, lesquelles, à la longue, devaient se concrétiser par des fiançailles en bonne et du forme suivies par un mariage quand celui-ci n'était pas déjà programmé par les parents suivant les conseils d'un astrologue! On m'a souvent posé la question qui démange… celle des "entorses" à ce programme traditionnel chinois mêlé à une présence britannique "coincée" vieille depuis plus de deux siècles.

11 aberden h k 65Comment font ces jeunes qui vivent sous ce climat tropical ? Amener un boy-friend ou girl-friend à la maison est hors de question sans les fiançailles. Quant à l'intimité, chaque  chambre est  partagée par deux ou trois  frères ou sœurs! A la campagne me direz-vous… ? Dans les maquis aux essences méditerranéennes, il y a du monde partout  et près de la mer, des enfants qui gardent des rassemblements de 500 canards ou plus… Alors pour les jeunes filles qui ont un appétit sexuel développé, le résident "gweloo" est tout trouvé, avec appartement, discrétion, et cadeaux… En Asie, on ne sépare pratiquement jamais l'utile de l'agréable. Comme me l'a rappelé une journaliste du mensuel "Réalités"  en reportage à Tokyo au moment des jeux Olympiques. "N'oubliez pas que l'amour courtois est essentiellement de culture occidentale… il n'existe pas en Asie". Le touriste de passage n'a donc aucune chance

Un nouveau musicien dans l'orchestre.Un sax ténor/flûtiste  tout neuf vient d'arriver de Sicile pour remplacer l'ancien qui a dû accepter une meilleure offre dans un autre orchestre italien. D'après Sandro, dès sa descente d'avion, il voulait tout de suite réaliser son rêve : "coucher avec une chinoise". C'était impératif ! Les autres membres de l'orchestre avec qui je n'avais pas d'autres rapports que sur scène m'ont tout de suite désigné à l'unanimité : "Lulu, guide spirituel ! : " Demain on ne joue pas, tu l'emmènes… - Mais je ne sais même pas où sont les bordels !  -Tu verras, en haut de Nathan à Kowloon, c'est facile… " Effectivement, ce sont des conversations de jeunes français aux accents marseillais et corses qui m'ont guidé dans des rues sordides, encombrées par des gamins qui cavalaient partout : " You tac tac?, young girl ? young boy? " . Un cargo français ou l'un des cargos mixtes des Messageries Maritimes devait être en escale… Hilare, un "client" descendant quatre à quatre un escalier de meunier sort dans la rue et retrouve ses collègues sur le trottoir : " Elle est toujours là la petite ? " . Il a l'accent marseillais… Et mon sax ténor de s'engouffrer avec les marins… " Hè! les copains! il vient d'arriver, il est sicilien et n'parle pas un mot d'anglais ni d' français… - Moi je par-le le cor-se… je m'en occu-pe… A nous, on nous fait des tarifs es-spéciaux ! " Oh combien de staphilos, combien de sales gonos… que de rêves "partagés" sur ces mers lointaines…" Après les amours Diana puis, ceux de Mavis, je réalisais pleinement l'étendue de mon bonheur.

7 aberden h k 7 65Ces bambous servent à monter des échafaudages d'immeubles..

Savez vous planter les …? Toutes les semaines, je passe lire le Canard à la bibliothèque de " l'Alliance française". Un français, la vingtaine d'année vient vers moi : " Bonjour, ça fait plaisir de parler français… -Tu viens d'où ? - D'Australie où je travaille,  je suis en repos quelques jours. -Là-bas, tu ne parles qu'anglais ? -Même pas… Seulement quelques mots d'aborigène. - Mais qu'est-ce que tu fais comme boulot? - Je travaille pour une entreprise qui pose des poteaux téléphoniques. On m'a donné une grande jeep, une carte avec un tracé à suivre, une boussole et une équipe de 6 aborigènes qui creusent les trous… comme tu vois, c'est pas facile pour moi d'apprendre l'anglais!  j'en suis resté baba! Toujours est-il que ce français dont j'ai oublié le nom a dû passer  une bonne nuit dans ma chambre à l'Hilton. Salut mon poteau!

Début septambre : chez les "Duchemin". Deux mois de passés au Den. Dimanche soir, nous sommes invités au "Hong-Kong Club". C'est la première fois que Mavis entre dans une famille française. A table, les deux frangines s'engueulent en chinois comme d'habitude… Mavis les écoute, très intriguée, elle essaie de m'expliquer  avec son vocabulaire français de débutante que l'aînée, Josiane (17 ans) est fan des Beatles, alors que la plus jeune (16 ans) ne veut entendre parler que des "Stones". Le père Duchemin est "scotché", par la beauté sensuelle de Mavis à tel point qu'il en oublie de rappeler à ses filles qu'à sa table "On ne parle que français". Un monde sépare les préoccupations de ces deux "européennes", nées à Hanoï, qui dès la sortie du lycée passe leur temps devant la télé et celle d'une jeune chinoise, déjà secrétaire, utilisant dans son travail d'Import-Export: l'anglais, le cantonnais, le dialecte de Shanghai et la langue officielle de la Chine : le mandarin. Plus tard, à Paris en 68, je serai toujours surpris de constater que Mavis pouvait apprendre ses devoirs d'Alliance française dans le métro entre la Porte d' Orléans et la station Raspail.! Je n'ai jamais manqué de faire le rapprochement avec le sérieux des petits chinois de 7 ou 8 ans qui calligraphiaient de grands idéogrammes sur des cartons d'emballage, à même le trottoir, dans un vacarme infernal ! et sous l'œil du grand père, fier de sa descendance...

Simone Duchemin voudrait en savoir plus. - " Alors vous êtes née à Canton en 1948… Quand votre famille est-elle arrivée à Hong-Kong?". Mavis en anglais : " En 1949, ma famille à dû partir de Canton car mon père était expert comptable dans l'ancien gouvernement. Quand l'armée de Mao Tze Tung est arrivée, tous les fonctionnaires sont partis et ont été remplacés par des jeunes révolutionnaires." Les deux sœurs, soudain intéressées par le parcours de Mavis,  l'invite à parler de son lycée chez les bonnes sœurs chinoises. S'en suit une discussion en trois langues ! sur les contenus différents des programmes selon les congrégations… Les parents Duchemin et moi sommes largués… Mavis parle de ses 6 frères et sœurs tous placés dans des congrégations différentes, la plupart protestantes, elle les énumère et surprise, son jeune frère étudie dans une école communiste!  Mme Duchemin : "Une école communiste…? Pourquoi…? -"Parce qu'elle vient de s'ouvrir, elle est tout près de Java road où on habite ! ". Mr Duchemin  se tourne vers moi :  -"Les chinois sont pragmatiques et très pratiques !  " Il change de sujet : "Alors Lucien, tu va pouvoir te payer une bagnole avec ta paie de l'Hilton… - J'y pense… après mon régiment quand j'ai repris la planche à dessin industriel, je m'étais payé une Dyna-Panhard "Junior" d'occasion. -"Ici tu peux avoir une "Triumph TR3" pour 5000 H-K dollars mais les jeunes les ont fait souvent souffrir. Je te conseille une "Sumbeam". Je peux m'en occuper si tu veux… - "Ouah!  Pourquoi pas?" Huit jours plus tard j'avais une "Sumbeam" décapotable avec son garage à l'Hilton pour à peine deux mois de mon salaire. Quand on est tous les deux, le père Duchemin m'initie à certains secrets sur les usages pratiqués au Hong-Kong Club : "Les roasbeefs", au scotch, on tient pas, mais au pinard : on les torche !"

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Les nouveaux territoires. A partir du 31 août, on doit quitter pour une semaine nos chambres à l'Hilton. Mon déménagement tient dans le coffre de la voiture. Des ferrys transportant camions et voitures font la navette de Hong-Kong à Kowloon. Par rapport au Japon, la simplicité des initiatives, de toutes sortes, dégage l'impression d'être toujours en vacances. Cette semaine sur le continent est une bonne occasion pour aller explorer les Nouveaux territoires. La côte, découpée laisse place à de minuscules plages désertes, les pins maritimes rappellent le sud de la France, en plus vert… Une seule ligne de chemin de fer relie la péninsule de Kowloon à Canton en Chine. Au nouvel an chinois, la ligne s'ouvre au public. On y voit une queue impressionnante de familles chinoises chargées de paquets. Ils vont rendre visite aux oncles, tantes et cousins restés derrière la "frontière de bambous". Dans l'autre sens, et en dehors de leurs retours, il n'y a pas d'autre passage que celui du fleuve, à la nage, dont le courant les porte vers Macao, 60kms plus au sud… réservés aux sportifs… Plus on s'enfonce dans le nord de Kowloon plus on rencontre des super marchés dont tous les produits viennent de Chine à des prix défiant toute concurrence, tissus "d'avant guerre" à la solidité exceptionnelle (J'ai toujours un pantalon sur mesure en velours côtelé, acheté à cette époque que je n'ai jamais pu user…). A cette époque, la police et les dockers étaient déjà contrôlés par le régime de Pékin. Papa Duchemin m'explique : " Ils sont pragmatiques ces anglais, pas de vagues… " La frontière chinoise n'est gardée que par un bataillon de gourkas sensé protéger l'enclave de la couronne. Comme disent ces messieurs de la finance : " If the chineses want to invide H-K, they have just to phone ! " 

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Une île pour deux… Un dimanche matin (pas trop tôt). Après un bavardage en cantonais avec une vieille édentée dans les Nouveaux Teritoires, Mavis me montre un bouquet de palmiers plantés sur la mer. On embarque dans le sampan, la vieille godille… elle chantonne une mélodie indéfinissable dont les sept tons cantonnais chevauchent les cinq notes de leur gamme… Pour mes oreilles occidentales les chants du sud-est asiatiques resteront toujours de la bouillie à laquelle il faut s'accommoder. Au mieux pour ajouter de l'exotisme aux massages… ( je les apprécierai 7 ans plus tard au Laos). Au bout de 20 minutes, elle nous dépose avec un sourire complice… l'île doit faire 50 mètres de diamètre! Le sampan s'éloigne suivi par une queue de vaguelettes... Mavis en anglais : " Elle doit revenir à la tombée de la nuit à 7h pm pour nous ramener à la voiture. - Et si elle oublie ? Non elle ne va pas oublier ses H-K dollars !  A l'heure prévue, la vieille et sa godille apparaissait sur le ponton. On avait faim ! Heureusement Mavis avait tout prévu pour la bouffe!

Mes cours de chinois… Depuis deux mois, je prends des cours de mandarin… pas simple à Hong-Kong où l'on ne parle que le cantonnais. J'ai trouvé à l'Alliance une femme allemande qui habite les "Nouveaux Territoires". Elle est née en Chine et y a vécu pendant 20 ans.  En français, elle me parle souvent des "vrais chinois" de Chine qu'elle aime pour leur gentillesse, leur sagesse : " Ne les compare pas à ceux qui vivent ici dans le panier de crabes de H-K ! ,ils sont devenu des chiens." Toujours est-il que le Mandarin et ses quatre tons s'apprend assez vite quand on est musicien, la grammaire est des plus simples, du genre : "Moi mange riz, demain (ou hier) moi mange riz", pas de conjugaison! il suffit de ne pas confondre les 4 sons: montant vers le haut, haut, bas et partant du haut vers le bas. Un jour d'octobre, mes cinquante mots de chinois m'ont peut-être sorti d'un mauvais pas… J'avais demandé à Mavis de venir avec moi voir un film chinois qui passait à Kowloon dans un grand cinéma. Le fronton, sur plus de dix mètres représentait grossièrement les défilés du 1er mai à Pékin. Pendant 2 heures toutes les provinces de Chine ont défilé en costumes traditionnels dans une orgie de couleurs et d'enthousiasme communicatif dans la salle. A la fin du film, j'ai reconnu l'hymne chinois que Mavis m'avait appris. Dans la salle la foule s'est levée d'un bond, poings dressés… impressionnant… Autour de nous, les visages nous étaient hostiles, on me regardait comme un intrus… Mavis apeurée m'a aussitôt dit à l'oreille : " They think that you are an américan… " . Alors je me suis retourné et j'ai sorti du mieux que j'ai pu :" Wo she fagouo jen : (moi est français). Heureusement j'en connaissais bien les tonalités pour m'être entrainé à les ressortir au cas où  j'en aurais besoin! Un chinois m'a lancé : "De Gaulle good ! " (il venait de reconnaître la Chine populaire depuis peu…). Mavis leur a dit je ne sais quoi en riant et on a été applaudi !

L'hymne chinois par Mavis.

Une heure d'hydroglisseur : Macao… Les joueurs viennent ici, ils dépensent des fortunes, c'est ce que l'on nous a dit. Je suis à l'affut de ce qui peut rappeler cette présence portugaise de 400 ans… Témoins de cette époque, des petites églises baroques et surtout cette façade debout, insolite comme un décor de cinéma installé en haut de larges marches. Beaucoup de fleurs enjolivent les maisons, entourent les fenêtres à jalousies. Des ruelles pavées de galets ronds se dégage une atmosphère paisible qui nous change du chaos de Hong-Kong. Boutiques et artisans affichent leurs métiers en portugais. On croise beaucoup de métis, ici on dit eurasiens. Je retrouve dans la démarche des femmes la grâce et la nonchalance de Tina, la chanteuse du "Cellar Bar" qui venait de Macao… De retour au Hong-Kong Club, j'en parle à Papa Duchemin: " Le métissage ? Tu as oublié une chose, nous les latins ne sommes jamais racistes en dessous de la ceinture… Il rie… " Les anglais, eux, ajoutent le bas… c'est la différence." Je comprends mieux !… Un dimanche, Josiane, sa fille, avait trouvé bon de nous inviter dans une partie chez des jeunes anglais de son lycée, ils lui ont fait comprendre que ce n'était pas dans les coutumes britanniques que je vienne avec Mavis… Son père intervient : Josiane est jeune, elle ne sait pas ce que représente le drapeau de l'Union Jack qui flotte sur le Hong-Kong Club! Et oui, ici on était vraiment très loin de l'esprit "Beatles"…

10 65 ancien comptoir portugaisMacao : nn ancien comptoir Portugais

Invité dans la famille ! : Je leur ai parlé de toi… mes parents voudraient te connaître… demain samedi, tous ceux de Hong-Kong seront là, on devra arriver à la maison vers 18h… Mais je dois être au "Den"  pour 20h15… Je sais, mais mes parents ont déjà organisé la journée. Le lendemain, nous étions une vingtaine autour de deux tables tournantes picorant dans 11 plats. Les frères et sœurs de Mavis me parlaient chacun leur tour dans un anglais plein de courtoisie… aucune question personnelle encore moins dérangeante (tout le monde savait ce que je gagnais à l'Hilton! )  Entre eux, de grands éclats de rire ponctuaient leur conversation en cantonnais… Mavis, un peu inquiète en me voyant… m'explique en anglais : " Tu sais, dans les repas de famille, il est d'usage que la conversation se fasse sous forme de joutes verbales en employant des jeux de mots ou des citations célèbres de grands sages.  Tout le monde à beaucoup de plaisir à participer surtout dans les repas de famille."  Elle rajoute en riant, en anglais: " Mes frères s'entrainent… pour avoir plus de succès auprès des filles…" . Eclats de rire général. Tout le monde a compris sauf les parents et leurs frères et sœurs qui ne parlent pas un mot d'étranger… C'est le moment de sortir mes 50 mots de mandarin, les parents parlent la langue de Mao pour avoir vécus en Chine avant de venir à Hong-Kong. Les tables applaudissent! Mais dès qu'ils s'adressent à moi : ils utilisent tout ceux que je ne connais pas!  Il m'en manque au moins trois mille ! Evidement, je reste muet…! Mavis, ravie : Mon père a acheté du vin français pour que tout le monde trinque, c'est la coutume… Elle sort deux bouteilles, les met sur les tables… Je lis "Cognac Martel" !! Le père rempli tous les verres (verres de bistrots de 12 cl) puis tout le monde lève son verre pour faire "cul sec". Devant moi tous retenaient leurs grimaces… Cinq minutes plus tard tous les visages étaient écarlates… Je suis tout de même arrivé à l'heure au Den. Là c'est Sandro qui  a pris le relais en me voyant arriver…

Réveillon de fin d'année 1965 : La nuit va être longue, Sandro prévoit de 8 heures à 4h du matin. La direction a prévu un pianiste de bar qui doit passer alternativement 20 minutes dans chaque endroit où jouent les Trio, Quartet, Sextet et le Big-band . L'hôtel est plein avec ses deux mille clients et son "staff "de mille personnes. Sandro a recouvert son demi-queue d'une large nappe en soie indienne qui tombe sur la moquette. Dès 21h, des clients sont venus nous offrir le champagne, vers minuit le piano n'offrait plus une place pour poser une coupe! Quant aux seaux, bien à l'abri des regards sous le piano, ils étaient pleins…

12 65 au den mavis et le photographeA droite , le copain 'Henri", reporter photographe sera tué au Vietnam...


 

La mort de mon père : vendredi 7 janvier 1966 : Vers minuit, entre deux bossas novas, on me demande au téléphone… ??? A la cabine téléphonique du Den, je reconnais cette voix bien parisienne, celle de notre copine Monique qui tenait une poissonnerie Place d'Aligre. "J'ai une triste nouvelle à t'apprendre, Zizi n'en pas le courage…Ton papa est mort, il ne s'est pas réveillé… il était parti à Pontaubert terminer un meuble... Il faisait froid… son poële à charbon tirait mal…"  Puis un grand silence… Il m'est encore difficile aujourd'hui d'évoquer cette détresse, mon père que j'aimais tant… chaque semaine, je lui décrivais les façons de vivre des asiatiques, si loin des nôtre, il était fier de savoir que j' apprends le chinois, de mes  projets de voyage… il les suivait sur un planisphère… En sanglotant, je suis retourné à l'orchestre…  " Sandro, je dois rentrer en France, mon père vient de mourir… -Désolé pour toi… il va falloir que tu trouves un remplaçant…" J'ai pas eu le temps de réfléchir à mon geste…, il a aussitôt reçu mon poing sur la figure… ce qui évidement n'effacera jamais sa conclusion hâtivement mercantile. A la pause, Marcello le batteur a appelé Mavis… Admirable compagne qui est venue aussitôt pour ne plus me quitter pendant tout le week-end. Abasourdi par la douleur, j'entrevoyais  pêle-mêle : mon désir de rentrer tout de suite… mais avec quel argent ? J'avais tout mis mes économies dans l'achat de la voiture… et puis les musiciens me rappelèrent l'impossibilité de payer mes taxes pendant le week-end sacro-saint, chez les anglo-saxons… J'étais comme paralysé…T out semblait confus. Irréel. Il me fallait du temps pour voir plus clair et prendre des décisions réfléchies… Quelques jours plus tard, je décidai de prendre le prochain bateau celui du 29 janvier 66. Je rends ici hommage à la gentillesse des Duchemin's qui m'ont pris en charge, hébergé chez eux pendant une quinzaine de jours. Simone, si tu es toujours des nôtres fais moi signe… Hommage au Docteur Desmond également qui a su employer les mots qui me convenaient… 

 

A suivre dans la page :

"Retour en France."

 

 

 

 

 

 

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