La vie en Jazz 1963/1964

1963

 

Du 20 décembre 62 au 6 janvier 63 dans l'orchestre de Bill Coleman

62 12 orchestre bill coleman

Je suis resté à La Grande Séverine jusqu'au 20 décembre 62 pour partir 15 jours au sport d'hiver en Suisse à Crans-sur-Sierre  avec le grand trompettiste, le doux swingman  Bill Coleman, accompagné par Bernard Estardy, Gilles Nicolas,  Charles Barrié et son phrasé Lester Young au sax ténor et moi à la guitare basse. (Cachets de 60 FS moins les impôts suisses. Une jolie fan de 16 ou 17 ans était là tous les soirs, en voisine :  Géraldine Chaplin.


16 janvier : Concert AMJ à Chateau Chinon. Direction Raymond Fonsèque (Tb) avec Yvan Jullien (Tp), Jean Martin (dms), Francis Wess (cl.) et Lulu (guitare basse)

Les Jazzmen devaient être polyvalents dans les styles, "tout terrain" : Raymond  Fonsèque (tb) de Kid Ory à Jay Jay Johnson, Ivan Julien (tp), de Louis Armstrong à Dizzy  Gillespie, Francis Wess (cl et ts)), de Jimmy Noone à Stan Getz, Jean Martin (dms) de Sidney Cattlet à Shelly  Manne et moi-même de Slam Steward à Ray Brown (je n'ai jamais appris à slapper.)


A la mi janvier 63," Keur-Samba" reprend. (voir la page 1962) L’orchestre cubain a changé, c’est celui de Don Gonzalo Fernandez, arrangeur et fabuleux flûtiste. C’est avec Gonzalo que je m’initierai petit à petit à la basse cubaine. Un soir, je m'apprêtais à partir pour "Keur Samba", son vieux bassiste m'appelle chez moi, Place d'Aligre : " soy infermo esta noche"… (suis malade ce soir) Il a fallut que j'assure dans les 2 orchestres, sans arrêt de 9h 30 jusqu’au petit matin et pour 2 cachets de 50 NF !

L’initiation à la basse dans les montunos n’était pas toujours une partie de plaisir, aussi, au bout d’un certain temps, la fatigue aidant, je sortais du rail rythmique. C'est alors qu' Humberto Canto, chanteur et congas, se tourna vers moi pour me chanter la mise en place de la basse par rapportau piano tout en continuant à jouer les congas.! (La 1ière basse étant une croche placée sur la 2ième partie du 2ième temps et la 2ième étant sur le 4ième temps, noire reliée au 1ier temps de la mesure suivante… elle s'appelle même : le poncho ! Il n'y a rien sur 1ier  temps sinon le 4 ième temps qui continue sa résonance!  Pas si simple… essayez les bassistes de jazz …!)

C’est également, en montrant ces partitions de basse cubaine à mon prof de solfège au Conservatoire Versailles, que je découvris l’inutilité de continuer plus avant ma 3e année de cours… Elle se refusait de m'aider à lire les partitions de basse que me donnait Gonzalo ! Alors que l'on commençait à apprendre la clé d'UT 3ième, ce qui ne m'aurait vraiment servi à rien!

A "Keur Samba", quelques éléments de l’orchestre de Jazz ont changé, Jacky Césaire est entré chez les Cha-Cha Boys, remplacé par le très fin Charles Saudrais. Marcel Canillard prend la place d'André Ross "Cousin" au ténor, André Busu de Marseille est à la guitare et moi à la guitare basse. Le chanteur Klay Dunglas, lui, madisonne tous les soirs. Jacques Noureddine : kabile et 1er prix de sax alto et Jackie Castan pianiste de Fabrègues (34) sont toujours là. Ce groupe restera le même jusqu'à la fermeture de Keur Samba au 1er mars 63.

19 janvier 63, Au Pavillon d' Armenonville   (Cachet 120NF).  Je remplace le bassiste cubain de Gonzalo, fier d'être demandé, mais la trouille de me décaler dans les montunos ! En février, le bassiste cubain se faisait de temps en temps "porté pâle", mais, jouer de 9h 30 sans arrêt jusqu'au petit matin n'était pas une solution pour palier, à l'époque au manque de bassistes sachant jouer le cubain…


Février 63. Extrait du livre : Pierre Neubauer  bassiste chez  Jacques Hélian  me téléphone :  "J'ai besoin d'un remplaçant pour entrer chez Richard Anthony est-ce que l'affaire  Hélian t'intéresse ?"  -Mais, je ne lis pas à vue… "Ça n'fait rien , tu n'as que deux entrées à faire à l'unisson en duo avec le baryton, il suffit que tu les apprennes par cœur…ensuite,  si tu conviens au batteur, c'est dans la poche." Après m'avoir envoyé les partitions des 2 morceaux, et, les ayant  sous le nez, il me chanta au téléphone ces fameuses introductions de "Mickael est de retour" et de "Chariot"! cela me parut simple. Cette  offre tombait à pic, "Keur  Samba"  devait  fermer … La perspective de jouer chez Jacques Hélian était pour moi un symbole de réussite musicale. Depuis l'âge de 15 ans, je sélectionnais le passage de ses disques à la TSF. Jean Marco et Yves Montant étaient nos idoles!

Chez Hélian, à l'époque, la section de trompettes comprenait Pierre Bergeret : 1ier tp, Yvan Jullien : 2ième tp et soliste. Pierre Brissot : 3ième tp  et  (x) Morgat : 4ième tp . Du côté des saxs : Jean Aldegon (Poppie) était 1ier alto leader, Bob Garcia 2ième ténor et soliste, Jacques Melsen au 3ième alto et Pascal Perrin au baryton et violoniste de surcroît. René Nan était à la batterie. Cet excellent batteur, au caractère trempé, avait l'aplomb de transformer toutes les marches populaires du genre "Ah si j'étais resté célibataire" en samba de carnaval ce qui me rappelait Ney de Castro à la "Grande Séverine". Jacques Hélian qui en avait vu d'autres ne pipait pas! André Busu était à la guitare. Le Chanteur était Fred Arvet et l'animateur clown : Marco Rizzi. Les chanteuses : "Les Hélianes", comprenaient : Claudine Meunier, Nicole Gaudel et Margaret Hélian, fille du chef . A cette époque, la section de trombones avait été supprimée.

"Dans l'Orchestre Jacques Hélian" :

Le 23 février 63 à Bruxelles restera pour moi un grand jour… On doit animer une grande soirée israélite dont l'invité d'honneur est Sacha Distel. J'étais mort de trouille ne connaissant aucun des morceaux joués autre que "Chariot et "Mikaël". L'épaisseur du répertoire aux partitions (séparées) dépassait les 4 centimètres. Chacune d'elle avait un numéro. A la fin d'une série de 4 morceaux, Hélian annonçait la suite : 52, 48, 23, 75 . Le temps de poser ma contrebasse sous l'œil goguenard de René Nan à côté de moi et les 1ières mesures du "52" démarraient ! J'ai vite compris qu'il fallait que je joue d'oreille. René, lui, connaissait tout par cœur, il ouvrait quelques partoches  pour des arrangements de Jazz bien spécifiques tel que "Milestone" où il devait souligner la mise en place . particulière ment difficile des trompettes. A la fin il se déchaînait sur un solo de batterie ad libitum… où la reprise en "tutti" n'était pas toujours évidente pour J. Hélian qui semblait quelquefois un peu dépassé par les chorus époustouflants de René. C'était évidemment beaucoup plus difficile que "Fleur de Paris", l'indicatif toujours en vigueur depuis 1948!  En ce qui me concernait, mon répertoire était déjà ouvert sur  "Chariot". Quand j'ai entendu son numéro, j'étais déjà prêt. A l'unisson avec le sax baryton, situé à l'autre bout de l'orchestre, nous devions attaquer ensemble : c'était parti … Ouf !, mon intro était correcte. Jacques Hélian m'a regardé avec un petit sourire complice : c'était gagné ! Restaient les séries en quintet de jazz avec le grand ténor Bob Garcia, "Popie" Aldegon dans le style Johnny Hodges, Yvan Julien  dans celui de Dizzy Gillespie et arrangeur de certains morceaux et René Nan aux tambours. Là, je connaissais tous leurs standards, j'étais à l'aise et quel plaisir de jouer avec un batteur comme René : quelle mise en place… La série de tangos était assurée par Bob Garcia excellent joueur de bandonéon qui accompagnait Pascal Perrin prix du Conservatoire de Paris de violon! et sax baryton pour "asseoir" la section de saxs.

Le 26 février 63 à Hilversum en Hollande pour deux télévisions. Un remplaçant était à la guitare : André Salvador. Aussi drôle que son frère Henri, il avait le sens du gag. Devant les caméras, à chaque nouveau morceau, les premières mesures des intros se cassaient la gueule. J. Hélian  l'air furieux stoppe l'orchestre! De son côté, la caméra filmait en gros plan les doigts d'André complètement emmêlés dans les cordes de sa guitare… et, il tirait… tirait…. On était tous mort de rire.! André avait prévu ses gags avec la complicité bienveillante d'Hélian et du caméraman. Aucun de nous n'avait été mis au courant ! C'était cet esprit là, Jacques Hélian.

Son orchestre : une entreprise. A l'époque, ses musiciens étaient payés sur un tarif de base de 180F par concert, certains musiciens "piliers" de l'orchestre depuis des années avaient 220F. A la fin de chaque gala , on avait une fiche de paie sous forme de vignette.  Bien plus tard, au moment de préparer ma retraite,  j'ai appris à l'ANPE que ces fameuses vignettes ne m'avaient donné droit qu'à la sécu, elles ne pouvaient nullement entrer dans le  calcul de ma retraite… Plus de 150 d'entre elles sont ainsi parties à la poubelle! Les organisateurs de spectacles de l'époque n'avaient jamais cotisé !  Le système des intermittents n'existait  pas! 

Le 2 mars 63, on est à Versailles, le 9 à Ronchin dans le Nord, le 10 à Maubeuge, le 16 à Roanne, le 17 au Puy, en Auvergne. Le 14 et le 20, on enregistre 4 chansons dont  "Janick Aimée" sur un disque 45 tours, (cachets 80f).  Le 23 mars, on est à Hirson dans l'Aisne, le 24 à  Aiguerande dans le Berry et le 30 mars au gala des "Bâtons blancs" à Tourcoing. Pour les galas dans cette région, J. Hélian nous avait gentiment rappelé : "Dans le nord, attention, pas de canards ! les "chti's"  ont des oreilles, ils ont de très bonnes harmonies dans le moindre village… on doit être au top! " Ce rappel était je crois particulièrement adressé aux trompettes qui aimaient bien la bonne chère et bien arrosée… Pour tous ces concerts, l'orchestre avait rendez-vous à la Concorde, à l'époque on pouvait encore y garer sa voiture…


En semaine, je continue de faire des concerts pédagogiques AMJ avec Raymond Fonsèque. Le 6 mars à Argentan en Normandie et le 13 mars à Cônes dans la Nièvre avec Yvan Julien, (tp), Michel Attenoux (ss et as), Maurice martin (dms) et Eddie Bernard (p).


27 Mars 63 Concert des T4  de Raymond Fonsèque  au Festival de Caen : (4 trombones avec rythmique dont j'assurais  la guitare.)

Concert de cloture a caen 4 63Photo ci- contre : "Bœuf" de clôture du Festival de Jazz de Caen  en remplacement de Michel Gaudry qui devait jouer le soir même à Paris. J'ai découvert cette photo sur internet. Merci à toi J.B. Mira !


En avril 63, L 'orchestre J. Hélian joue le 5 à Grenoble et à Bourg en Bresse le 7, à Grey en Bouère en Mayenne le 21, à Bar sur Aube le 28, à Royan le 30 avril,  le 11 à Outarville dans le Loiret, le 22 à Ivetot en Seine Maritime et le 31 à Athis-mons en Seine et Marne .

Prague en Tchécoslovaquie. . du 24 au 27 mai dans un pays qui s'ouvrait petit à petit à la culture de l'ouest : trois concerts dans une salle immense, le "Sport Hall", devant 12.000 personnes. Ce fut un triomphe, la salle était pleine à craquer. A la sortie, des jeunes étudiantes cherchaient à nous rencontrer pour améliorer leur français… L'une d'elle m'a fait visiter le Vieux Prague. Cela nous changeait des galas à "Trifouillis les oies" ! Nous avons fait une télévision, ce qui m'avait le plus surpris, c'est la mixité "homme-femme" dans les métiers techniques de la télévision mais aussi dans les transports, les travaux publics … On n'était qu'en 1963 !

Entre les galas J. Hélian, je joue le 4 mai avec Los Palmeras : l'orchestre cubain de Gonzalo Hernandez (fl) à la Mairie de Créteil (cachet 120F), puis accompagne le chanteur afro américain Clay Douglas au cercle Interallier Fb St Honoré avec Jackie Castan (p) et André Busu

Prague helianDe gauche à droite : Les 2 hostesses parlant français : Le chanteur Fred Harvey qui parle à Nicole Gaudel (chanteuse), derrière :Yvan Julien 2° trompette, Jean Aldegon (1er alto et chanteur), Jacques Helian, ?, Accroupi : Dino Rizzi : Clown et chanteur, ?, Margaret Helian, Jacque Melsen, 3° alto, André Busu (Guitare), Pierre Brissot (3°trompette), Pierre Bergeret (1°trompette), Claudine Meunier (chanteuse). x Morgat (4° trompette), Pascal Perrin (sax Baryton et violoniste, 1°prix de Paris..) Lulu Blot avec sa valoche. Le 1°ténor et soliste Bob Garcia se cache quelquepart!...derrière Dino ? Fred Harvey ?


Le 17 mai 63. Michel Gaudry que je connaissais à peine me demande de le remplacer au Blue-Note ! Cette proposition me tombe sur la tête ! je vais me retrouver avec les grosses "pointures" du Jazz... au côté de Georges Arvanitas (p)t Lolo Bellonzi (dms). Et, avec Chet Baker ! en vedette!  Là, j'avais l'impression de monter une grande marche.. Je ne connaissais Arvanitas que par sa notoriété. Pour le rassurer, je lui ai dit que je connaissais tous les thèmes joués avec le quartet Chet Baker-Mulligan pour les avoir appréciés en 1954 au Théâtre des Champs Elysées puis écoutés en boucle depuis. Georges a dû transmettre le message car tout s'est passé comme je le souhaitais... Chet nous a donné une leçon de sagesse. Chet n'était pas là pour humilier le remplaçant bassiste, ni pour m'en mettre plein la vue, ce qui lui aurait été facile…. Quand les accompagnateurs sont à l'aise, ça swingue tout seul… Malheureusement, Chet, déjà "malade" avait perdu une ou deux incisives... Il a surtout chanté les thèmes et fait ses chorus en scat.

Au retour de Prague, le 28 mai, dans un gala, j'ai le bonheur d'accompagner Jean-Pierre Sasson, excellent guitariste que j'allais écouter, admiratif, au Lavandou dans les années 50 !, j'aurais aimé être son bassiste plus souvent.


En juin 63, on est est à Toulouse (Ramier) pour 4 jours, à Vendôme dans le Loir et Cher, Bourg de Thizy dans le Rhône à Clamart, tout près de Malakoff ! , à Thorigny sur Vire dans la Manche, à Mouscron en Belgique et à Félines sur Minervois dans  l'Hérault.

Du 1ierau 5 juillet 63, on fait l'ouverture de "La Bourrine" à St Jean de Mont en Vendée avec Gilles Nicolas (dms), Jean Claude Weil (bj).

Du 6 au 9 juillet : Les concerts Jacques Hélian  vont assurer, pendant 4 jours le festival de Bollène dans le Vaucluse. Le 13 l'orchestre est à Montreuil.

Du 20 juillet au 1ier septembre : la "Tournée Hélian". dure 40 jours, Le  contrat annonce 30 concerts à 140 F. Les catégories d'hôtels doivent être choisies, sur place, par chacun des musiciens, les frais d'hébergement étant à leur charge. Il est prudent d'arriver en avance pour se loger. Hélian sait par expérience qu'une tournée en car pendant 40 jours avec chaleur et manque de sommeil, débouche invariablement sur des embrouilles… chaque musicien n'étant jamais satisfait de sa chambre allouée … La formule est des plus simples : c'est à chacun de se débrouiller avec ses 70ct payés au kilomètre. André Busu et moi, copains depuis le "Bidule" en 1957, et nouveaux dans l'orchestre feront les 7500 km de la tournée dans ma dodoche.

Le 20 juillet, on joue à Bonnat dans la Creuse, le lendemain, on est à Vielmur dans le Tarn, le 23 à Albi avec un repos le 24. Puis à Moissac le 25 dans le Tarn et Garonne, le lendemain à L'Isle en Jourdan dans le Gers, le 27 à Toulouse, les 28 et 29 à St Girons en Ariège et le 30 à Laurens dans l'Hérault.

Les 31 juillet et 1 août, quelques solistes : "Poppie" Aldegon, Bob Garcia, Yvan Julien et René Nan doivent se rendre au "Festival d'Antibes" rejoindre le big-band de Jacques Danjean  pour 2 concerts. On les accompagne… la côte, de Sète à Antibes, je connais. C'était sans compter sur le retour… Après le concert du 2ième soir, on a pris la route après minuit pour aller à Vichy où nous attendait le reste de l'orchestre ! La nuit en dodoche, dans le col de la République en plein brouillard… André Busu ne conduisant pas dormait à poings fermés, j'ai cru que je n'arriverais jamais à 17 h en Auvergne à Vichy. Le lendemain 4 août, on jouait à Meximieux dans l'Ain. On n'avait pas volé le repos du 5 au 9 août!

Le 10 août 63, la tournée reprend : l'on est à Charavines dans l'Isère, le 11 à Uzerche, en Corrèze, le 12 à Navarrenx dans les Basses Pyrénées, le 13 à St Jean de Luz sur la côte basque, le 14, le  15, le 16 et le 17 à Andernos,  à Mimizan, Cap Ferret et Arcachon dans les Landes, le 18, à Bommes en Gironde avec un repos pour le 19.

Les "Fêtes de Dax" du mardi 20 au dimanche 26 Août 63. D'après  les dires des autres musiciens, c'était une expérience à ne pas manquer. Nous avons fait 6 concerts en 6 jours, au milieu d'une foule bien abreuvée, déchaînée… Dès l'indicatif final terminé (Fleur de Paris), il nous avait été recommandé de remballer aussitôt et de mettre les instruments en lieu sûr… Pour tous ces concerts sur la Côte basque ou dans les Landes, c'était quasi impossible de trouver un hôtel. ! Avec mon copain Busu et la dodoche, renonçant à chercher, on est allé finalement se coucher tous les soirs dans la forêt des Landes à une dizaine de kilomètres plus au nord. En empruntant un chemin forestier, loin de la nationale 10, en quelques secondes les deux sièges de la dodoche étaient retirés! (J'avais prévu un système en planche pour "rattraper la différence de niveau du plancher). André avait choisi la voiture pour y dormir et moi les fougères pour leur odeur. Loin du bruit : le pied …! Pendant ces six jours à Dax, j'ai eu le plaisir d'accompagner les "Machucambos". Ils passaient en attraction au milieu de notre spectacle. Hélian est venu me demander gentiment si j'accepterais de les accompagner à la basse… Evidemment ! j'étais ravi, leur répertoire sud-américain me ramenait cinq ans en arrière : à "L'Etable" avec Hugues Aufray. La tournée prend fin. Retour à Paris.

Le 28 août 63. L'orchestre joue à Tautavel en Pyrénées orientales, le  28 à Port la Nouvelle dans l'Aude, le 29 à Vergèse dans le Gard et le 30 août  à  Mennetou sur Cher en Loir et Cher. Traditionnellement, en septembre, l'orchestre prend 3 semaines de vacances. Les mouvements de musiciens se font à cette période : Bob Garcia quitte l'orchestre (il y était depuis 1957 !). René Nan, son copain ne va pas tarder à le suivre… Raymond  Leblond, le nouveau ténor a toujours la fluidité et la sonorité "Stan Getz" chère à Bob Garcia . Hélian sait ce qu'il veut… A la reprise des  concerts, les cachets reviennent au tarif de 180F. Le car "Hélian" nous attendra désormais Place de la Concorde.

Le 22 septembre.  L'orchestre est à Champagne sur Marais (Vendée), le 28 à Bray (Pas de Calais).

Le 5 octobre, à Mondidier (Somme), le 12 à Nancy, le 13 à Rosselange (Moselle), le 19 à Ambrières, (Mayenne), le 20 à Guingamp (Côte du Nord) et le 27 à Cambrai (Nord.)

Le 2 novembre, au "Bosc Roger en Roumois" (Eure), le 9 à Côsne (Nièvre), le 10 à Aix les Bains (Savoie), le 13 à Miramas (bouches du Rhône), le 16 à Châteauroux (Indre), le 17 à Valence sur Baïse (Gers), le 23 à Bourges, le 24 à Pont d'Ain (Ain), le 26 à l'Olympia à Paris et le 30 à Knocke le Zout en Belgique.

Le 1ier décembre, l'orchestre se produit à Contres (Loir et Cher), le 6 à Marseille, le 7 à Royat dans le Puy de Dôme, le 8 à Châlons sur Saône, le 14 à Marcilly les Buxy  (Saône et Loire). Les 20 et 21, on rejoue à Miramas (Bouches du Rhône) et à Rosières (Somme) pour la St Sylvestre. (Cachet de 240F).

A  tous  les  amateurs de Jacques Hélian.   Parmi tous ces concerts certains d'entre vous ont certainement pris des photos, j'aimerais en mettre quelques unes. "A vos greniers" comme disait J.C. Averty 

Merci d'avance.

 


Les "effets Hélian" : Entre temps, Michel Gaudry bassiste attitré du Blue Note, m'avait demandé de le remplacer toutes les fois qu'il serait pris par les accompagnements de Barbara. Michel Gaudry : "Cela ne m'enchante  pas trop... 15 jours à "Bobino… c'est pas simple de rattraper ses envolées musicales qui deviennent vite des fautes de mesures…" Evidemment, Barbara n'était pas Sarah Vaughan ! mais les 200F  par soirée, comparés aux 50F du "BlueNote"… Toujours est-il que je me suis retrouvé à accompagner le fameux guitariste belge, René Thomas avec, au piano le pianiste américain  Kenny Drew  et Lolo Bellonzi à la batterie. A cette époque, il y avait deux groupes au Blue-Note. Le "Trio vedette" était celui du grand batteur Kenny Clarke, (l'un des inventeur du Be bop avec Charlie Parker et Dizzy Gillespie). Georges Arvanitas ou René Urtreger étaient au piano et Luigi Trussardi ou Bibi Rovère  à la contrebasse. Cette fin d'année était pour moi vraiment prometteuse, en fin de soirée arrivaient des bœufs prestigieux.

"Les pointures…" Ces six jours, les 12, 15, 16, 17, 18 et 19 décembre 63 sont restés gravés dans ma mémoire. Certains soirs, René Thomas se faisait remplacer par Jean-Luc Ponty (en uniforme militaire !) A cette époque, il essayait d'adapter son jeu à celui de John Coltrane en faisant usage de doubles notes… Quel boulot sur un violon ! J'avais connu Jean-Luc tout jeunot au Slow-Club en 61,venant faire ses débuts avec son copain Dany Doriz  (ses petites sœurs l'aidant pour descendre son vibraphone dans la cave! Jean-Luc et Dany devaient avoir 32 ou 33 ans à eux deux ! Les dimanches, en fin d'après-midi, après avoir été soliste dans l'orchestre Lamoureux, Jean-Luc, à l'époque complètement influencé par  Grappelli, venait jouer chez Laferrière, je me souviens de sa réflexion :  "Si mon prof m'entendait jouer du jazz, il en serait malade!"

Un soir, au "Blue Note", Donald Bird a déballé sa trompette. Un autre, l'un des créateurs du style "Be Bop" : Bud Powel, sorti de sa tanière, sans un mot, s'est mis au piano, les paumes des mains posées sur le bord du clavier… C'est tombé sur moi, je n'en menais pas large, impossible de savoir si ma pulsation lui convenait… Les batteurs Daniel Humair, Jean-Louis Vialle venaient souvent, l'excellent pianiste Michel Sardaby également. J'appréciais ces musiciens comme on goûte différentes sauces…!


 

1964

En janvier 64, l'orchestre Hélian a peu d'affaire. Un seul gala, le 24, à Paris, à la "Mutualité", retransmis par "Radio Bennet" (cachet 100 F + prestation radio)? Quatre prévus pour février… Par contre, une proposition d'affaire pour le Japon était dans l'air. Après en avoir parlé à Jacques Hélian et en attendant d'en savoir plus, je lui assure les 4 galas de  le Le 1ier février à Longwy, le 2 à Reims, le 8 à Calais et le 22 à Paris.

Le 9 janvier, on m'appelle en catastrophe pour une séance d'enregistrement pour J. J. Debout (65F +25 F de transport), le bassiste prévu est dans l'incapacité de jouer! Rue de la Huchette, je retrouve la cave de mes débuts : le "Bidule" avec Bernard Castella (p), Maurice Martin (dms).

Le 17 janvier, c'est un gala à l'Ecole Polytchnique, une affaire de Dany Doriz (vb) avec Charles Barrié (ts) et Teddy Martin (dms et vl), les grandes pointures du swing ! A ce gala on a eu l'immense plaisir d'accompagner le grand Stéphane Grappelli en attraction sur une dizaine de morceaux. Quel souvenir d'avoir joué derrière celui qui m'a fait découvrir le jazz au tout début des années 50 !

Le 18 janvier 64, ce sont des retrouvailles avec Richard Bennet et ses "Dixie Cats" dans un gala au "Grand Hôtel" dans lequel la rythmique doit accompagner les "Surfs" qui passent en attraction. (cachet 200F + 50F).

Le 21 janvier, Michel Gaudry m'appelle pour son remplacement au "Blue Note" cette fois pour accompagner Nathan Davis (ténor soliste de Count Basie) avec Kansas Fields (dms) et Georges Arvanitas (p). Le lendemain après-midi, c'est une affaire avec Raymond Fonsèque (tb) à Sceaux avec Jacques Chrétien (tp), Francis Wess (cl et ts) et Jean Martin (dms). Le même soir, de nouveau au "Blue-Note" avec les mêmes musiciens que ceux de la veille sauf Georges Arvanitas qui est remplacé par René Urtreger.

Le 23 janvier, on me téléphone à 8h du matin !! pour  être au studio d'enregistrement à 9h : prestations 165F pour une pub pour le "Café Legal" ! Je me sens un peu considéré comme la roue de secours (non lecteur! ) des bassistes handicapés… !

Le 29 : c'est de nouveau avec les "Dixie-Cats" dans le cadre d'un concert  JMF (Jeunesse Musicale de France)  à  Nevers (cachet 200F + 70F d'essence)

Le 30 et 31 je retourne au "Blue-Note" pour 2 soirées avec Nathan Davis (ts), Daniel Humair (dms) et Georges Arvanitas (p). Le lendemain, Nathan Davis (ts) se fait remplacer par Johnny Griffin (ts)… A propos de Johnny Griffin, j'ai souvent raconté cette anecdote.  Michel Gaudry m'appelle : "Ce soir, tu vas te régaler, tu vas jouer avec Griffin… T'inquiète pas pour les thèmes… il adore jouer le blues… - Oui, mais, il a la réputation de jouer des tempos d'enfer, j'ai pas encore acquis la souplesse de la main droite, j'ai vite le poignet comme un bout de bois…" Le soir venu, j'essais de baragouiner  à "Johnny" que je ne suis que le remplaçant… etc; Johnny Griffin me rassure : "Dont worry, be quiet ! " Au début, tout allait bien, lorsque la bouteille de Whisky était encore pleine… mais au fur et à mesure qu'elle se vidait, il oubliait mes recommandations… Des blues, ça c'était vrai  mais sur des tempi impressionnants et qui duraient plus de 10 mn! J'ai dû terminer mes sets un temps sur deux ! Ce qui ne le gênait pas le moins du monde… Ces "géants" ont le swing vissé aux tripes. Heureusement, Daniel Humair et Georges Arvanitas étaient là !

le 6 février 64, entre les derniers galas "Hélian", je suis de nouveau au "Blue-Note"  au côté d'Art Taylor (dms), Nathan Davis (ts) et René Urtreger (p).

Le 21 février en trio au Caméléon avec Michel Roques (fl) et Daniel Humair (dms) sur une surface d'environ 3m² pour les 3 musiciens!

A propos de cette "Affaire" du Japon", les contacts étaient dans les mains de Jean Amoros, le pianiste des cubains de "Keur Samba". Il était question d'une agence japonaise qui cherchait un orchestre français pour un contrat d'un an dans un grand hôtel à Tokyo. Mais notre pianiste, excellent et spécialiste dans le répertoire cubain avait du mal à réunir 6 musiciens… L'un n'avait pas de passeport valide, un autre prenait prétexte de la guerre du Viet Nam…! Le troisième venait d'acheter une voiture neuve !  Etc. Zizi et moi étions d'accord pour changer de vie, en fait notre couple battait de l'aile. En prélude des années 68,  le film "Jules et Jim" aidant, d'hypothétiques pas vers une libération sexuelle avaient fait des dégats… On comptait sur un grand courant d'air ! On a tout de suite accepté la proposition. Cette attente pour trouver des musiciens était un véritable suspense. Enfin Jean Amoros sembla avoir réussi à réunir un sextet.

Le 25 février, il apprend que nos visas sont acceptés, il faut vite aller au consulat japonais avec nos passeports. En même temps, une autre proposition venait embrouiller ces incertitudes : Jean Nubel, chef d'orchestre connu en Europe m'avait contacté de la part des "Latins" (dont le pianiste était le fameux musicien José Marchèse de Tunis qui m'avait tant apporté dans mes débuts de musicien.) L'orchestre Nubel cherchait un remplaçant à son "guitariste chantant", sachant si possible, jouer de la basse pour son sextette de variétés. L'orchestre se produisait actuellement au "Méditerranée" à Marseille pour 3 semaines. Ensuite, suivaient d'autres contrats déjà signés de 3 semaines chaque mois. C'était une affaire sérieuse, l'orchestre Nubel était réservé sur plus d'une année à Zürich, à Amsterdam, en Italie, en Espagne, en Suède etc…

Pour les 27 et 28 février, Le groupe Nubel me propose de jouer avec eux au "Méditerranée" à Marseille  (cachet de 70 F). Après cet essai concluant et en attendant les suites de l'affaire de Tokyo, j'accepte donc de les suivre. 

1er au 21 mars 64 au "Tabaris" à Zürich. Les musiciens étaient excellents, jouaient de la très bonne variété. Au "Tabaris", on prenait suite à l'orchestre de Bob Azzam,  groupe réputé qui, lui aussi écumait l'Europe. Le  répertoire  "Nubel" était en partie celui de "Sergio Mendès" pour le brésilien, des morceaux des "Beatles" et pour le jazz : des standards de jazz swings et des charlestons. On était logé et très bien payé : (62 F suisses moins 10 F d'hôtel) à l'époque 70F français par soir.

Le 10 mars 64, à Zürich, je reçois un télégramme d'Amoros "Agence japonaise annule contrat. Limite dépassée." La tuile! On s'était fait griller au poteau par un groupe italien bien organisé, avec photos en costumes différents et bande magnétique du groupe… des pros quoi !! C'est décidé, je pars quand même… quelques jours plus tard , j'avais mon ticket de bateau pour Yokohama…

Le 28 mars, je fais un remplacement à l'Ambassis du Casino de Trouville dans l'orchestre de Léo Slab sans savoir que l'on rejouera 40 ans plus tard à Villeneuve les Avignon! également dans le bistro jazz "le Sax'aphone" de mon vieux copain Jean Pierre Lesigne à Montpellier !

Sax aphone34 ans plus tard… Le "Blow Léo Trio" De g. à d. : Le père Philou, son fils Olivier et Léo Slab. Dans la page "Participation aux groupes de Jazz" On peut écouter un enregistrement de ce concert et lire un article de Jean Abush (tb) sur ce trio, paru dans le Jazz Dixie Swing n°15


Le 30 et 31mars, je suis de nouveau au "Blue-Note" avec Jean-Luc Ponti (vl) Jean-Louis vialle (dms) et Michel Sardaby au piano.

Le 1 avril, Michel Sardaby est remplacé par Jean-Claude Lubin.

Le 3 avril, toujours au "Blue-Note" avec Jimmy Gourley (g), Georges Arvanitas (p) et Lolo Bellonzi (dms).

Le samedi 4 avril sera ma dernière apparition en France avec un gala à Vierzon dans l'orchestre de "Trompette Boy"  (allias Fernand Verstraete, ancien trompette d'Hélian… avec un cachet de 200f).

Le dimanche 5 avril : au Blue-Note, J'ai le plaisir d'accompagner la pianiste Ayako Kobayashi en remplacement de René Urtreger. Elle me donne les coordonnées de ses amis musiciens à ToKyo, Ouah!

Le 7 avril 64 : Embarquement à Marseille  pour le Japon. Quai de la Joliette, les musiciens "Nubel" sont là… Quant à moi, je suis déterminé, plus rien ne peut m'empêcher d'embrasser la "grande aventure" avec guitare, guitare basse et mon sac de voyage habituel… Après ma déception sentimentale, il me faut partir loin de Paris, vivre une autre vie pour remplir le vide qui m'angoisse... Ce sera 28 jours de mer à bord du "Laos " jusqu'à Tokyo où j'espère bien utiliser mon visa de travail de 6 mois inscrit sur mon passeport. J'étais bien loin d'imaginer les péripéties qui allaient suivre… Je ne reviendra en France que 2 ans plus tard .

Nota :

Tous ces détails précis concernant cette période de 1959 à avril 64 on été notés au jour le jour par mon premier amour qui était à l'époque secrétaire de direction !  "Zizi, Merci de ton aide".

Ces documents  sont parus dans le "Jazz Dixie Swing" n° 61, revue trimestrielle éditée par Francine et Raymond Fonsèque. Avec toute ma reconnaissance pour l'aide qu'ils m'ont apportée à la publication de ces documents.

Suite dans la page :

"La vie musicale à Tokyo"

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