Embrouilles à Mexico

Extraits du livre

" Les aventures picaresques d'un jazzman autour du monde..."

 

Journal de bord de Francine :

Mexique

20 novembre 68  Ciudad Juarez : Ville frontière du côté mexicain. Le bus s'arrête, déjà, dans une gare de bus et nous plonge soudain dans une agitation bordélique, un vacarme ahurissant : volailles en pleurs, volière de mouchoirs humide, agités, tortillés, déchirés, envolés, piétinés, déchirements des adieux, embrassades interminables, "abrasados" à grandes claques dans le dos, intimité aux 4 vents, que la Marie, le saint de mon village et du tien te protège... "Vayas conDios".

Philou saute sur place, il vient de voir passer ses amplis de main en main. Les bagages sont apparemment transférés dans un autre bus. En plus, il faut payer pour chaque bagages. "No ! Si ! Cuanto ?". Les employés ricanant et sans uniformes nous extirpent quand même 5 dollars. On court après les valises qui disparaissent happées par des mains inconnues, bousculés, étourdis de cris. Le coffre du 2ième bus se referme, finalement le compte y est. Le bus démarre.  Philou rumine, encore rouge, laissons décanter...Poste de frontière mexicain, prière de descendre pour examen de passeport. Philou fait un bond ."Qu'est-ce qu'ils nous veulent encore ?" On nous introduit dans une pièce assez délabrée, sur le mur un portrait du président Diaz, dans un coin un drapeau enroulé. Des uniformes. Je répète : " Turista, turista ! " Pourvu qu'ils ne jettent pas un coup d'œil sur le matériel tout à fait professionnel ... Ils ont déjà tout vu..." Quieren trabajar ?" (vous venez travailler ?) - No, no! " je lui fourre l'adresse de Raphaël sous le nez. "Nuestro amigo ! - Cuanto dinero tienen ?" (combien avez-vous d'argent ?) Le pire c'est qu'il faut montrer. Ils hésitent, appelle un autre uniforme, se consultent d'un air grave, examinent les passeports, ouvrent de registres élimés. Indécis, ils sont indécis, d'un pied sur l'autre, oui, non, le tampon s'attarde au bout d'une main nonchalante... Tac ! Sans prévenir, le tampon s'abat sur la page bleue, bons pour le Mexique ! On venait de manquer à la plus élémentaire des coutumes mexicaines qui consiste à glisser  un billet de 5 $ dans le passeport. On apprendra plus tard ce que signifie la "mordida" .

Le bus s'élance comme un bolide dans le crépuscule mexicain. "Alto", il ralentit à peine devant les stops. Le chauffeur, seul maître à bord, après le petit christ barbouillé de carmin qui se balance sur le pare-brise et devant lequel il n'a pas manqué de se signer gravement, conduit avec fureur, dépasse toutes voitures particulières et quand il a la chance de rencontrer un autre "camione", engage une course à l'honneur, la main sur le changement de vitesse, dans les virages surtout, c'est excitant. La nuit tombe très vite. On se résigne à ne plus surveiller la route. A quoi bon. La machine en colère halète, sursaute, se tord dans des convulsions de tôle dérivée, hurle à la nuit ses grognements irréguliers d'agonisante.

Coup de frein. "Que pasa ? Un petite auberge badigeonnée de bleu foncé, 30 min d'arrêt. Le flot engourdi des voyageurs s'éparpille au milieu de quelques paysans ébahis sous leur chapeau de paille. Pas de sombreros. On s'assoit parmi un bataillon de collégiennes qui regagnent leur couvent de Torreon. Pas de menu. " Qu'est-ce qu'on pourrait bien bouffer ? - Moi je prend la même chose qu'elles, un bouillon ou trempent des haricots rouges - Comment ça s'dit omelette ? - Tortilla je crois. - Una tortilla por favor ! t'as vu si j'ai bien dit ça ? -Tortilla con que ?- ben... una tortilla, quoi ! " L'aubergiste le regarde indécis puis s'en va. Il revient aussitôt avec une galette de maïs sèche et plate comme une crêpe. "Qu'est-ce que c'est au ça, j'ai demandé une omelette, moi ". Les collégiennes pouffent dans leur soupe. Philou demande : "No hay tortillas ? - Eso una tortilla ! - De quoi tu t'plains t'as demandé une tortilla, t'as une tortilla, le regarde pas comme ça enfin !

Les pucelles de Torreon s'essuient les yeux, elles n'en peuvent plus. Le chauffeur ragaillardi par quelques verres de Tequila, reprend le volant avec impatience. A lui la route, cette nuit il sent qu'il va se surpasser. Il se signe, baise la statuette de Marie en plastique ventousée sur le tableau de bord et met le contact. Après avoir de nouveau cassé la croûte, jonché le sol de papiers gras de pelures et de mégots, renversé de la bière et du coca-cola, les passagers se préparent à bivouaquer. Les couvertures dépliées, il faut trouver la bonne position.  Les corps s'affaissent, s'étalent, s'emmêlent. On ne peut bientôt plus circuler, les chiottes à l'arrière sont barricadées. Lumières éteintes, le car fonce dans la nuit.

Vers 3 heures du matin, arrêt à Chihuahua. Un gamin vient balayer sans enthousiasme le couloir encombré, les pattes se replient, changement de position. Les tinettes dégagent une forte senteur tenace et acide, sous la porte s'écoule le trop plein, le trou est bouché. Y'a d'l'ambiance à l'arrière. Le soleil se lève sur une terre rocailleuse et désertique. De petites constructions carrées de terre séchée se fondent dans la sécheresse de l'horizon. Parfois, au loin un cavalier au galop soulève un sillon de poussière. De loin en loin, le long des buisson de maguey, la vision d'un âne tranquille à petits pas menus monté par son maître, pantalon et chemise en rude toile blanche, chapeau de paille. Un village, après 4000 km d'autoroute, un peu de fantaisie, enfin. Le car s'arrête à la sortie du village, sans raison apparente puisqu'il n'y a ni restaurant, ni gare, ni maison. Un petit curé sémillant grimpe dans le car, un seau à la main, en désignant sur la droite  des fondations. Pour l'édification de son église. "On n'est pas à la messe" grogne Philou. Le chauffeur  lui-même fait tinter quelques pesos. La quête terminée, le curé appelle son assistance au silence pour lui donner sa très sainte bénédiction. "Et si je ne veux pas être béni, moi " Les passagers baissent la tête machinalement et se signent plusieurs fois de suite en murmurant à vois basse des choses apprises par cœur. Le curé s'envole avec sa rançon et le bus redémarre. A Torreon, les créatures du bon Dieu regagnent leur couvent en piaillant de joie innocente. San Luis Potosi, Queretaro.


L'arrivée à Mexico City.(20 novembre 68). Il fait nuit quand nous abordons les faubourgs de Mexico. Une circulation intense,des rues inondées de paquets de piétons, sur les trottoirs, au milieu des voitures, des grappes s'agrippent aux portières des autobus complets, c'est peu dire. Engloutis sous les corps, sur le toit, par les fenêtres, aux portières certains ne touchent même pas le sol et battent des pieds accrochés à d'autres corps. Un vacarme d'enfer, les klaxons, les voitures à échappements libres. Y'a de quoi se réveiller et l'on rentre tout excités dans la gare de bus "Greyhound". La folie des bagages recommence. Enfin, tout y est on recompte et quant le tas est au complet, on s'assoit dessus, on est arrivés !  Un type tourne autour de nous depuis notre arrivée, on le tient à l'œil… Je me dirige vers la cabine téléphonique, il me suit. "Allo Raphaël ? On est arrivés, c'est loin chez toi ?" - Allo", Un Raphaël endormi, mollasse au bout du fil. C'est vrai qu'il n'a jamais été très vif, moi je bouillonne. " Ça y'est Philou, il nous attend avec Marianne." Le bonhomme s'approche de nous. " Taxi ? - Presa Rodriguez, colonia Irrigation, Cuanto es ? - Cien pesos (40 F). -No, demasiado caro ! " . On arrive à 30 pesos. C'est encore cher pour ce que c'est, la porte avant côté passager ferme avec une ficelle, il met le contact en tirant des fils sous le volant.

On s'en fout d'ailleurs ..Tous yeux ouverts, on reçoit, violentes, les images soules, uniques, du premier regard dont l'impact émotif ne renaîtra plus avec cette vigueur. Mexico, Mexico City, Ciudad de Mexico, on ne voit rien et on voit tout. La ville émane, sonne. Ce soir tout est étrangeté, gonflée par nos fatigues et nos incertitudes, la ville s'ouvre, ombre et néons, une question sans réponse.


Philou vu par Francine : Philou, qui ne croit ni à la chance ni au hasard, annonce : "Demain, on commence les répétitions." Plus qu'une ferme détermination, la peur confuse de n'avoir rien à présenter, pas de répertoire, pas de référence, pas d'expérience, pas de publicité, si, une photo prise par un copain pianiste Philippe Baudoin de qualité médiocre, mais en fond la Tour Eiffel. Philou, lui, la trouve commerciale… il l'a déjà mise dans un album intitulé  "Album de publicité".  On y mettra, dit-il, les coupures de journaux. Ça semble fou cette assurance, cette foi qu'il a. La folie, c'est une question d'âge ou de naissance. A 34 ans,  Philou  est un chronique organisé.

2 duo tour eiffelPhoto du pianiste et arrangeur Philippe Baudoin

Chez Raphaël. Un grand mur et une sonnette, la porte s'ouvre, nos  inquiétudes  s'effacent, les espoirs s'épanouissent, Marianne sautille, pieds nus, robe transparente, Raphaël  la suit, pataud. On entre dans le salon, les yeux clignotant dans la lumière vive, une galerie en bois sombre, un large escalier rustique s'accrochent aux murs blanchis de chaux, les meubles en bois massifs s'imposent par leur lourdeur, on est tout de suite bien à l'aise.  Les  bonnes  nous  apportent  déjà  à  manger, Marianne babille : "Ici, c'est formidable, on prend des bains de soleil à poil dans le jardin, il fait chaud vous savez... je me gave de fruits, la mère de Raphaël est adorable, elle n'est jamais là, les amis de Raphaël sont  très chouettes…" Elle se désintéresse vite et entraîne Raphaël sur le canapé, se roule sur lui, l'excite un peu pour faire l'intéressante. On grimpe dans leur piaule et ils dédoublent leur matelas,  Marianne qui ne pense qu'à baiser et qui surtout aime en parler : "C'est bien parce que vous êtes des amis, parce que ce soir, pour faire l'amour, c'est râpé ! " . Marianne, en lotus, feuillette un "play-boy", on dort déjà, sans ébats et sans sacrifices, on est arrivés.

Son père, ancien réfugié espagnol (écrivain et poête) : Tomas Ségovia nous invite : il est un peu inquiet pour son fils. Il voit la rentrée à l'université remise au prochain trimestre, ou au suivant...  "... et puis cette revue qui s'appelle "Hair"... ici, tout ce qui vient de la jeunesse américaine de Californie est suspecte… Récemment, le gouvernement mexicain a massacré froidement, à la mitrailleuse, les contestataires de mai 68 : plus de 400 morts, j'ai eu un mal fou pour empêcher Raphaël d'aller  "aider ses copains "... Il continue : "… maintenant, c'est la marihuana, depuis qu'ils montent cette revue, ils ne  parlent  plus  que de  marihuana ! Ici, elle n'a toujours été  que la triste  consolation  des gens très pauvres, c'était moins cher que l'alcool..


A l'Ambassade de France.  C'est un très respectable petit hôtel particulier entouré d'un jardin. A la réception : "C'est à quel sujet ?" Que dire ? La réceptionniste, qui a saisi au vol "Chansons françaises", nous aiguille au 2ième étage sur le bureau de l'attaché commercial. Quelques minutes d'attente, pour la forme, et s'ouvre la porte d'un bureau de style rigide. Une femme, la cinquantaine, officielle croise ses mains sur un bureau vide : "Que puis-je faire pour vous ? - Et bien voilà " Déballage confus et précipité. "Des troubadours en quelque sorte..." Distance légèrement sarcastique. Enfin nous voilà classés. "Avez vous un contrat ? - Non -Alors vous avez un visa de travail ? -Non - Alors je ne comprend pas ce que vous venez faire ici, si vous n'avez pas de visa, vous n'avez absolument pas le droit de travailler. " Mais...- Ecoutez, je vous parle franchement. Le ton est posé, calme, les formes on ne peut plus correctes. "Vous n'êtes pas sans ignorer que nous venons d'avoir les Jeux Olympiques, ici, à Mexico. Nous avons reçu les ballets Bolchoï, nous avons été comblés de concerts classiques, en troupes théâtrales, nous avons eu la joie d'écouter les meilleures formations de Jazz et, si j'ose le dire, nous avons tout vu. Voyez vous, vous venez trop tard, personne ne vous connaît et, je le répète, légalement vous n'avez pas le droit de travailler au Mexique.

Si j'étais vous, je ne m'attarderais guère plus longtemps ici. Elle décroise ses mains pour ajuster son col blanc. L'exposé est clair, il nous reste  dollars, un rapide calcul, compte tenu des loyers et de la vie modique, nous donne trois mois pour trouver du boulot mais pas le choix de repartir. " Et les cours de français ? -Oh, vous savez vous n'êtes pas la seule à vouloir donner des cours. - J'ai une licence, quelque part. - Si vous pensez au Lycée français, tous nos professeurs ont de sérieuses qualifications. Je peux dire que le niveau de notre lycée est même supérieur à l'enseignement français. - Et les alliances françaises ? - Voici l'adresse de l'Institut français, essayez toujours...


Au marché. On s'égare dans un marché,symphonie en couleurs et parfums. Une orgie, une débauche de fraîcheur et de variétés. Des fruits, des montagnes de fruits, guayabas, guanabanas, papeyes, avocados, pastèques... Des fraises à 2,50 F le kilo au mois de novembre ! Ananas petits, énormes, mûrs, encore verts, noix de coco, bananes de toutes tailles, des régimes de lilliputiennes grosses comme le pouce jusqu'aux machos, enflées, monstrueuses, à la chair dure et rosâtre, à la pièce.

Une mama ventrue nous agite sous le nez, volubile, cuit c'est un excellent légume ! Macho ? Macho ? répète Philou qui saute sur l'occasion (macho veut dire viril). Elle ne comprend pas l'allusion et rit parce qu'elle nous voit rire. Toutes ces odeurs de fruits murs se mêlent, excitent la narine, allégresse naturelle, étourdissante. Sur une planche, une femme presse des oranges, le jus coule, pur, les pépins éclatent, la pulpe gémit et le fruit ruisselle dans de grands verres, c'est bon ! Des légumes, des salades humides de verdeur, bouquets touffus de persil, cerfeuil, bottes d'oignons nouveaux, petits pois tout écossés, mais oui ! 5 oranges pour 1 peso (1 peso = 40 cents de dollar !)

Les longues jupes balaient les épluchures de choux-fleur, les queues de poireaux et les fruits trop mûrs qui roulent mollement à terre pour pisser leur chair sucrée. La face large et lisse, les nattes huilées rassemblées dans le dos par un ruban de couleur, elles, femmes placides et pesantes, ont un regard passif ou s'ébrouent, animé devant le client. Des gamines sérieuses rendent la monnaie, déjà loin des marmailles dorées et dodues qui se roulent dans les cageots, dévalant les allées, s'aspergent à la fontaine, le derrière à l'air, se ruent par grappes déchaînées et ramassent des gadins en couinant de surprise ! Les mendiants, les mendiantes avec leur dernier né à califourchon sur la hanche, coincé dans le châle, appuient sur les murs tièdes  leur vie d'attente, le regard vide perdu sur les pieds des passants


On cherche une piaule...La quête au logis nous porte de rue en rue, de fausses adresses en téléphones, de concierge absente en déjà loué, de "manana" en "mas tarde", de  "momentito" en "ahorita". Ici, chambre chez l'habitant, impossible pour les répétitions, là, ne pas confondre, pension de jeunes filles, foyer-couvent de vierges en serre. Sitôt la porte franchie, je retrouve cette pénombre lourde d'encaustique, de renfermé, cette odeur de vieille soutane avec une touche d'encens et de tabac refroidi, cette exhalaison de prison, de chair triste, de cornette empesée et, dans le silence des corridors, le cliquetis des chapelets de bois, le froissement des jupes à vertus biliaires et sclérosées, le chuchot malsain des âmes asphyxiées. "tu voudrais pas que je remette ça, sept ans ça suffit !" La lourde porte en bois massif cloutée de cuivre s'entrouvre avec infiniment de lenteur, de ces portes qui ne sont pas faites pour s'ouvrir mais pour barricader, et le soleil jaillit, rassurant, brutal, la rue poussiéreuse nous aspire dans son vacarme. La prochaine adresse n'existe pas, ainsi que la suivante, fantaisie de l'imprimeur? La liste s'épuise, j'ai chaud, plus que deux adresses, j'ai mal aux pieds, Philou étudie la carte, les rues ne sont plus des rues mais de larges allées où passent quelques voitures ; le soir étire les ombres des grands arbres, il y a du gazon sur le trottoir et des jets d'eau pour les abreuver, et des villas paisibles...


La revue "Hair" ... Le lendemain, coup de téléphone. "Allo Francine, c'est Raphaël, j'aurais peut-être quelque chose pour toi, tu peux chanter en anglais ? - Oui... - ça serait pour une revue musicale, rien que des jeunes, Marianne et moi , on a déjà commencé les répètes, "Hair" ça s'appelle, on chante, on danse, on improvise. Faudrait que tu viennes voir le directeur, t'es d'accord ?  - Et Philou, il est dans le coup?  - je n'sais pas, ils ont besoin de filles... Tu sais ça va être formidable ! On va vivre en communauté dans une grande barraque à Acapulco. Alors tu viens ? - Ecoute, je te rappelle ce soir, aujourd'hui on va aller voir des piaules...". Eclats de rire au bout du fil, Marianne glapit : "C'est formidable : on va tous danser à poil avec des fleurs dans les cheveux, y'aura du "pot" des kilos de pot ! ça glousse au bout du fil, le récepteur est abandonné, j'entends des éclats de rire, des petits cris étouffés et Raphaël qui répète : " Attends, attends..."


Un quartier chicos.

2 polanco philou

"Polanco" : Calle Anatole France, n° 10. On sonne. Derrière cette villa, une cour proprette dallée, un garage et, au-dessus, une piaule avec cuisine et bains. 1000 pesos (400 F) "Esta bien". Ce sera notre nid d'amour avec cuisine et répétitions…. On va pouvoir peaufiner notre "répertoire", on est chez nous maintenant ! Le soir, j'appelle Raphaël, personne, même chose les soirs suivants. Impossible de le joindre, il semble passer ses jours et ses nuits à répéter la revue HAIR, absorbé par une autre vie sous l'égérie de sa Marianne endiablée. 

Réveil. Nous sommes étourdis par tant de beauté, de goût dans l'architecture, la décoration, la variété dans les matériaux. Anciennes villas dans le style colonial un peu chargé mais tellement harmonieux, façades moderne, lignes agressives humanisées par le matériau, petits galets peints sertis de ciment de couleur, du bois, beaucoup de bois, de l'ardoise, du marbre, de larges baies ensoleillées, et toujours la douceur, la tendresse des bouquets de verdure, palmiers, arbustes en fleurs, cactus, gazon cru, plantes grimpantes, saules pleureurs, et l'ultime vivacité des fleurs voraces et de l'eau bruissante.


Premières roucoulades... Programme : " Le roi Renaud ", " Le fiacre". "Un homme une femme" La pièce est décidément petite, les micros résonnent dans les tympans, un sérieux de cathédrale. "A partir d'aujourd'hui, on répète 4 heures par jour." Un peu déroutés de chanter dans un micro, à la fois l'impression d'une dimension supplémentaire et la sensation de n'être plus maître de la situation. "T'en fais pas, ça va venir - J'y arriverai jamais, on chante faux... t'entends pas ?- Quoi, on chante faux ? Forcément, on n'est pas habitués ! Raison de plus pour répéter, "Un homme, une femme" : incertain, très timide. Le fiacre s'était  un peu mieux : c'est plus facile - Allez on recommence, 1, 2..." Au bout de 3 heures les murs nous étouffent, ça dégénère, et ça finit par un coup de gueule. Heureusement qu'il y a la terrasse pour s'aérer et se calmer les nerfs.

Avant chaque répétition, on vocalise avec Toska Marmor , notre prof de chant de Paris, Toska nous a offert et bénéficier tous les jours et pendant un mois de sa compétence : "Je ne vais pas les laisser partir au Brésil comme ça, ces deux oiseaux là..." avait-elle dit ! Elle nous a laissé ses arpèges d'accompagnement piano sur bande magnétique : "A A A O O O, I I I... ça dérouille la gorge et ça force à respirer.


Une rencontre bizarre... On est invités dans la famille de Raphaël, en bus c'est un peu compliqué... " On peux essayer le stop ? ". On descend jusqu'à l'entrée du boulevard périphérique. Tout de suite, une voiture s'arrête. " Colonia  Irrigacion ! " Un type, lunettes noires,assez puissant. "De donde vienen ?". On lui raconte notre voyage. "I want to help you". Comme Philou ne parle pas espagnol, il sort un anglais très roulé qui lui donne des mines de marchand de tapis. Il pose beaucoup de questions, c'est très désagréable ses lunettes noires. Très prévenant, il nous conduit jusque devant la porte de chez Raphaël. Personne, on dirait qu'il le savait. Il insiste : il veut absolument nous aider "Quieren comer ? " Au resto il nous parle d'un syndicat puissant : la Anda : " Tous les artistes étrangers, dit-il doivent s'y inscrire pour travailler au Mexique. Même Gina Lolobrigida lorsqu'elle est venue tourner un film... Personne n'y échappe, même pour un contrat de quelques jours. You understand, now why I want to try my best  for you. I want to help you. I am a lawyer. Me llamo Efraïm.


Place Tlatelolco. Efraïm dans sa vieille Cadillac veut nous faire visiter Mexico, On commence à en avoir mare de sa binette "Do you know Tlatelolco? - No ". C'est, qui l'ignore ? l'endroit où se sont déroulés les Jeux Olympiques. " J'étais là, avec l'armée... Vous voyez cette place  ? " Oui, on la voit cette place encore hantée, nous semble-t-il de fantômes sanglants. Il continue : " C'était noir de monde, tous les étudiants, toute la foule rassemblée là, les femmes et les enfants, ça criait. L'armée est arrivée, ils ont averti : "Dispersez-vous ou nous tirons..." Ils n'ont pas bougé ces idiots !.. alors nous, on a tiré dans le tas. Des balcons, la haut, des corps sont tombés. La panique si vous aviez vu ça ...La foule à commencé à courir et c'est à ce moment là que nous avons chargé... Des morts partout, plus de 400... Vous voyez  ici ce tas de ferraille, vous savez ce que c'était ?... Une pompe à essence...des étudiantes s'étaient cachées mais nous, on les avait vu, les chars ont tout écrasés, tout, si vous voulez regarder, il y a encore des traces de sang... Ils sont fous , complètement fous, mais ils l'ont bien cherché, qu'en pensez-vous ?

Suivis depuis El Paso ?? C'était ça sa ballade touristique ! On a beaucoup  apprécié le "nous" et la complaisance morbide. En tous cas, son jeu est clair, il veut nous faire parler. Comme par hasard... Quelques semaines plus tard, on découvrira une fois de plus ce jeune américain et son livre de Marcuse rencontré au Texas. Etions-nous fichés depuis Paris ? Efraïm était-il le dernier maillon ?


"Asociacion Nacional de los Artistas" . Le voilà enfin ce fameux building. "Seccion de los Estrangeros". Ah! il y a donc des étrangers qui travaillent ici. Une secrétaire fraîche et souriante nous renseigne. "Imatriculacion ? " - Si, si ! "Pour s'inscrire, il faut, dit-elle, réunir un dossier comprenant des preuves de notre activité professionnelle, c'est-à-dire des exemplaires de contrats précédents, des photos professionnelles, un disque si possible, un contrat au Mexique motivant notre inscription et 2.500 pesos de frais d'inscription si la demande est acceptée par la "Anda" d'abord et le gouvernement ensuite. Positif. La grosse inconnue reste le contrat à obtenir... " Sabe si hay artistas franceses en la Anda ?"  Obligeante, elle tape un nom et un numéro de téléphone : Catherine Georges… Un souffle d'optimisme nous porte jusqu'à notre piaule de Polanco. Ça peut servir.

3 chez catherine georgeCatherine à droite, à sa gauche, son accordéoniste : Michèle Jourand.


A table, les enfants écoutent  Michèle et Catherine parler avec retenue  d'une certaine Marie-Robert qui pourrait nous faire travailler... Nous on retient : "Avec Marie-Robert, c'est magouilles et compagnie... - Oui mais elle est efficace..."


Encore Efraïm... 11h 30. Une voiture klaxonne à la grille. " Merde c'est Efraïm ! - Que tal ? (on va faire un tour ?) - c'est qu'on est très fatigués, on était en train de répéter... -10 mn c'est tout, on va essayer mon Alfa Roméo. On sort... Une Alfa rouge ! c'est pas que ça nous impressionne, nous on préfère la 2 CV... Mais qu'il ait tenu parole... " Vous aimez la vitesse ? - Non pas du tout ! - Vous allez voir."

On descend le boulevard périphérique. Efraïm pousse le moteur, aïe!  les vitesses craquent, j'en ai mal pour la voiture, la brute ! Le moteur mugit, pourtant on avance pas. " Y'a sûrement une 4e vitesse quelque part... suggère Philou. Répond pas. Vexé, il passe quand même la 4e. " Y'a comme une drôle d'odeur !  Répond pas, puis : " Voyez je dépasse toutes les voitures ! - Tu parles, me glisse Philou, je peux le suivre avec ma 2 pattes ! L'accélérateur à fond, Efraïm brutalise ce qui fut un petit bijou et qui se traine lamentablement sur l'autoroute. Banlieue de Mexico, sinistre, on sort du "periferico" pour emprunter des routes sombres, des cases carrées, des ombres s'enfuient devant les phares. On rentre dans les bidonvilles. Silhouettes désœuvrées, visages figés dans un éclair, noirs, inquiétants. Brusque coup de volant sue la droite, on rentre dans la nuit. " Ici c'est très dangereux de s'arrêter, des couples qui ont voulu s'isoler ont été retrouvés égorgés...

Silence. La route devient chemin de terre puis terrain vague. Des buissons secs raclent les flancs du capot, crissent, la voiture bringuebale sur de grosses pierres  qui cognent le châssis. Efraïm conduit comme un fou, rétrograde, les vitesses dérapent, il les replace à coups de poing, on rattrape un sentier aussi perdu, il ralenti. "Supposez que j'arrête la voiture... je sors mon pistolet, (il faut toujours avoir une arme sur soi), je le braque sur Philou et j'emmène Francine de force pour la violer, Francine qu'est-ce que vous feriez ? " Le chemin est noir et désolé. Je suis à côté d'Ifraïm et Philou derrière. Efraïm n'a pas tourné la tête, impassible derrière ses lunettes noires, la mâchoire dure. " Ah! ha! vous avez peur ! qu'est-ce que vous feriez hein ? - Je ne sais pas ... mais sûrement que je ferais quelque chose ! " Le silence reprend sa place, plus lourd que les mots. On arrive à un cul de sac. Le talus s'approche, sinistre, des touffes d'herbes oscillent dans le vent. Coup de frein. Je bute sur le tableau de bord. " C'est une belle voiture que vous avez là, Efraïm, elle a combien de milles ? - ... Manœuvre. Marche avant, marche arrière. La voiture hésite, et lui ? Je guette la patte velue qui triture les vitesses. On repart. On est perdus, Efraïm va n'importe où. Tous terrains.

"Voyez cette colline ? c'est une caverne. Toute cette région m'appartient, c'est moi le chef, le caïd qu'on m'appelle. Il y a quelque temps, des femmes disparaissaient sans laisser de traces. Alors moi, j'ai pris mes hommes, on a emporté des fusils et on a cherché. J'ai dit : Allons à la caverne. Personne ne s'y risque jamais, elle est maudite. On est rentrés en pleine nuit et on a trouvé un vieux en loques. -Et les femmes ? - rien, personne, pas de traces. si une vingtaine de culottes étaient accrochées à la paroi..." Enfin, quelques lumières, la voiture s'arrête devant un poste de garde avec un vigile en faction, on respire. " Esta bien ? - Muy bien, senor, muy bien !" Il rectifie la position, soumis, il fait son compte rendu. c'est donc vrai ces histoires de caïd. Un chemin, une route, une grande route et on replonge avec délice dans le "periferico" illuminé. " Qu'est-ce que vous pensez du sexe ? - A quel sujet ? - Moi je crois qu'il y a du sexe partout, qu'on  parle de n'importe quoi, ça revient toujours au sexe." Il s'adresse à Philou : " Q'est-ce que vous pensez des partouzes ?- Je suis bien avec Francine... - Ah! "acaramelado" litt. : "collé avec du caramel"


Visite au "Can-Can". Aujourd'hui sur les conseils de Catherine, on essaie le "Can-Can" au cœur de la Zona Rosa. Nicole, la "Chef de ballet", rage, elle s'affale dans sa loge, transpirante, ses jambes musclées largement écartées. Des petits culs, des gros culs nous frôlent dans le couloir étroit des coulisses, jetant leurs odeurs intimes de corps chauds, d'aisselles humides, de parfum entêtant et de poudre de riz. Ça glousse, ça cavalcade dans le dédale des paravents fanés, ça se faufile entre les grands jupons pendus, les plumes d'autruches frémissantes, les bottines perlées d'interminables boutons et boutonnières. Philou exulte : " C'est érotique les bottines, déshabiller une femme c'était autrement plus excitant, quel suspens ! - Tu parles d'un boulot ! Où est Jaime ?- Tu cherches Jaime ?, je viens de le voir !, le voilà, je vous laisse".

Jaime dirige la revue du café-théâtre "Can-Can". La reconstitution est très réussie, un petit bijou d'intimité, de velours rouge bien rembourré. On se présente, on est français, on a bien sur un répertoire tout à fait d'époque (?)  et s'il monte une nouvelle revue...enfin... "Tienen que hacer un ensayo ! -Si si ! ... Sûr qu'on veut faire une audition ! - Juevez a la tres ! - Muy bien, nos vemos  a la tres.

Un essai, nous allons enfin sortir de l'anonymat, de l'amateurisme, de notre piaule exiguë ! Nous allons affronter enfin (Je pense déjà) une oreille critique, notre travail va sortir de l'ombre pour devenir réalité, bonne ou mauvaise, ça va être la grande confrontation. On exulte, un peu fou, bêtement heureux, sournoisement inquiets car on vient de sentir le premier serrement sourd de cette maladie qu'on nomme le trac ! Sous l'aiguillon de l'audition proche, les répètes se font fiévreuses contractées, de moindre efficacité.


Chez Marie Robert (Maria) Calle Londres 24 , je sonne, au bout de la petite cour sombre, une porte s'en-trouve. " Je viens voir Marie Robert - C'est moi, entrez ! " La pièce est tellement sombre que je ne sens d'abord qu'une épaisse odeur de fumée confinée. Les rideaux sont tirés. Par terre, une moquette douce, un mobilier près du sol, une large table ronde et basse; dessus, photos, machine à écrire, paperasse, mégots, poufs et coussins. Sur le mur, quelques photos de mannequins et puis Marie-Robert qui me regarde de ses yeux très noirs. La cinquantaine, le visage un peu bouffi, elle doit boire, des cheveux gras, décolorés roux, emmêlés, un pantalon noir qui moule son ventre relâché, un pull sombre et des chaînes brillantes autour de la taille comme c'est la mode. "Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?" Un accent grasseyant des Pyrénées orientales, je crois. "Je cherche du travail. Catherine Georges m'a dit que vous auriez peut-être quelque chose pour moi ".

Elle m'observe de ses yeux noirs, lourds ; un de ses faux-cils se décolle dans le coin de l'œil, elle essaie de le recoller. "Vous êtes seule ? - Non, avec mon partenaire Philou on cherche du travail dans la chanson, mais c'est pas facile... alors en attendant, quelques photos...- Vous avez déjà posé ? - Non, mais... - Il faudra vous arranger un peu mieux... . Vous savez, je travaille aussi comme imprésario. Avant, j'avais un club, "la Matraca", mais j'ai abandonné. J'étais obligé de boire et je vivais la nuit. Maintenant je me lève tous les matins à 8 h, c'est une autre vie ! Si vous voulez, je peux m'occuper de vous, j'ai beaucoup de relations, je connais tous les patrons. Pensez, ils venaient tous les soirs dans mon bar, c'était la rigolade chez moi ! - Ah oui ? - A une condition, vous me signez un contrat d'exclusivité ! Je vous fais une faveur,  je ne prendrai que 10 % au lieu de 15 % sur toutes les photos, commerciaux pour la télé, figuration de films, etc., et bien sûr sur les engagements que je vous procurerai. -Vous pensez nous trouver du travail ? - J'en suis sûre ! Je connais tout le monde à Mexico, vous ne pouvez pas mieux tomber ! - Il faut que j'en parle à Philou. Il faudra faire un dossier de photos et surtout maquillez vous. alors c'est d'accord, je vous attends.


Chez Catherine : On a une audition jeudi ! - Et bien ! mes enfants, bravo ! Le Can-Can est une des meilleures boîtes de Mexico, après, vous allez être lancés, ils paient bien et en plus il font signer des contrats de 6 mois en général. " Et la Marie-Robert ?...- Je l'ai visitée hier - Si vous voulez mon avis, qu'elle attende pour l'instant. Vous dites ? Un contrat d'exclusivité ? Ne signez pas, elle a mauvaise réputation, elle a fait la foire avec tous Mexico ! enfin je ne veux pas vous influencer, c'est toujours seul qu'on fait sa carrière. On va arroser ça, je vous emmène au "Rigus".


Au Can-Can , l'audition ... Ça y est monté, Philou a tout vérifié, il accorde les instruments, place les médiators sous les cordes et pose sur l'ampli la maigre liste des morceaux choisis. J'ai l'estomac qui gargouille. Philou en costard, mais oui ! moi avec la même et identique robe que je porte pour toutes les visites importantes, achetée à Paris parce qu'elle faisait mexicaine, en fait pas du tout, mais qu'importe. Je me brosse les cheveux. " T'as un peigne ? - Non ! - On va prendre un verre ? - D'accord, on a besoin de se remonter. Au bar voisin, on s'assoit, tendus. "Dos punches. - Calientes ? - No, frios ! - Frios ?  - Ben oui quoi : froid !  - Ça va pas marcher... - Arrête tes conneries et bois - Moins cinq, on y va. On cherche partout Jaime. c'est pas le moment de nous filer un lapin. Le voilà. Je prends la guitare, flageolante, les robes courtes c'est peut-être sexy mais ça dissimule mal l'émotion. On attaque "le fiacre" parce que c'est le plus facile. Jaime, bedonnant, écoute vautré dans un fauteuil. Il a de la chance celui-là... "Céline", "L'amour est bleu", "Un homme une femme" et notre fameux Pot pourri 1900, la pièce maîtresse... "Oui, très bien, continuez..." On se regarde, paniqués... c'est que, on n'a plus rien à chanter... "On peut recommencer si vous voulez !

Michèle, l'accordéoniste de Catherine, est venue nous assister. Elle a travaillé longtemps au Can-Can et connait bien Jaime. son œil bleu et calme n'exprime rien. Bon, si vous voulez passer dans mon bureau... C'est fini. Michèle l'avocate de la défense, discute avec Jaime, on a plus qu'à écouter la sentence. " Sientese ! " On s'assoit, le cul sur l'extrême bord des énormes fauteuils qui ne laissent pas le choix entre la rigidité ou l'affalement dans la moelleuse profondeur des vastes coussins, position peu propice à la situation. C'est donc en arrêt, les yeux rivés sur le poussif Jaime, qu'on attend le verdict. Lui, froisse des papiers, démantibule des piles de paperasses, ouvre des tiroirs et sort une feuille blanche, toute blanche... pour se donner une contenance ? Il n'en a pas besoin, c'est lui le patron. " Combien demandez vous ? - ??? - ??? "

Quoi ! combien ? mais on n'avait pas pensé à ça ! Philou me regarde médusé, sans inspiration, faut pas compter sur lui... Je me rappelle à la hâte les conseils de Catherine ; demandez un gros chiffre, ils peuvent payer. Mais maintenant la somme me semble grotesque et c'est presque honteuse que je m'entend parler : " 60 dollars par jours ? - Pues..." Il fait la grimace, c'était fatal, on va le décourager. "C'est beaucoup, nous avons un budget..." Il faut comprendre, 45 dollars... On comprend tout et au-delà. "Saber bailar ? Si je sais danser, bien sûr, mes cours de danse rythmique de la pension se transforment en école de ballets ! J'ai vu les mexicaines au travail. " Parce que j'aimerais vous incorporer à la revue. - C'est une très bonne idée. - Pour le répertoire, il faudra apprendre des chansons comme "La Seine", sous les ponts de Paris, etc. -Pas de problèmes ! - Bon voici mon numéro de téléphone, n'oubliez pas de me rappeler demain après-midi." Oublier ? il a de l'humour ce Jaime !. On vole chez Catherine qui habite à deux pas car, dit-elle, tout ce qu'il y a d'intéressant se passe dans la Zona Rosa. Nous qui habitons Polanco faisons figure, sinon de provinciaux, du moins de retraités en villégiature. On va arroser ça, je vous emmène au "Rigus" "


Bœuf au Rigus. Le sourire de Paul Newman, l'ingénuité de Perkins, selon les termes de Catherine, maternelle. Tony est beau c'est vrai. Il a un sale caractère, dit Catherine avec admiration, il ne peut pas rester plus de 15 jours dans le même orchestre ! On rentre au "Rigus", une boîte de jazz sur Insurgentes, ça sent le pot. Philou est content, depuis le temps qu'il voulait faire le bœuf, se faire connaître et si Catherine nous a pris sous son aile, c'est bien un peu parce que Philou comme le beau Tony est un jazzman.

Elle gronde... : " Rien à faire, il ne veut pas comprendre qu'il faut être commercial de temps en temps. - Je le comprends ! " Catherine en rosit, elle couve Tony de toute son exubérance de femme épanouie. " Vamos a hechar la paloma ? " (On va faire un boeuf ?) C'est la première parole de Tony ; il remplace les présentations par un sourire d'ange rêveur. " Il a 23 ans et c'est un des meilleurs pianistes de Mexico ; mais voilà, il est trop moderne. ! " D'après Philou, le guitariste joue dans l'esprit Wess Montgomery. Catherine exulte : " Celui-là c'est Tonio, l'ex-amant de Gloria Lasso ; il l'aime toujours mais elle, c'est une folle, elle se pique, elle picole et comme sauteuse… ! Ici, c'est la grande vedette.

Tony est parti sans annoncer le thème, les musiciens s'écoutent, se sentent, excités par la présence d'un nouveau musicien, ils sont prêts à donner le meilleur. Un chorus puis deux, Philou se détend, Tony lui sourit, ils s'entendent bien. Catherine, la grande Catherine qui fut la fureur de Mexico, celle qui a eu son nom marqué plus gros que Ray Charles, "Catherine Georges" chanteuse de jazz, sans mentir !  " La toute virevoltante, la pétulante, la " Petite Femme de Paris", la " Viva Maria " du Mexique héroïque, l'extravagante la charmeuse, l'éloquente, la suggestive, l'allumeuse, l'agace-pisette, c'est tue... Elle écoute ou plutôt elle boit des yeux son Tony... Lui s'est lancé dans un chorus compliqué, harmonies atonales, presque du free ; c'est de loin le plus moderne, il entend l'affirmer ; mais il laisse, élégant et complice, plusieurs chorus au bassiste. Philou se régale, depuis le temps...

Ce n'est certes pas avec moi qu'il peut prendre son pied à travers les répétitions orageuses qui finissent fatalement en engueulades quand l'excitation et la fatigue couronnent  nos trois heures quotidiennes de travail. Après 15 min de chorus, les musiciens reviennent au thème, c'est fini. Philou rend la basse, Tony lui glisse quelques mots. Un signe évasif aux autres musiciens mexicains, il a bien le sale caractère d'un jazzman. Mais tout de suite l'orchestre repart dans une folie du tonnerre de Dieu, un rythme de furie allègre s'installe, la samba balaie l'austère ésotérisme du Jazz. Tony fait la grimace, hautain : "Commercial", mais nous, nous frémissons devant cette musique folle, cet appel irrépressible. Une chanteuse brésilienne bondit sur la scène, opulente, ondulante. "Mas que nada", "O pato", la féerie du Carnaval, éloquence rythmique, la grosse caisse, la cloche, la cuica, le tambourin et tout-ce-sur quoi on peut taper, ça déménage. "Merde, si ça c'est du commercial " On apprendra plus tard que la dite chanteuse… C'était la grande brésilienne Elis Régina..


" C'est pas l'tout, maintenant répétition ! " On attaque un pot pourri 1900, "Viens poupoule", "La java", "J'ai ma combine", "Mon village" Philou dit que ça va plaire. "Tu vas voir si ça va marcher !"  Ce soir Efraïm n'est pas venu au rendez-vous qu'il avait fixé lui-même d'autorité. Tant mieux.


En cuisine.  Philou coupe des gousses d'ail menu-menu " Lave le persil, fait quelque chose quoi ! " Les tomates fondent, glougloute à petit feu. "Surtout, baisser le feu, bien mitouner (mot morvandiau...), c'est le secret, tu vas m'en dire des nouvelles du coulis de tomates ! " Les bonhommes quand ça fait la cuisine, ça déplace de l'air, ça fout le bordel et c'est irascible. Après quelques heures, le chef consent à servir. Pour être long à cuire, c'est long, pour être bon : rien à dire chef, par contre ... y'a dû avoir erreur dans les proportions... En raclant le fond de la casserole culottée, on a droit à 2 cuillères à café chacun, une pour se brûler la langue, et l'autre pour goûter avec un bout de pain, pour saucer le jus. "Quand même, reconnais, j'suis doué pour la cuisine !" On a su plus tard que vu l'altitude de Mexico (2500m), l'eau bout à 85°, les nouilles, les légumes mettaient un temps fou à cuire !


Il pleut, depuis longtemps la répète est terminée. C'est l'heure délicieuse où on se mijote la popote en écoutant sans fin Jacques Douai, Brassens et les bandes de Jazz savamment sélectionnées par Philou pour faire mon "éducation". Il fait froid. Mexico est à 2400m d'altitude, le vent souffle sur la ville l'air glacé des volcans enneigés tout proches, alors qu'à midi on prenait le soleil à poil sur la terrasse.


Retournement de la situation . On envisage sérieusement le Can-Can avec délectation. Elle est chouette Catherine malgré ses fantasques, ses mythes, son emploi du temps surchargé ; elle trouve encore quelques moments pour aider les copains. Elle explose : "On va l'emporter ce contrat, oui ou merde !

Oui ou merde ? On est assis devant Jaime, peut-être un peu trop souriant... "La ANDA est d'accord ! - Ah! - Vous pouvez téléphoner, on en vient..." On est très sûr de nous. Jaime se gratte la barbe et se caresse les bajoues qu'il a flasques. "C'est que la maison a fait ses comptes...ce n'est plus possible... -Vous avez quelqu'un d'autre ? - Non, mais les affaires marchent mal, on a dû  réduire les effectifs. Remarquez, la revue changeant tous les trois mois, il n'est pas exclu... Donnez-moi votre adresse, on vous écrira.


Au marché des musiciens.  "...Y'en a du monde qui cherche du boulot au marché des musiciens ! Tony le premier, et puis tu sais combien ça coûte l'inscription au syndicat ? : 5000 pesos ! 4000 dollars ! on les a même pas ... - On a tout essayer maintenant, il va falloir signer avec la Marie..."


L'altitude se fait sentir... " On ne peut même pas répéter. c'est pas une situation d'être malade. - Et en plus , c'est cher ces antibiotiques, pas de sécurité sociale ! Qu'est-ce que vous avez fait pour le réveillon du jour de l'an ?  Rien monsieur, j'étais malade. - C'est bien joli tout ça, mais faut quand même qu'on bouffe, qui est-ce qui se dévoue pour aller au marché ? J'ai une idée, on se prend la température, le moins sonné y va. - Ok ! mon p'tit bonhomme ! C'est bien ton bouquin ? - Atlas historique, c'est fou ce qu'on peut être ignorant ! Le malheur c'est qu'avec la fièvre, on oublie tout ! - Même sans la fièvre. -Tu parle trop, t'as le délire, 38°7, à toi ! - Moi, je lis "Les plus belles histoires érotiques" - Va pas te rendre malade avec ces conneries-là ! - 39°, j'ai gagné ! - Merde, t'es sûre que t'as pas oublié de le baisser ?

Une heure plus tard... " Ben alors , t'en fait une tête , qu'est-ce que tu m'as acheté ? - Tu parles, j'ai tourné de l'œil au super marché, je me suis retrouvé affalé sur des cageots et plein de bonnes femmes autour qui me tapotaient les joues. L'altitude ça ne me réussit pas. Je me fous au lit, t'as qu'à faire la bouffe si t'as envie... - Quelle race !, ça dit : "Qui c'est qui pisse au mur ?" et ça tient pas sur ses jambes. couches toi va !, t'as d'la chance d'être malade. - Faut pas s'en faire qu'elle a dit la Maria, vous avez signé, maintenant je m'occupe de vous, j'ai mon plan...Tu crois qu'on va être debout pour l'audition mardi ? c'est rien que dans 5 jours... - Je te fais remarquer que c'est moi qui ai gagné le premier argent, 5 heures de contorsion sous la chaleur des spots, dansez , dansez, qu'ils disaient ; et puis stop ! le héros du film n'avait pas levé les yeux au bon moment, l'héroïne avait sourit trop tôt, tout ça pour 200 pesos.


8 caminoreal avec istruments

Marie Robert veut des photos à l'Hôtel 5 * "Caminoreal" ( Photo au déclancheur)


La "ANDA" et ses deux syndicats.. A la section des étrangers, on apprend qu'il existe deux syndicats : l'un réservés aux musiciens et l'autre réservé pour les chanteurs et artistes avec des réglementations particulières à chacun. Ce qui posa tout de suite un problème, car, nous chantions avec nos instruments ! On apprend également que les Beatles avaient déjà posé le même problème ! Il fut résolu par le syndicat des musiciens en obligeant le producteur à payer 4 musiciens mexicains qui sont resté plantés derrière le rideau pendant le concert des Beatles !!! Mais pour Marie Robert c'était une affaire de "mordida" !  (savoir qui arroser et combien...)


Au Caminoreal. Toujours à l'affût de tuyaux, nous venons voir Mario Patrone, un excellent musicien, le meilleur arrangeur du Mexique sans doute ; il parle français. En Suisse, c'était un ancien membre de l'orchestre de Bob Azzam..

"Mario Patron ? C'est moi ! Petit, tout sourire, la peau usée, la moumoute  généreuse et laquifiée, il a une drôle de dégaine. Il n'a pas le temps, il va commencer à jouer, mais il nous assoit à une table. "Commandez, c'est moi qui paie ! " Sympa. On ne regrette pas, il a un trio terrible ; lui joue dans l'esprit d'Oscar Peterson, son bassiste américain est du tonnerre, la technique plus le swing, on se régale ! Une demi-heure de jazz qui swingue puis, arrive la chanteuse de l'orchestre, la petite amie de Mario, une brésilienne comme par hasard, voix grave et étendue, un feeling personnel sur une mise en place brésilienne. "Mais! c'est Ellis Regina…" Philou a du mal à parler il est aux anges des larmes plein les yeux… Je ne l'ai jamais vu dans cet état…

C'est fini, on va les rejoindre dans la loge ; très relax, la loge, ça sent l'herbe, ça déconne, Mario Patron n'arrête pas de parler de cul ; comme tous les musiciens, avec en plus une touche personnelle d'ostentatoire fantaisie. Question boulot, on n'apprend finalement pas grand-chose, sinon qu'au Caminoreal, il y aurait une quinzaine de clubs et bars qui emploieraient une dizaine d'orchestres, allant du chanteur guitariste à la grande formation en passant par les inévitables mariachis. Si l'on se réfère au quintet anglais du lobby et au trio de Mario Patron, il n'y a pas que le nombre mais la qualité. Ça fait rêver Philou : "Si on avait ça en France… mais faudrait commencer par avoir des grands hôtels…! " Mario veut bien promettre tout ce qu'on veut, il est en pleine forme, entre deux éclats de rire : "… Si jamais nous tardions à trouver du travail, Philou pourrait commencer à jouer comme bassiste dans un orchestre…" Cela dit entre deux histoires de cul et un autre joint  pour la forme…  C'est très gentil, mais on repart bredouille… Non, faut être juste, on s'est régalés et Philou en passant a eu le temps de faire un bœuf avec le quintet anglais même qu'il a attrapé des ampoules parce que la contrebasse, la mère Dubois, y'a longtemps qu'elle est rangée quelque part sur une armoire dans sa housse bleue, auguste matrone des temps héroïques.


Ça swingue dans les répètes !  "Fa mineur, mineur ! Pourquoi tu me fous toujours un accord majeur à la place, c'est quelque chose ! - J'y arriverai jamais ! -Travaille d'abord ! , revois tes harmonies toute seule, après on verra. Et puis, dans "Le fiacre" quand tu dis : "Chouette Léon, c'est mon mari ! "… rigole un peu, joue la comédie, merde ! c'est pourtant facile ! -Tu dis ça ! Imagine un peu tous les accords nouveaux à ingurgiter... Pourvu qu'on n'ait pas une audition trop vite, ça s'rait la 'panique! - Alors, faut  répéter ! "

On  attaque  un pot-pourri 1900,  "Viens poupoule ! ", La java et j'ai ma combine. Philou  que  ça  va plaire. " Tu va voir  si ça  va marcher " . Mon professeur  est  optimiste  mais  intraitable.  Il parle  d'acheter  un métronome... Heureusement  qu'il  est  là parce que  franchement  je suis  plutôt minable. Et la java pour la 10e fois. "T'y  es pas  du  tout, la  java  vache... Ah  ça  se  voit que  t'es  jamais  allée  au bal  à  Wagram ! - Tout l'monde peut  pas  être  né  à  Malakoff ! - Oui,  ben  t'es  plus  à  Chaville  et  maintenant, faut  qu'tu gagnes  ta  croute, faut  les  dresser  ces nénettes ! "


Tomas Ségovia le poète. Le père de Raphaël, Tomas, est là, tout simplement. Je l'ai appelé : "On est déprimés ce soir..." et il est venu nous chercher sans explications. "Je vais vous montrer Coyoacan, c'est le plus beau quartier de Mexico, c'est là que j'aimerais habiter. On descend Insurgentes et on continue encore à descendre jusqu'au sud de la ville. Il se met à nous parler de son fils, sa principale préoccupation. "J'ai dit à Raphaël, fais attention ! mais il est très têtu, il ne m'écoute pas. Il ne croit pas que la drogue ici au Mexique est liée aux bas-fonds. Enfin, maintenant, il est à Acapulco pour monter cette revue. En attendant, il n'étudie pas, mais je ne veux pas le forcer. Il me dit que c'est une expérience extraordinaire cette vie en communauté et puis il est amoureux... Vous avez lu dans les journaux ? : le gouvernement mexicain veut chasser les hippies américains du territoire parce qu'ils amèneraient la corruption, le vice et la drogue. La drogue au Mexique ? Non. Vous, étrangers, vous vous indignez, bien sûr, mais imaginez ce que représentent ces hippies pour les Indiens... Où est-elle encore, cette rue ? Je parie que je me suis encore trompé ! Dans le petit village où je viens d'acheter ma maison, il y a un groupe de hippies qui a débarqué un jour dans la maison d'un ami absent. L'arrivé de cette vieille Chevrolet a bouleversé le village. Une vieille Chevrolet aux U.S.A. c'est une ruine, mais ici, pour les Indiens, c'est une fortune… ils ont installé une chaîne stéréo qui s'est mise à balayer le village de rythmes psychédéliques, ces pauvres Indiens n'avaient jamais entendu cette musique et surtout pas aussi fort!

Ils m'ont dit très gentiment, avec leur humour particulier : "Ces jeunes nous font peur : quand ils marchent on dirait qu'ils dorment et ils s'en vont tout seuls dans la montagne, c'est dangereux, ils pourraient tomber ! "Allusion subtile", il continue :" Ils voyagent 24 h sur 24… Cette fois, je crois que j'ai grillé un feu rouge… Imaginez dans ce petit village, la paix troublée, ces jeunes hirsutes qui ont de l'argent puisqu'ils ne travaillent pas ; ils ont une voiture, une stéréo, engin quasi magique, ils fument de l'herbe et cependant ils sont habillés comme le plus misérable des Indiens et encore avec moins de propreté, moins de fierté et de pudeur ; car lui, l'Indien, s'il avait de l'argent, ce serait pour s'acheter un pantalon neuf, une chemise et de belles chaussures. Comment voulez-vous que les Indiens comprennent ces jeunes Américains ? Les U.S.A. sont un pays insolent, ils peuvent se payer le luxe d'une jeunesse en marge du système, non productrice, mais pour les Indiens c'est de la provocation ! Qu'ils comprennent le contexte américain c'est bien sûr impossible, alors que reste-t-il ? : des singeries, des jeunes qui s'amusent à vivre comme eux, les ridiculisent, violant leur tranquillité... On est arrivés… ici se trouvent les plus belles demeures de Mexico. Tomas Ségovia, l'écrivain est intarissable..

Coyoacan... La voiture de Thomas avance un peu comme elle veut, trajet incertain, trottinement follet aux fantaisies de la conversation. Pour Thomas, c'est la machine avec ses mystères, ses caprices, il ne veut pas interférer. La nuit Coyoacan est mystérieuse. des murs hauts où croule la verdure, impasses qui débouchent sur de petits patios intimes où gargouille une fontaine, grilles en fer forgé, mystère d'un jardin dans l'ombre, maisons de rêve, tout ici excite l'imagination, évoque, suggère, rappelle, les pierres racontent, les arbres fredonnent, les fleurs féminisent la violence de l'évocation. On arrête notre promenade dans un restaurant  où veille un chien de pierre. " Ce n'est pas un chien, c'est un coyote : "El coyote loco".

Les caciques... Mais vous, où en sont vos investigations ? On raconte, le mystérieux Efraïm, ses troublantes conversations. "Ah j'oubliais la dernière, il nous a confié avoir tué sa première femme parce qu'elle l'avait trompé...- Mais vous avez affaire à un cacique ! Un cacique, c'est un chef, un maître absolu qui règne sur un territoire délimité. Il fait le racket des commerces , contrôle tout, prélève les taxes, surveille la drogue ; la police comme le banditisme est entre ses mains, il peut dénoncer, emprisonner, exploiter, supprimer sans impunité. C'est une sorte de bandit légal, toléré parce qu'utile, à la fois maquereau, indicateur politique ou autre. Les caciques n'ont aucun titre légal, ils se sont imposés par la force, la violence, le meurtre et forment une réalité  sociale souterraine. Mieux vaut cesser vos relations, quelles que soient ses intentions profondes, vous seriez tôt ou tard impliqués par quelque façon. Le Mexique quoi qu'on en dise est un pays dangereux."


Suite dans la page :

"1er contrat dans la "zona rosa..."


 

Qu'est devenue Francine ?

      La   communauté   spirituelle   d'Osho"    préalablement  nommée              " Bahgwan  Shree Rajneesh "  a  fait  scandale  dans les médias,  dans les  années  70 - 80. Cover 50 copie

     Depuis   la  diffusion   sur  Netflix,  le 16 mars  2018,    de  " Wild  Wild Country" ,  son  héritage   est   à  nou - veau   durement   controversé.    L'auteure,  qui  vécut dans ce  ferment  spirituel de 1976 à 1990, relate dans "Toutes les couleurs du soleil levant "  sa  propre expérience. Une autre facette faisant ressortir beauté, amour,   la portée   universelle   de   cette   alternative spirituelle ainsi que la profondeur  des   enseignements  du maître.  Un témoignage  direct  et  sans  compromis   de   cette   aventure    bouillonnante,    titanesque    et  passionnée  entre  l'Inde  et  l'Etat d'Orégon, aux USA. Francine seul eberlin

Qu est devenue francine

 

 

 

                                                                                                                                      

 

 Quartet avec tiboum  Texte philou 2

 

 

 

     

 m mois pour chercher du boulot

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