Gestation de cette pédagogie

Gestation de cette pédagogie

Juin 84. Dijon : A la fin d’un stage d’un an de formation Martenot exigé par l’EMM d’Avallon afin d’y entrer comme professeur de solfège, notre professeur Martenot : Yves Klein me confia :

" J’ai apprécié ta participation intense à mes cours tout au long de l’année et tes questions enrichissantes. Par contre dans le cadre de la  Pédagogie Martenot,  je n’ai pas réussi à t’empêcher de "swinguer" lors des exercices qui doivent être neutres dans leur mise en place rythmique. Tu t’en es rendu compte… Aussi je pense qu’avec ton expérience sur tes groupes d’enfants, tu devrais créer ta propre méthode." 

 J’en suis resté baba !

A ce stage Martenot nous étions quelques profs de musique avec une vingtaine d'institutrices proches de la retraite ! Certaines  d'entre elles, au fond de la salle amenaient leurs tricots... Un jeune prof de violon, comme moi passionné de pédagogie, étions les seuls à poser des questions...


Expérience à l'EMM d'Avallon

1985 Avallon . Moi qui n'est jamais été un lecteur, je suis donc engagé comme prof de solfège grâce à mon stage Martenot. J'avais 2 classes d'une quinzaine d'élèves chacune... des CM2 et des 6ième. Certains d'entre eux avaient amenés des illustrés, ils lisaient au fond de la classe et me laissaient tranquilles ! J'avais déjà entendu au collège d'Avallon " Nous m'sieur : on préfère le foot !  j'avais tout de suite compris mon boulot ! Apprendre à chanter les notes sur la portée intéressait uniquement quelques élèves du premier rang. Embarrassé, je sorti ma guitare, j'ai du leur chanter Well all right (Un blues chanté de Jo William dans le big band de Count Basie) Silence ... " On va chanter ça ?... en anglais ? - Peut-être à la fin de l'année... ça dépend de vous..." J'ai dû aussi faire un test de justesse des voix. Le groupe de l'Ecole qui swingue venait de passer sur FR3 : Mes gamins de l'EQS chantaient entre autre : "Un homme une femme" de Pierre Baroux et Francis Lai.

J'ai dû leur chanter la première phrase : "Com-me nos voix, ba da ba da, cha ba da ba da, chan-te tout bas, cha ba da ba da,...cha ba da ba da... ". Au bout de quelques secondes, j'ai repéré ceux ou celles qui chantaient très juste : peut-être : 4 ou 5... Je leur ai demandé de s'assoir ensemble afin de renforcer leur solidité. Ce qui rassure par osmose, les hésitants... La semaine d'après, ils se placèrent de la même façon : j'avais déjà gagné une manche. Restait à rajouter les 2 autres voix sur la même phrase accompagnée par les accords de la guitare : (la chanson est en La Maj7.)

J'ai certainement chanté moi-même la même phrase une tierce en dessous... (sur le Mi qui est la quinte de l'accord ). "Oh c'est beau m'sieur !"- La semaine prochaine ce sera encore plus beau quand on rajoutera encore une voix sur cette même phrase..." (la tièrce : Do dièze). A la fin de l'année scolaire, on pouvait chanter à 2 ou 3 voix 5 ou 6 chansons et même "Fiche le camp d'jack" ! accompagnées par des petites percus comme dans la vidéo FR3 Bourgogne

Photo : Carnaval à la Mairie d'Avallon.  Ier morceau : "Un homme une femme" Dans cette répétition enregistrée à Pontaubert, nous chantons à 4 voix (Je fais la fontamentale, le La (l'accord se compose ainsi : La  do# Mi  Si  (La7M pour le Jazzmen)


Novembre 86. Lors d’un concert pour le congrès annuel des animateurs musicaux de la FNACEM où la prestation de l’EQS ranima, parait-il, la vieille querelle entre anciens et modernes, le directeur pédagogique  me conseilla d’envoyer une K7 de l’EQS à  Michel Crichton, directeur artistique des "Editions Leduc" . Rendez-vous pris, ce monsieur, dans un bureau chargé d’histoires, entre dans le vif du sujet : "J’ai écouté plusieurs fois votre K7.  Les thèmes que vous faites jouer aux enfants sont ahurissants de précision. Entendre des gamins  exposer en  swinguant sur des xylos des thèmes de Fats Waller, d’Ellington, des thèmes brésiliens comme Tico-ticoVous avez un truc ! c’est pas possible."

Dans un lieu proche du Palais Royal, de la Comédie Française et de la part d’un monsieur qui avait du rencontrer des illustres compositeurs… c’était irréel ! "Il faut que vous fassiez une méthode". dit-il ... "Il n'en existe aucune apprenant le swing aux enfants ! " Il me montre quelques méthodes de batterie éditées chez "Leduc". Je lui explique que dans ma campagne, j’ai regroupé des enfants à qui je donnais des cours particuliers en leur enseignant ce que je connaissais le mieux en musique, ce que j’avais vécu sur la scène..  Mais il m'avait intrigué... " Comment ça une méthode ?  - Ecoutez, mettez  sur un mur une grande feuille de papier, puis notez ce que vous leur apprenez la 1° semaine, puis la 2° puis la 3° et faites cela toute l’année. - Mais je marche au pif ! - Justement, vous et les enfants allez faire des progrès, vous  pourrez rectifier vos propres erreurs, elles sont inévitables… structurez, triez ce qui marche et ce qui ne marche pas, une logique pédagogique apparaîtra et revenez me voir dans 3 mois avec votre plan de travail."

A la fin de cet entretien, il ajoute :  "Vous savez,  j’apprécie votre répertoire, je suis le pianiste des Tin Pan's (Orchestre Dixieland).


Février 87 :  Michel Crichton  me présenta au batteur Arthur Motta qui travaillait au département  "SONOR"  lui-même géré par les  "Editions Leduc" : " Combien vous faut-il de xylophones ?, je n'ai que des  "SONOR"  ... Faites-moi une liste... !!

 

Suite dans la page :

1986 Une pédagogie se crée

 

 

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