Jazz à Paris Avril 57-juin 60

 

Itinéraires d'un jazzman

1943...?

3 43 lulu et son violonNé en 1934 à Paris, on fait apprendre le violon au "p'tit Lulu"  pendant 6 ans. A la fin de la guerre, les dimanches on sortait les instruments dans le pavillon de Malakoff, mon père à l'accordéon, style musette, ma cousine Lucie, et son frère Fred, tous les deux réunionnais et moi au banjo. Sur l'ensemble :  guitare, mandoline ou banjo ténor, je découvre toutes les mélodies populaires restées vivantes  dans leur île de la Réunion : des valses mélancoliques, des polkas, mazurkas, fox-trots, beaucoup plus festifs que mes sonates au violon... Plus tard, vers 16 ans, l'été, dans les fortifications de la Porte de Vanves, (à la place du périph. actuel), je vais faire connaissance avec le swing manouche à travers  les impros de plusieurs super-guitaristes  : René Mailhes, Patzo...et d'autres dont j'ai oublié les noms...  Salut à vous tous, musiciens inoubliables...


Lulu au banjo (doigtés du violon...) et ma cousine (par alliance) : Lucie.


Vers 17 ans, un copain du Lycée technique de Suresnes me fait découvrir le caveau de "la Huchette" où jouaient des jazzmen de styles complètement différents : Mickey Larché (tp) Claude Gousset,  ou Raymond Fonsèque (Tb), Raoul Thibaud (p), Jean Marie Ingrand (cb) et Roland Oudinet (dms).  Avec leurs collectives de chorus entremêlés, les couples  danseurs de bop éjectant les timides à coup de fessiers , dans cette ambiance "quartier latin" fleurie de leurs derniers zazous,  le titi de Malakoff que j'étais  n'en croyais ni ses yeux, ni ses oreilles !!

Vers 18 ans, les samedis soir avec des copains de Malakoff, on était fascinés par une toute autre pulsation musicale, celle, Afro-Cubaine des mambos. A "La Cigale" à Pigalle : un ensemble de noirs et de métis, alternait leur répertoire, appelé à l'époque "Musiques typiques" : boléros mambos, biguines. Des musiciens GI's noirs-américains :  Jack Butler (tp), Benny Waters (ts) et des jazzmen caraïbéens  : Robert Mavounzi (as); Al Lirvat (tb) guadeloupéens sans oublier un jeune chtimi de mon âge : Ivan Jullien (tp) qui venait faire des bœufs... Dans la seconde série, ces excellents musiciens ne jouaient que des thèmes Be bop, dont les chorus nous passaient un peu au-dessus des oreilles...

Vers 19 ans, avec ma petite amie Yvette, au "Baxter" rue Chaptal, tout près du Hot-Club France, je vais faire la connaissance de Jean-Pierre Lesigne et son orchestre de Jazz. Jean-Pierre m'invita à venir faire le bœuf à la guitare tous les vendredi soir.


1955

Mars 55 : Service dans la Marine Nationale 

A partir de mars 1955, je vais me taper 27 mois de service  dans la marine à Toulon. Le hasard me fit retrouver Jean-Pierre Lesigne, marin, tromboniste, poète et futur créateur du Drums-Club de Toulon ! Un jour, dans un restaurant du Lavandou, en tenue de marin, constatant que nous n'avions pas assez d'argent pour payer ! Jean Pierre sans se départir, d'une voix forte expliqua notre situation comme l'aurait plaidée un grand avocat ! Heureusement qu'un gradé grincheux n'était pas là : on était bon pour la prison maritime : dégradation de l'uniforme, propos antimilitaristes ...etc  L'effet a été immédiat : une bouteille de champagne est arrivée sur notre table !

6 la manche au lavandou 1Les semaines qui suivirent...


 

13 a toulon avec jean featA Toulon avec mon pote Jean Féat, celui qui se fout de ma gueule!  Si tu es toujours de notre monde, fais moi signe...


2 janv alain karm a st elmeAu Fort de Saint-Elme à St Mandrier (Toulon): 2 planeurs parmi une majorité d'inscrits maritimes. Mon copain Alain Karm : un lettré qui essaye de m'initier à la littérature...


1 orchestre drum club 1En 56, on ouvre le "Drum's club"  pour pouvoir jouer durant la saison d'hiver avec le quartet de Roger Goualch (dms). On fera quelquefois "le mur" pour aller, en scooter au "St Jam's" de Marseille bœufer avec André Busu (g), Henri Byrs (p), Marcel Zanini (cl), et "La pogne" à la batterie.


Octobre  56 : Expédition de Suez 9 vers suez Mon ami J.P. Lesigne, employé au mess des officiers subalternes avait proposé à l'un des lieutenants qui aimait le jazz de monter un groupe. (ce n'était pas le lieutenant J.M.Le Pen qui  lui participait au débarquement). En 48h , je suis passé du CRDT de St Mandrier au cuirassé Jean-Bart.  Motif : participation au moral des troupes !  


1957

1 benny bennet 57Roger Goualch cède sa batterie Benny Bennet, Luis Fuentès et un autre trompette (Michel Poli ?), dont on aperçoit la main, renforce notre groupe. A droite notre ténor, le regretté Eugène Meynier. Accompagnés par Benny, ce fut pour nous un super bœuf, une soirée inoubliable, loin des beuveries habituelles du Fort st Elme !


Les moutons de la marine... De Janvier à avril 57. Débarqué du Jean-Bart pour refus d'utiliser mon hamac, suspendu aux crochets, (une de mes vertèbres s'y refusait), je me suis retrouvé à garder les moutons de la BAN  de Berre ! sic... Après 2 ans de service, je trouvais le temps très long, aussi, j'avais consulté le docteur (civil) de service à la base. Le docteur ayant bien compris mon problème d'allergie à l'encadrement militaire me fit cette proposition: "Si cela ne vous dérange pas, un poste va se libérer.. Il est habituellement réservé aux pauvres gars, inscrits maritimes qui savent à peine parler le français... entre eux ils parlent Breton... Vous aurez 12 moutons à garder sur la base aérienne désaffectée, vous utiliserez un vieux vélo, car ils vont d'un trou à un autre..." Je croyais à une blague !!! "Oui, pendant la guerre, ce terrain d'aviation a été bombardé, ces immenses trous sont très humides et couverts d'herbes... Les moutons appartiennent aux officiers subalternes de la base" J'ai sauté sur l'occasion et j'ai pu passer mes derniers mois de service avec mon pliant et un squelette de vélo. Cela m'a permis de découvrir Marcel Aymé, quelques Balsac et surtout de dévorer Les Misérables du grand Hugo. Tellement absorbé; qu'un jour, en relevant la tête, tous mes moutons avaient disparu ! Un par un, il a fallu visiter tous les trous, là j'ai compris l'utilité du vélo.

Je remercie ce docteur dont j'ai oublié le nom.... Huit ans plus tard, à Hong-Kong, j'ai raconté cette histoire à un journaliste, son papier a fait le tour des journaux d'Hong-Kong ... Voir l'article : "Dum soldier play to sheep"  dans la page "Show-biz à Hong-Kong en 65".


Avril 57 : La quille!, retour à Paris. Après avoir été berger dans la marine, je retrouve ma place de dessinateur "Petites études" à la CEA de Montrouge.

En fin de semaine, en face la Huchette, je suis au "Bidule" avec Wanni Hinder (cl), Gérard Huget (dms) et "Coolie" Wermelinger à la basse, quelquefois remplacé par Nino Ferrari, qui deviendra plus tard  Nino Ferrer. Souvent, on jouait en quartet à 2 guitares avec Lucien Ferrari, on l'appelait Lucien le Corse ! Il avait déjà une très bonne technique et un sens solide du swing à la Barney Kessel. Hélas pour les amateurs de Jazz, il fera plus tard une longue carrière en accompagnant Enrico Macias. C'était évidement plus payant que de jouer Barney Kessel  qui n'intéressait que le monde des musiciens (de Jazz) ! 

Mais c'est au "Tabou", dont les derniers existentialistes s'étaient évaporés que je vais côtoyer beaucoup de musiciens. A l'époque le Tabou était tenu par Kien "le chinois" et mon copain "Momo" au bar. Tous les deux excellents danseurs de be-bop. Autour de Momo, les filles ne manquaient pas. Il y avait foule les vendredis, samedis et les matinées des dimanches après-midi. L'eau suintait sur les murs : c'était l'étuve… André Busu et moi  jouions quelquefois à deux guitares (influencé par  Tal Farlow  pour l'un,  Barney Kessel  pour l'autre. Stef  Guérault avait déjà son trio depuis un certain temps mais avec Kien et Momo à la gestion du Tabou, l'orchestre s'était étoffé de Jeff  Mariette au trombone, Coolie et son humour décapant à la contrebasse, Gérard Huget ou Jean Martin à la batterie. Les bœufs étaient nombreux : François de Roubaix  (tb), Jean Tordo (clarinettiste de Toulon), Ralf Schéckroun alias Errol Parker (p), Michel Cathébras, (cl), Vali Mayer, contrebassiste suisse, qui avait quitté le big band de Pierre Brun pour venir swinguer sur Paris. Un soir, un célèbre tromboniste américain  est venu mettre le feu à l'orchestre c'était Billy Byers.! 


 

"Le grand pas" : (Extraits de mon livre : "Les aventures picaresques..." J'allais quelquefois bœufer aux "3 Mailletz" où swinguaient André Persiani (p), Michel de Villers (bs), Guy Lafitte, et Charles Saudrais (dms). Un autre style de musique m'attire également : celui des musiques sud américaines et brésiliennes jouées dans les bars "rive gauche". Le quartier de l'Odéon abritait des musiciens latinos, souvent des étudiants exilés politiques. Parmi eux, à "l'Etable", où le piano était tenu par le talentueux José "Marco", on y côtoie Hugues Aufray encore méconnu du grand public. Hugues, en scotter, passait tous les soirs, chantait 4 ou 5 chansons, dans un répertoire riche en mélodies brésiliennes et sud-américaines et... "Les petits trous" de S. Gainsbourg. Dans ce milieu latino, je retrouvais l'argentin Ricardo Galeazzi joueur de kénia dans le groupe "Los Incas" mais aussi excellent jazzman (cb, Tb à pistons). Vali Mayer, solide bassiste, parlant 4 langues, côtoie également tous ces milieux musicaux. Mais, c'est surtout le pianiste José "Marco" qui va le plus m'impressionner par son métier. En Tunisie, depuis l'âge de 14 ans ! son père l'avait déjà formé en professionnel. C'était un pianiste-chanteur surprenant, "tout terrain", de Henri Salvador à Nat King Cole, fana du pianiste Horace Silver. Il connaissait certains thèmes des Jazz Messengers! Mais, encore plus surprenant : des montunos cubains. Il me fit connaître la formation "charanga": d'Aragon. Ce sicilien de Tunis, de son vrai nom José Marchese  deviendra plus tard le leader du célèbre quartet "Les Latins" dont Vali Mayer sera le bassiste pendant plusieurs années. A l'étable, José me poussait à chanter avec lui... C'est dans cette ambiance jazz et latino, parmi les inoubliables mélodies de Henri Salvador de Charles Trenet et de Jean Sablon que José et Hugues Aufray vont m'inciter à franchir le grand pas...


1958

Décembre 57 à Avril 58.  Pour l'ouverture du Club Méditerranée de Serre-Chevallier (Monetier les Bains) par la chef de village : Lydie Trigano, José a besoin d'un guitariste chanteur. La décision d'abandonner mon métier de dessinateur industriel pour une vie d'aventures était une décision grave : faire de la peine à sa mère est une épreuve… mais je n'aurai jamais à regretter ce choix. Mon père, lui, avait toujours rêvé de partir autour du monde sur la "Jeanne" ... Sa mère, Morvandelle, l'en avait empêché, "Y va meurre d'chagrin..." Papa a été admirable de compréhension.

1 58 jose quartet club medCe quartet est composé de José, de Jacky Césaire (dms, congas et timbales, et de surcroît : danseur de be-bop réputé auprès des jeunes filles), de Vali Mayer (pince-sans-rire à la basse) et moi qui devenait guitariste chanteur ! Le répertoire était très varié avec pitreries mais aussi arrangements à 3 voix dans des répertoires multiples : Jazz, cha-cha cubain, brésilien, et variétés burlesques. J'apprenais à discipliner mes brouillons de savoir... Zacarias fameux trombone New-Orléans se verra offrir une semaine de plus au Club pour "bœufer" avec nous tous les soirs.

Mai 58 : Après la saison, avec la rencontre d'une G.M. : Zizi, qui deviendra ma femme, sûr de mon nouveau savoir, on va partir au flan ! , afin de trouver du travail à l'Expo de Bruxelles. Comme des bleus, on se heurte de plein fouet au syndicat des musiciens belges plutôt efficace. " Les quotas de musiciens français sont complets, vous pouvez rentrer chez vous! ".

Pendant les 2 mois d'été, mon copain de régiment le trombone Jean Pierre Lesiqne nous propose d'aller faire la manche à St Tropez pour y chanter ses poèmes et ceux de Brassens, cela finira par un mariage : le mien. On rentre à Paris avec peu d'argent, sans logement, ni boulot ! On s'en fou, guitare et mamours, s'entrelacent ! Et puis, le bricolage ne m'ayant jamais quitté. Je vais faire bientôt partie d'une équipe qui participe à des "charrettes" pour expos ce qui va me permettre d'entrer au Comité des Foires et des Expositions. Un métier qui laisse des libertés.

A st tropez paris matchA gauche: c'est Jean-Pierre. L'autre guitariste, à droite c'est "Lulu" qui essaie de charmer sa Zizi. Le photographe de Paris-Match a voulu que l'on soit séparé !


                                                                                                                          1959

Février 59 :  Philipe Maté, jeune trompette avant  d'être connu plus tard  au ténor), me propose  un contrat de 3 semaines à Briançon (2000f par jour logé-nourri ) au bar :"La Cabane"  avec Jean-Claude Lubin (p) dénommé  "La fée Carabosse", sans doute par Maurice Emo !. La rythmique était assurée par un jeune batteur : Philippe Babault : au jeu plus moderne qui me "secoue" un peu ! Mes swingmen préférés était (et le sont toujours) représentés par le trio d'Oscar Peterson avec Ray Brown. Avec Philippe au jeu  raffiné, inspiré de Philly Jo Jones, mais sans bassiste…, à mon avis, ça flottait un peu.

59 2 babault dans coffre 59Sur la photo :  Philippe  dans   le  coffre  de  la  Panhard "junior" . Au dessus Jean-Claude  qui  s'inquiète  pour son batteur  et  Zizi, la maman  de mon fils Olivier, secrétaire, à  qui je dois toutes ces précisions d'ordre chronologique qui m'ont permis d'écrire 3 années de cette fabuleuse époque.


 59 7 saison a tunis legende 1Mai 59. José nous fait signer 4 mois de contrat "Aux Dunes"  à  Gammarth en Tunisie. On y accédait en  suivant une piste le long de la plage. Dans ce restaurant tenu par un Suisse allemand (Walter) se retrouvait tout le gratin de Tunis. Pour le diner à 7h 30, Pierrot se mettait au piano, Antoine prenait son violon pour jouer des mélodies russes et des xardas aux tables qui le demandaient. Je devais faire mes premières notes sur une contrebasse à cordes. Vers minuit, et jusqu'à 2h du matin ou plus, les samedis soir..., on jouaient pour la danse, valses, tangos, cha-chas, boléros, mambos, sambas et, un peu de Jazz, des charlestons aux jazz mesengers. José (sicilien de Tunis) faisait ce métier depuis l'âge de 14 ans avec son père...

Visite surprise de Sacha Distel ! Dans l'été, à la suite d'un concert à Tunis le groupe de Distel nous fit la surprise de débarquer à une heure du matin, leur avion repartait à 6 heures ! ce fut un sacré bœuf à 2 guitares jusqu'à leur départ pour l'aéroport. Si mes souvenirs sont bons, son groupe comprenait : à la batterie, mon copain Philippe Babault (voir plus haut : à Briançon) , Pierre Sim à la contrebasse et Raymond le Sénéchal au piano. Ce groupe continuera son chemin pendant plusieurs années dans toute l'Italie et en Europe et deviendra célèbre sous le nom des "Latins"


Retour à Paris octobre 59 : Entrée chez les "Dixie Cats".

60 6 les dixit catsExtrait du livre... p. 2. Après quelques bœufs à la contrebasse et afin de remplacer Alain Keffélian, Stéphane Guérault me fait entrer dans l'orchestre des "Dixie-Cats" de son cousin Richard Bennett. Cet orchestre au répertoire du style "All Stars d'Armstrong" jouait tous les dimanches après-midi au célèbre "Bœuf sur le toit" au cachet moyen de 4000f  (anciens!).

En novembre 59 Chez les Dixie-Cats, les trompettes changeaient souvent. J'y ai connu Pierre Derveaux, Marcel Bornstein, Jacques Chrétien, Jean Irigaray, Louis Henri et Gilles Thibault  (qui deviendra, plus tard,  parolier de Johnny Halliday). La partie "stable" du groupe reposait sur le jeune clarinettiste Stéphane Guérault qui jouait parfaitement dans l'esprit et dans la technique de Barney Bigard. Pour moi, la fluidité de ce style était une découverte… Au trombone : un virtuose : le regretté Pierre Lamalle et au piano, au style très fin : Maurice Lecœur. C'est grâce à cet orchestre et au choix des morceaux puisés dans le répertoire "All Star d'Armstrong" que je me suis mis à vraiment aimer le Jazz autre que le be-bop ou Django. Les "Dixit-Cats" étaient très demandés dans les galas des Grandes-Ecoles de Paris et de province (Cachets de 100 NF à 130 NF) mais aussi pour des concerts JMF, les Show's télévisés de Jean-Christophe Averti. " Non payés, c'est promotionnels ! disait Richard…." Pour ces concerts, cet orchestre faisait appel à des vedettes américaines : Bill Coleman, Peanuts Holland, Nelson Williams pour les trompettes, Albert Nicolas ou Mezz Mezzrow pour les clarinettes. Et même Stephane Grapelli fut notre vedette lors d'un gala.


1960

En janvier 60. Les Dixie-cats jouent régulièrement au célèbre "Boeuf sur le toit" tous les dimanches en matinée (4.000 anciens francs). Je jouais épisodiquement dans la cave du "Bidule" rue de la Huchette avec André Busu à la guitare ou Lucien Ferreri " Lucien le Corse", Stef Guérault (cl) et Nino Ferrari au banjo ou à la basse qui deviendra célèbre plus tard sous le nom de Nino Ferrer. Avec les "Dixie cats", ces matinées du dimanche vont se poursuivre au "bœuf sur le toit" jusqu'au 10 avril avec, cerises sur le gâteau : des galas dans les grandes Ecoles : Boum HEC , Sup de Co, concert JMF à Epernay... Ecole Vétérinaire ( 1000f) une autre grande Ecole à Clermont Ferrant (12.000f).... D'après les cahiers de compta tenu tous les jours par Zizi, mes rentrées mensuelles se partagent entre bricolages et musique !...

Quant aux soirs de la semaine durant cette période: le tromboniste célèbre Raymond Fonsèque va me prendre comme bassiste dans son sextet au "Vieux Colombier" avec Vanny Hinder  (cl), Xavier Chambon (tp)"Japy" Gauthier (dms) et Jean-Luc Parodi (p). On joue donc tous les soirs au cachet de 20NF. Ce fut le début des concerts pédagogiques pour les AMJ auxquels se joignait le trompette Yvan Julien pour représenter le Be bop. Raymond fit également appel à ma guitare dans un autre groupe de 4 trombones : Les T4. C'est un fait, depuis mes débuts à la contrebasse chez Richard Bennet, je ne joue que très rarement de la guitare. De nombreux bœufs au Vieux-Co me firent connaître Maxime Saury (cl), Claude Gousset, (tb), Claude Luter (cl), ces "pointures connues" de la génération précédente. C'est à partir de cette période que je vais délaisser mes bricolages pour la musique.

Ainsi, je deviens pro, (non déclaré). A cette époque, seuls les musiciens de studio et de TV avaient des fiches de paie ! Chaque semaine, je devais me rendre rue Taitbout afin de pointer les jours où j'avais travaillé afin d'avoir une couverture sociale.

De janvier à mars 60 au "Vieux-Colombier" :

60 3 vieux colombier 1

Le 3 février 60 : un tout petit, tout petit Olivier futur musicien a failli naître au Slow-Club où je remplaçais un bassiste !


Du 10  au 30 avril 60 : au "Bidule" (aux cachets de 25 NF). Dans cette cave, en face du Caveau de la Huchette, je vais jouer au côté du batteur américain Don Brown dans le quartet de Jacques Pelser (Sax alto belge) en remplacement du bassiste suédois Lennards Jannson . Au piano un fabuleux pianiste belge : Francis Coppieters. Par hasard, je retrouverai plus tard cet excellent pianiste pendant une saison au Casino de Biarritz. Occasionnellement, je ferai des remplacements au caveau des "Trois Mailletz" avec André Persiani, (p), Geo Dali, vb), Dominique Chanson (ts) et Jacques David (dms).


En mai 60, retour au "Vieux-Co", je deviens le bassiste du quartet de Roland Hug, trompettiste suisse. Son répertoire était celui de Tad Jones. Jean-Luc Parodi ou Marc Hemmeler étaient au piano, Jean Martin ou Japy Gauthier aux tambours. Et les matinées du dimanche avec les "Dixis Cats" avec prestations à la piscine De Ligny et à la Foire de Paris !


Du 6 au 30 juin 60 : au "Vieux-Co"   rebaptisé "La belle Epoque" .  Roland Hug  se fait  remplacer par J. C. Fohrenbach. (Fofo). J'apprendrai  beaucoup avec ce musicien qui a joué dès l'ouverture du Club St Germain avec tous les jazzmen américains de passage à Paris (en 1946 ou 47 ). Les batteurs étaient  Robert Barnett ou Jean Martin , les pianistes  Gilles Jé­rome ou le regretté Jean-Luc Parodi qui débordait de swing...

60 6 forenhbachLes samedis soirs du Vieux-Colombier n'étaient pas tristes : on était dans la mode "Yéyé", le jazz moderne battait de l'aile ,"Fofo" qui accompagnait le chanteur Jean Ferrat, se faisait remplacer par Jean-Louis Chautemps, sans boulot… lequel expérimentait, dans l'exposé des thème, des sons suraigus sur son ténor, ce qui laissait le public du samedi soir, perplexe, venus de province. Et oui, l'orchestre d'André Réveilloty avec Sidney Bechet n'étaient plus là !


Juillet 60, Roland Hug revient au "Vieux-Co". Son quartet swing (répertoire Tad Jones ) va retrouver ses marques jusqu'au 4 Octobre avec "Lulu Blot" à la contrebasse. Galas à Sancerre et à Poitiers avec Francis Lemarque. 180NF


Aoùt 60 : Voyage au Cercle polaire en dodoche avec Zizi.


Septembre 60 : Toujours à "La Belle Epoque" dans le quartet de Roland Hug avec J-C Parodi au piano et Japy aux drums.


En octobre 60 , on me propose des remplacements au Slow-Club chez Marc Laferrière (ss), au "Slow" ont étaient payés 35NF par soir. Egalement quelques remplacements au caveau de la Huchette (le temple de Maxim Saury). On remplaça l'équipe de Maxim par un groupe formé au dernier moment. Orchestre New-Orléans hétéroclite de musicos de la génération précédentes que je ne connaissais que de nom : le génial soprano Brawlaski,  Louis Henri (tp), Pacou (dms) Henri Guenot (tb). Et puis : Tchav (très bon pianiste middle-jazz de ma génération ). Tchav, surpris de me voir avec une contrebasse ... nous nous retrouvions complices du temps de mes premiers bœufs à la guitare en 53 dans l'orchestre de J.Pierre Lesigne (voir plus haut). Si tu es toujours des nôtres Tchav, fais moi un coucou...


A la même époque, Michel Zaoui  forme un groupe pour jouer à "Discorama" l'émission de Télévision.  (Extrait du livre...p.3)

Tele claude dargetAu piano : Paul "Rako", Claude Darget producteur, Jean-Claude Weil (banjo), Michel Zaoui (clarinette ), Jacques Chrétien (trompette), Lucien Blot (contrebasse) et mon ami Pierre Lamalle (trombone). Les danseurs étaient des habitués du Slow-Club ( ??)  Si vous vous reconnaissez, envoyez moi un message j'ajouterai vos noms.


Novembre 60 : 1 mois à Mannheim.

60 10 maril briden manheimLe pianiste Armand Gordon, très connu en Allemagne, cherche un orchestre vieux style pour accompagner la chanteuse Beryl Bryden pour deux mois.  en novembre à Mannheim et en décembre à Kohl : six soirées par semaine plus une matinée payées 35 marks chacune soit 45 NF à l'époque. Ces cachets étaient quasiment le double de ceux que l'on gagnait en France ! Nous payions 70 Marks de chambre pour le mois. N'oublions pas que l'essence est restée pendant des années à 50ct de franc le litre !

Nous étions baptisés les "French ambassadors" (quel culot !) avec un inconnu au piano Jacques Lautier (p) qui baragouinait l'allemand mais qui semblait un peu novice dans le répertoire très New-Orléans de Beryl !! Je vais découvrir deux personnages de la génération précédente, hauts en couleur : Maurice Emo à la verve Célinienne et son complice Japy. Comme il y a eu l'argot des bouchers, Emo et Japy ont inventés l'argot des musiciens : "Avoir les yeux en capote de fiacre !" . "Une rythmique Calberson…" et quantité d’autres expressions savoureuses, de quoi écrire un dictionnaire. L'orchestre se compose également de l'excellent clarinette pince sans rire Suisse : Wanny Hinder et de Michel Zagradski au trombone.


Suite : dans la page

"Itinéraire d'un jazzman"

 

 

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Commentaires (3)

1. ecolequiswingue (site web) 2017-06-23

Salut Jacques, déjà presque 1 an que nous sommes recontactés ! C'est en allant chercher des commentaires pour les ajouter sur mon site que je viens de relire le tien.
Tu me parles d'un film fait à Mannheim. Est-ce que tu accepterais que j'en mette un morceau sur mon site ? Et puis je suis curieux de réécouter ce que l'on faisait à cette époque ! Il y a très peu de témoignages filmés. Tu as toujours ta boîte sur la côte ? Nous on revient de Sicile la remontée par la botte italienne est épuisante... C'est autoroutes/tunnels ou la côte complètement embouteillée !! Si un jour je viens te voir, je viendrai en train.
J'espère que tu te portes bien et à bientôt
Philou Blot (Lucien pour les vieux comme nous) Tel : 04 66 77 73 12

2. ecolequiswingue (site web) 2015-09-23

J'ai entendu dire qu'il était décédé, je vais essayer d'en savoir plus auprès de Coolie avec qui il jouait au Tabou.
Désolé
Musicalement
Philou

3. ecolequiswingue (site web) 2015-06-11

Bonjour Christian,
je crois savoir que Maurice Martin le Titi de Courbevoie est décédé depuis un certain temps. Moi aussi j'aurais bien aimé le revoir. On avait une complicité sociale face aux musiciens New-Orléans (à l'époque plutôt de droite).
Si tu veux mon bouquin , je peux te l'envoyer pour 25 euros frais compris.donne moi ton adresse et je te le fais parvenir.
Cordialement
Philou Blot

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