Mexique du 11/68 au 7/69

Extraits du livre

" Les aventures picaresques d'un jazzman autour du monde..."

 

Journal de bord de Francine :

Mexique

 

L'arrivée à Mexico City.(20 nov.68, page 66) Il fait nuit quand nous abordons les faubourgs de Mexico. Une circulation intense,des rues inondées de paquets de piétons, sur les trottoirs, au milieu des voitures, des grappes s'agrippent aux portières des autobus complets, c'est peu dire. Engloutis sous les corps, sur le toit, par les fenêtres, aux portières certains ne touchent même pas le sol et battent des pieds accrochés à d'autres corps. Un vacarme d'enfer, les klaxons, les voitures à échappements libres. Y'a de quoi se réveiller et l'on rentre tout excités dans la gare de bus "Greyhound".La folie des bagages recommence. Enfin, tout y est on recompte et quant le tas est au complet, on s'assoit dessus, on est arrivés !  Un type tourne autour de nous depuis notre arrivée, on le tient à l'œil… Je me dirige vers la cabine téléphonique, il me suit. "Raphaël ? On est arrivés, c'est loin chez toi ? -Allo", Un Raphaël endormi, mollasse au bout du fil. C'est vrai qu'il n'a jamais été très vif, moi je bouillonne. " Ça y'est Philou, il nous attend avec Marianne." Le bonhomme s'approche de nous. "Taxi ? - Presa Rodriguez, colonia Irrigation, Cuanto es ?-Cien pesos (40 F).-No, demasiado caro !" . On arrive à 30 pesos. C'est encore cher pour ce que c'est, la porte avant côté passager ferme avec une ficelle, il met le contact en tirant des fils sous le volant. On s'en fout d'ailleurs .

Chez Raphaël. Un grand mur et une sonnette, la porte s'ouvre, nos inquiétudes s'effacent, les espoirs s'épanouissent, Marianne sautille, pieds nus, robe transparente, Raphaël  la suit, pataud. On entre dans le salon, les yeux clignotant dans la lumière vive, une galerie en bois sombre, un large escalier rustique s'accrochent aux murs blanchis de chaux, les meubles en bois massifs s'imposent par leur lourdeur, on est tout de suite bien à l'aise. Les  bonnes  nous  apportent  déjà  à  manger,   Marianne babille : "Ici, c'est formidable, on prend des bains de soleil à poil dans le jardin, il fait chaud vous savez... je me gave de fruits, la mère de Raphaël est adorable, elle n'est jamais là, les amis de Raphaël sont  très chouettes…" Elle se désintéresse vite et entraîne Raphaël sur le canapé, se roule sur lui, l'excite un peu pour faire l'intéressante. On grimpe dans leur piaule et ils dédoublent leur matelas,  Marianne qui ne pense qu'à baiser et qui surtout aime en parler : "C'est bien parce que vous êtes des amis, parce que ce soir, pour faire l'amour, c'est râpé ! " . Marianne, en lotus, feuillette un "play-boy", on dort déjà, sans ébats et sans sacrifices, on est arrivés.

Son père, ancien réfugié espagnol (écrivain et poête) : Tomas Ségovia nous invite : il est un peu inquiet pour son fils. Il voit la rentrée à l'université remise au prochain trimestre, ou au suivant...  "... et puis cette revue qui s'appelle "Hair"... ici, tout ce qui vient de la jeunesse américaine de Californie est suspecte… Récemment, le gouvernement mexicain a massacré froidement, à la mitrailleuse, les contestataires de mai 68 : plus de 400 morts, j'ai eu un mal fou pour empêcher Raphaël d'aller  "aider ses copains "... Il continue : "…maintenant, c'est la marihuana, depuis qu'ils montent cette revue, ils ne  parlent  plus  que de  marihuana ! Ici, elle n'a toujours été  que la triste  consolation  des gens très pauvres, c'était moins cher que l'alcool..."

Tous yeux ouverts, on reçoit, violentes, les images soules, uniques, du premier regard dont l'impact émotif ne renaîtra plus avec cette vigueur. Mexico, Mexico City, Ciudad de Mexico, on ne voit rien et on voit tout. La ville émane, sonne. Ce soir tout est étrangeté, gonflée par nos fatigues et nos incertitudes, la ville s'ouvre, ombre et néons, une question sans réponse. Philou, qui ne croit ni à la chance ni au hasard, annonce : "Demain, on commence les répétitions." Plus qu'une ferme détermination, la peur confuse de n'avoir rien à présenter, pas de répertoire, pas de référence, pas d'expérience, pas de publicité, si, une photo prise par un copain pianiste Philippe Baudoin de qualité médiocre, mais en fond la Tour Eiffel. Philou, lui, la trouve commerciale… il l'a déjà mise dans un album intitulé  "Album de publicité".  On y mettra, dit-il, les coupures de journaux. Ça semble fou cette assurance, cette foi qu'il a. La folie, c'est une question d'âge ou de naissance. A 34 ans, Philou est un chronique organisé.

2 duo tour eiffel

On cherche une piaule...(page 68) La quête au logis nous porte de rue en rue, de fausses adresses en téléphones, de concierge absente en déjà loué, de "manana" en "mas tarde", de  "momentito" en "ahorita" . Ici, chambre chez l'habitant, impossible pour les répétitions, là, ne pas vierges en serre…de confondre, pension de jeunes filles, foyer-couvent Sitôt la porte franchie, je retrouve cette pénombre lourde d'encaustique, de renfermé, cette odeur de vieille soutane avec une touche d'encens et de tabac refroidi, cette exhalaison de prison, de chair triste, de cornette empesée et, dans le silence des corridors, le cliquetis des chapelets de bois, le froissement des jupes à vertus biliaires et sclérosées, le chuchot malsain des âmes asphyxiées. "tu voudrais pas que je remette ça, sept ans ça suffit !" La lourde porte en bois massif cloutée de cuivre s'entrouvre avec infiniment de lenteur, de ces portes qui ne sont pas faites pour s'ouvrir mais pour barricader, et le soleil jaillit, rassurant, brutal, la rue poussiéreuse nous aspire dans son vacarme.

La prochaine adresse n'existe pas, ainsi que la suivante, fantaisie de l'imprimeur? La liste s'épuise, j'ai chaud, plus que deux adresses, j'ai mal aux pieds, Philou étudie la carte, les rues ne sont plus des rues mais de larges allées où passent quelques voitures ; le soir étire les ombres des grands arbres, il y a du gazon sur le trottoir et des jets d'eau pour les abreuver, et des villas paisibles...

2 polanco philou

Quartier "Polanco".Au fond de la cour : nid d'amour, cuisine et répétitions… Calle Anatole France, n° 10. On sonne. Derrière la villa, une cour proprette dallée de plaques de ciment, un garage et, au-dessus, une piaule avec cuisine et bains. 1000 pesos (400 F). "Esta bien", on va pouvoir répéter, on est chez nous maintenant ! Le soir, j'appelle Raphaël, personne, même chose les soirs suivants. Impossible de le joindre, il semble passer ses jours et ses nuits à répéter la revue HAIR, absorbé par une autre vie sous l'égérie de sa Marianne endiablée.  Réveil. Nous sommes étourdis par tant de beauté, de goût dans l'architecture, la décoration, la variété dans les matériaux. Anciennes villas dans le style colonial un peu chargé mais tellement harmonieux, façades moderne, lignes agressives humanisées par le matériau, petits galets peints sertis de ciment de couleur, du bois, beaucoup de bois, de l'ardoise, du marbre, de larges baies ensoleillées, et toujours la douceur, la tendresse des bouquets de verdure, palmiers, arbustes en fleurs, cactus, gazon cru, plantes grimpantes, saules pleureurs, et l'ultime vivacité des fleurs voraces et de l'eau bruissante.

 "Asociacion Nacional de los Artistas"  Le voilà enfin ce fameux building. "Seccion de los Estrangeros". Ah! il y a donc des étrangers qui travaillent ici. Une secrétaire fraîche et souriante nous renseigne. Pour s'inscrire, il faut, dit-elle, réunir un dossier comprenant des preuves de notre activité professionnelle, c'est-à-dire des exemplaires de contrats précédents, des photos professionnelles, un disque si possible, un contrat au Mexique motivant notre inscription et 2.500 pesos de frais d'inscription si la demande est acceptée par la "Anda" d'abord et le gouvernement ensuite. Positif. La grosse inconnue reste le contrat à obtenir... " Sabe si hay artistas franceses en la Anda ?"  Obligeante, elle tape un nom et un numéro de téléphone. Un souffle d'optimisme nous porte jusqu'à notre piaule de Polanco. Ça peut servir. Catherine Georges… "Imatriculacion ? " - Si, si ! "

3 chez catherine george

  Catherine à droite, à sa gauche, son accordéoniste : Michèle Jourand.

Bœuf au Rigus.Le sourire de Paul Newman, l'ingénuité de Perkins, selon les termes de Catherine, maternelle. Tony est beau c'est vrai. ¾ Il a un sale caractère, dit Catherine avec admiration, Il ne peut pas rester plus de 15 jours dans le même orchestre ! On rentre au "Rigus", une boîte de jazz sur Insurgentes, ça sent le pot. Philou est content, depuis le temps qu'il voulait faire le bœuf, et si Catherine nous a pris sous son aile, c'est bien un peu parce que Philou comme le beau Tony est un jazzman. Elle gronde. " Rien à faire, il ne veut pas comprendre qu'il faut être commercial de temps en temps. - Je le comprends ! Catherine en rosit, elle couve Tony de toute son exubérance de femme épanouie. - Vamos a hechar la paloma ? (On va faire un boeuf ?) C'est la première parole de Tony ; il remplace les présentations par un sourire d'ange rêveur. " Il a 23 ans et c'est un des meilleurs pianistes de Mexico ; mais voilà, il est trop moderne. ! " D'après Philou, le guitariste joue dans l'esprit Wess Montgomery " Celui-là c'est Tonio, l'ex-amant de Gloria Lasso ; il l'aime toujours mais elle, c'est une folle, elle se pique, elle picole et comme sauteuse… ! Ici, c'est la grande vedette."lui sourit, ils s'entendent bien. . Tony se détend, Philou est parti sans annoncer le thème, les musiciens s'écoutent, se sentent, excités par la présence d'un nouveau musicien, ils sont prêts à donner le meilleur. Un chorus puis deux  Tony

Catherine, la grande Catherine qui fut la fureur de Mexico, celle qui a eu son nom marqué plus gros que Ray Charles, "Catherine Georges" chanteuse de jazz, sans mentir ! " la toute virevoltante, la pétulante, la "Petite Femme de Paris", la "Viva Maria" du Mexique héroïque l'extravagante la charmeuse, l'éloquente, la suggestive, l'allmeuse, l'agasse-pisette, c'est tue... Elle écoute ou plutôt elle boit des yeux son Tony...Lui s'est lancé dans un chorus compliqué, harmonies atonales, presque du free ; c'est de loin le plus moderne, il entend l'affirmer ; mais il laisse, élégant et complice, plusieurs chorus au bassiste. Philou se régale, depuis le temps... Ce n'est certes pas avec moi qu'il peut prendre son pied à travers les répétitions orageuses qui finissent fatalement en engueulades quand l'excitation et la fatigue couronnent  nos trois heures quotidiennes de travail. Après 15 min de chorus, les musiciens reviennent au thème,c'est fini. Philou rend la basse, Tony lui glisse quelques mots. Un signe évasif aux autres musiciens mexicains, il a bien le sale caractère d'un jazzman. Mais tout de suite l'orchestre repart dans une folie du tonnerre de Dieu, un rythme de furie allègre s'installe, la samba balaie l'austère ésotérisme du Jazz. Tony fait la grimace, hautain : "Commercial" mais nous frémissons devant cette musique folle, cet appel irrépressible. Une chanteuse brésilienne bondit sur la scène, opulente, ondulante. "Mas que nada", "O pato", la féerie du Carnaval, éloquence rythmique, la grosse caisse, la cloche, la cuica, le tambourin et tout-ce-sur quoi on peut taper, ça déménage. Merde, si c'est ça ici le commercial ! On apprendra plus tard que la dite chanteuse …. C'était la grande brésilienne Elis Régina...

La "ANDA" et ses syndicats Trois heures de perdues à cause du plan de Mexico. On commence à se méfier des imprimeurs. Calle Alta Mirano, c'était sur notre plan une petite rue éloignée du centre. Le vrai cirque pour monter dans les "camiones" bondés. Errements au milieu des bidonvilles, dans la poussière des avenues, les terrains vagues semés de flaques d'herbe jaunie où se roulent les gamins parmi les ordures, autour des mamas accroupies qui distribuent les piles de tortillas. Interminables échoppes d'artisans, petits ateliers, réparateurs de vélos, taquerias. Le long des murs, les hommes désoeuvrés fument en silence. La calte Alta Mirano, introuvable. On nous renvoie de rue en rue en faisant semblant de savoir pour ne pas nous décevoir. On apprend finalement que cette rue est en plein centre. On apprendra plus tard qu'il existait un syndicat des musiciens et un autre des artistes avec des réglementations particulières à chacun. Ce qui posait un problème, car, nous chantions avec nos instruments ! On appris également que les Beatles avaient déjà posé le même problème. Il fut résolu par le syndicat des musiciens en embligeant le producteur à payer 4 musiciens mexicains qui sont resté plantés derrière le rideau pendant le concert des Beatles !!! Mais pour Marie Robert c'était une affaire de "mordida" !  (savoir qui arroser et combien...)

Chez Marie  Robert… (page 73)  Calle Londres 24. Je sonne, resonne. Au bout de la petite cour sombre, une porte s'entrouve. "Je viens voir Marie Robert. - C'est moi, entrez ! " La pièce est tellement sombre que je ne sens d'abord qu'une épaisse odeur de fumée confinée. Les rideaux sont tirés. Par terre une moquette douce, un mobilier près du sol, une large table ronde et basse ; dessus, photos, machine à écrire, paperasse, mégots, poufs et coussins. Sur le mur quelques photos de mannequin et puis Marie Robert qui me regarde de ses yeux très noirs. La cinquantaine, le visage un peu bouffi, elle doit boire, des cheveux gras décolorés roux, emmêlés, un pantalon noir qui moule son ventre relâché, un pull sombre et des chaînes brillantes autour de la taille comme c'est la mode.  - Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? Un accent grasseyant des Pyrénées orientales,  je crois. "Je cherche du travail. Catherine Georges m'a dit que vous auriez peut-être quelque chose pour moi." Elle m'observe de ses yeux noirs, lourds ; un de ses faux cils se décolle dans le coin de l'œil, elle essaie de le recoller. "Vous êtes seule ? - Non, avec mon partenaire Philou, on cherche du travail dans la chanson, mais c'est pas facile…alors en attendant, quelques photos… - Vous avez déjà posé ? - Non, mais... - Il faudra vous arranger un peu mieux... Vous savez, je travaille aussi comme imprésario.  Avant, j'avais un club, "la Matraca", mais j'ai abandonné. J'étais obligé de boire et je vivais la nuit. Maintenant je me lève tous les matins à 8 h, c'est une autre vie! Si vous voulez,  je peux m'occuper de vous, j'ai beaucoup de relations, je connais tous les patrons. Pensez, ils venaient tous les soirs dans mon bar, c'était la rigolade chez moi !  - Ah oui ? - A une condition, vous me signez un contrat d'exclusivité ! Je vous fais une faveur,  je ne prendrai que 10 % au lieu de 15 % sur toutes les photos, commerciaux pour la télé, figuration de films, etc., et bien sûr sur les engagements que je vous procurerai. -Vous pensez nous trouver du travail ?- J'en suis sûre ! Je connais tout le monde à Mexico, vous ne pouvez pas mieux tomber !  -Il faut que j'en parle à Philou.  - Il faudra vous faire un dossier de photos et surtout, maquillez-vous. Alors, c'est d'accord ? Je vous attends." Elle ne se lève pas et j'ai du mal à me décoller de cette atmosphère lourde et calfeutrée, de cette pénombre à confidences et chuchotements, peu propice aux discussions d'affaires. " A mercredi !- Vous êtes amoureuse ? - Quelle drôle de question !  - ll ne faut pas être trop amoureuse dans ce métier, enfin pas sérieusement...  -Ça me regarde! Elle hoche la tête, un sourire de complice, lourd d'indulgence. "Mais dites-moi comment avez-vous eu l'adresse de Catherine Georges ? - A la Anda." (syndicat des artistes)  "Vous vous débrouillez bien mes petits. A mercredi."

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Marie Robert veut des photos au 5 étoiles "Caminoreal" ( Photo au déclancheur)

Au Caminoreal. Toujours à l'affût de tuyaux, nous venons voir Mario Patrone, un excellent musicien, le meilleur arrangeur du Mexique sans doute ; il parle français. En Suisse, c'était un ancien membre de l'orchestre de Bob Azzam..

"Mario Patron ? C'est moi !" Petit, tout sourire,  la peau usée, la moumoute  généreuse et laquifiée, il a une drôle de dégaine. Il n'a pas le temps, il va commencer à jouer, mais il nous assoit à une table. "Commandez, c'est moi qui paie ! " Sympa. On ne regrette pas, il a un trio terrible ; lui joue dans l'esprit d'Oscar Peterson, son bassiste américain est du tonnerre, la technique plus le swing, on se régale ! Une demi-heure de jazz qui swingue puis, arrive la chanteuse de l'orchestre, la petite amie de Mario, une brésilienne comme par hasard, voix grave et étendue, un feeling personnel sur une mise en place brésilienne. "Mais! c'est Ellis Regina…" Philou a du mal à parler il est aux anges des larmes plein les yeux… je ne l'ai jamais vu dans cet état… C'est fini, on va les rejoindre dans la loge ; très relax, la loge, ça sent l'herbe, ça déconne, Mario Patron n'arrête pas de parler de cul ; comme tous les musiciens, avec en plus une touche personnelle d'ostentatoire fantaisie. Question boulot, on n'apprend finalement pas grand-chose, sinon qu'au Caminoreal, il y aurait une quinzaine de clubs et bars qui emploieraient une dizaine d'orchestres, allant du chanteur guitariste à la grande formation en passant par les inévitables mariachis. Si l'on se réfère au quintet anglais du lobby et au trio de Mario Patron, il n'y a pas que le nombre mais la qualité. Ça fait rêver Philou : "Si on avait ça en France… mais faudrait commencer par avoir des grands hôtels…!" Mario veut bien promettre tout ce qu'on veut, il est en pleine forme, entre deux éclats de rire :"… si jamais nous tardions à trouver du travail, Philou pourrait commencer à jouer comme bassiste dans un orchestre…" Cela dit entre deux histoires de cul et un autre joint  pour la forme…  C'est très gentil, mais on repart bredouille… Non, faut être juste, on s'est régalés et Philou en passant a eu le temps de faire un bœuf avec le quintet anglais même qu'il a attrapé des ampoules parce que la contrebasse, la mère Dubois, y'a longtemps qu'elle est rangée quelque part sur une armoire dans sa housse bleue, auguste matrone des temps héroïques.

Ça swingue dans les répètes ! (page 73) "Fa mineur, mineur! Pourquoi tu me fous toujours un accord majeur à la place, c'est quelque chose! -J'y arriverai jamais ! -Travaille d'abord ! revois tes harmonies toute seule, après on verra. Et puis, dans "Le fiacre" quand tu dis : "Chouette Léon, c'est mon mari!"… rigole un peu, joue la comédie, merde ! c'est pourtant facile ! -Tu dis ça! Imagine un peu tous les accords nouveaux à ingurgiter... Pourvu qu'on n'ait pas une audition trop vite, ça s'rait la 'panique! -Alors, faut  répéter ! "

On attaque un pot-pourri 1900, "Viens poupoule ! " , La java et j'ai ma combine. Philou dit que ça va plaire. "tu va voir si ça va marcher " .Mon professeur est optimiste mais intraitable. Il parle d'acheter un métronome... Heureusement qu'il est là parce que franchement je suis plutôt minable. Et la java repart pour la 10e fois. "T'y es pas du tout, la java vache...ah ça se voit que t'es jamais allée au bal à Wagram ! - Toutl'monde peut pas être né à Malakoff ! -Oui ben t'es plus à Ahaville et maintenant, il faut que tu gagnes ta croute, il faut les dresser ces nenettes ! "

Tomas Ségovia le poète. Le père de Raphaël, Tomas, est là, tout simplement. Je l'ai appelé : "On est déprimés ce soir..." et il est venu nous chercher sans explications. "Je vais vous montrer Coyoacan, c'est le plus beau quartier de Mexico, c'est là que j'aimerais habiter. On descend Insurgentes et on continue encore à descendre jusqu'au sud de la ville. Il se met à nous parler de son fils, sa principale préoccupation. "J'ai dit à Raphaël, fais attention ! mais il est très têtu, il ne m'écoute pas. Il ne croit pas que la drogue ici au Mexique est liée aux bas-fonds. Enfin, maintenant, il est à Acapulco pour monter cette revue. En attendant, il n'étudie pas, mais je ne veux pas le forcer. Il me dit que c'est une expérience extraordinaire cette vie en communauté et puis il est amoureux... Vous avez lu dans les journaux ?: le gouvernement mexicain veut chasser les hippies américains du territoire parce qu'ils amèneraient la corruption, le vice et la drogue. La drogue au Mexique ? Non. Vous, étrangers, vous vous indignez, bien sûr, mais imaginez ce que représentent ces hippies pour les Indiens...Où est-elle encore, cette rue ? Je parie que je me suis encore trompé ! Dans le petit village où je viens d'acheter ma maison, il y a un groupe de hippies qui a débarqué un jour dans la maison d'un ami absent. L'arrivé de cette vieille Chevrolet a bouleversé le village. Une vieille Chevrolet aux U.S.A. c'est une ruine mais ici, pour les Indiens, c'est une fortune… ils ont installé une chaîne stéréo qui s'est mise à balayer le village de rythmes psychédéliques, ces pauvres Indiens n'avaient jamais entendu cette musique et surtout pas aussi fort!

Ils m'ont dit très gentiment, avec leur humour particulier : "Ces jeunes nous font peur : quand ils marchent on dirait qu'ils dorment et ils s'en vont tout seuls dans la montagne, c'est dangereux, ils pourraient tomber ! "Allusion subtile, il continue :" Ils voyagent 24 h sur 24… Cette fois, je crois que j'ai grillé un feu rouge… Imaginez dans ce petit village, la paix troublée, ces jeunes hirsutes qui ont de l'argent puisqu'ils ne travaillent pas ; ils ont une voiture, une stéréo, engin quasi magique, ils fument de l'herbe et cependant ils sont habillés comme le plus misérable des Indiens et encore avec moins de propreté, moins de fierté et de pudeur ; car lui, l'Indien, s'il avait de l'argent, ce serait pour s'acheter un pantalon neuf, une chemise et de belles chaussures. Comment voulez-vous que les Indiens comprennent ces jeunes Américains ? Les U.S.A. sont un pays insolent, ils peuvent se payer le luxe d'une jeunesse en marge du système, non productrice, mais pour les Indiens c'est de la provocation ! Qu'ils comprennent le contexte américain c'est bien sûr impossible, alors que reste-t-il ? : des singeries, des jeunes qui s'amusent à vivre comme eux, les ridiculisent, violant leur tranquillité... On est arrivés… ici se trouvent les plus belles demeures de Mexico.

Tomas Ségovia, l'écrivain est intarissable.

15 janvier 69 : Déménagement rue Estrasburgo, en pleine "Zona rosa". Le club où l'on va chanter, la "Llave de oro", est à deux pas.

18 janvier : Signature du contrat. 400 pesos par jour. Il faut dès maintenant faire la demande des papiers. Ça met trois semaines  Après quoi, nous aurons un "statut d'artistes étrangers" valable 2 ans.

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Février 69 Mexico : 1° contrat à "La llave de oro" (page 87)

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Francine : Dans ce Club Privé de la "Zona rosa", on doit chanter des vieilles chansons françaises. Au bout de deux mois et demi, on dégote un contrat. C'est marrant, sur scène, on en est encore à tâtonner, on doit pas avoir le génie de la démerde et on en a vraiment pas la gueule. Philou n'est vraiment pas pris au sérieux, ce n'est décidément pas un "macho". La "flaca" ils m'appellent, trop maigre, trop gamine, à traduire que je n'entre pas dans le jeu des rapports de séduction latins et c'est heureusement une chose que je ne saurai pas changer. Obstinés alors, un entêtement à deux têtes avec beaucoup de rêves.  

Les clients du samedi soir. (page 87) Le samedi soir, à la "Llave de Oro", le mexicain se tient bien. Il sort sa légitime. Le mari nous invite dignement à sa table, histoire de me faire une cour ouverte et d'emmerder Philou. Le lundi soir, il sort avec une de ses maîtresses ou des illégitimes, illégitimes mais reconnues. Dans les formulaires de Sécurité sociale, inscrire : nom de la femme légitime, nombre d'enfants ; nom de la première femme illégitime, nombre d'enfants ; nom de la troisième, etc. Généreux oui, il sait s'amuser, il ne regarde pas à la dépense. Ses enfants, oui, il sait les aimer ; la non plus, il n'aime pas se mesurer, mais quand il n'y a plus d'argent il se dit qu'ainsi va la vie… Un balai en jupon et c'est parti, et c'est pour ça que les gringas sont folles des "latin's love"…                          

Acapulco (page 92). C'est un restaurant à larges baies garçons vêtus de blanc ; une légère brise soulève les palmiers nonchalants. On demande au chauffeur où il couche, mais il repart sur-le-champ à Mexico. Pas le temps ou pas l'argent pour se payer une piaule. "El senior Chavez  se fue a Mexico. Francine y Philou ?  Il s'appelle Paco, il a une chemisette blanche et nous tend une main dorée et osseuse. Derrière, c'est le bureau. Un ventilo tourne doucement, un bureau et une chaise ; sur le sol de ciment, des piles de dossiers contre le mur. "Alors le patron est à Mexico, est-ce qu'il nous a réservé une chambre ? - Il ne m'a rien dit.  -Mais c'était entendu dans le contrat. -Je ne suis que son secrétaire particulier.   -Je suppose que tous les hôtels sont pleins le jour de Pâques... - Il doit y avoir encore des chambres à l'hôtel  "Caballero". -C'est combien ?  - A partir de 250 pesos (20 dollars US). -Trop cher. On s'assoit sur les amplis, il fait tellement chaud.  - Si vous ne trouvez rien, je serai heureux de vous recevoir chez moi pour la première nuit. J'habite avec ma famille. C'est une maison modeste mais si ça peut vous rendre service. -Merci Paco.

11 resto chateau du vics

 

Paco habite dans le quartier populaire du centre, au milieu des ruelles surpeuplées, souriantes, une atmosphère tellement détendue après Mexico. Toutes les boutiques sont ouvertes le soir, les voitures avancent au klaxon dans la foule, les rires, les cris. Plus il y a du bruit, plus c'est drôle. Un petit escalier raidillon et la mama vient nous ouvrir la porte en s'essuyant les mains dans ses grandes jupes. Elle est déjà prévenue. Au milieu d'une grande pièce très propre en ciment, un hamac est tendu ou somnole le grand-père, torse nu, un vaste pantalon de toile blanche serré à la taille.Une fillette vient lui essuyer la bouche, il ricane doucement. Dans la pénombre luit la toile cirée de la grande table familiale. On écarte un rideau pour nous montrer notre chambre, celle de Paco. La sœur aînée vient nous apporter deux bouteilles de coca-cola glacées. Elle a dû faire un saut dans la buvette du dessous et pas question de la rembourser. Elles disparaissent de la chambre. Tout est moite, les murs, les draps, la peau. La lumière éteinte, c'est la vie qui rentre par la fenêtre, c'est le Mexique que tous nos emmerdes nous dérobent, les toits rouges, les longues tuiles rondes et dans la poussière les enfants crieurs, des enfants qui jouent, se bagarrent. On aspire la moiteur de la nuit, on ne voit plus que les lumières derrière le feuillage, un feuillage omniprésent, avide.

3 avril 69, dimanche de Pâques. On a passé l'après-midi à monter le matériel. Philou n'arrête pas de s'extasier devant les deux baffles supplémentaires. " Voilà, c'est pour ça que je chantais faux, tu comprends qu'un seul haut-parleur pour la basse, la guitare et les voix, ça pouvait pas coller. Les notes frottaient. Avoue que c'est formidable maintenant. Hein?, tu vois pas tellement de différence ! Merde, débouche-toi les oreilles ! " Le contrat, s'il n'est pas fabuleux (325 pesos par jour, en dessous du tarif syndical.) Il a compris, la vache, qu'on y tenait à notre Acapulco, le contrat comporte cependant une clause : nourris le soir, et dans le restaurant s'il vous plaît ! A 7 h on s'assoit à une table, depuis une heure on respire mieux, ils ont branché l'air conditionné, autrement c'est la fournaise... Le maître d'hôtel très cérémonieux vient nous présenter la carte. Il revient après quelques minutes pour prendre la commande " Mais vous ne nous avez pas dit ce qu'on pouvait choisir.- Ce que vous voulez… " Oh ! mais c'est la fête, il nous presse même de prendre du vin. Le service est un peu long, trois quarts d'heure d'attente, mais irréprochable. Je suppose qu'on passe après les clients, pourtant fort peu nombreux. "Ça va se remplir." assure Philou. A 8 h on attaque, le patron n'est pas encore arrivé. Maigre audience. Est-ce que par hasard on serait retombés dans un endroit désert ? Nous sommes trop absorbés par notre nouvelle sonorisation pour nous inquiéter de problèmes secondaires. "Tiens, le petit maigre en chemise à dentelles, ça m'a tout l'air d'être le patron " ; un petit noirot aux traits creusés, l'air sinistre et inquisiteur…  "L'a pas été gagné par la bonne humeur d'acapulco celui-là " A la pause, il vient nous voir : "Il faudrait voir à mettre un peu plus d'ambiance, je ne tiens pas à endormir ma clientèle, surtout le dimanche de Pâques. Je veux qu'au "Château du Vic's" on s'amuse. - Qu'est-ce qu'il croit, c'est pas un duo de chansons françaises qu'il lui faut, c'est la fanfare du carnaval ! -Te frappes pas c'est un vieux con, il n'y connait rien, en attendant on a un contrat d'un mois, laisse courir.

Il repart saluer ses clients ; Chavitos qu'on l'appelle, c'est trop gentil pour ce début de vieillard qui tourne à l'aigre; enfin, avec eux, il ravale sa bile et détend ses cernes. A 11 h on demande des précisions : " Et la loge ? -Y'a pas de loge ici, arrangez-vous avec le bureau. - C'est que, … il est plutôt poussiéreux et, la journée, la porte reste ouverte ; il n'y a même pas de placard pour pendre nos affaires. -Vous ne croyez tout de même pas que je vais vous en faire monter un…  - Mais si… - Je n'ai pas d'argent à perdre. - Il nous faudrait une petite estrade. -Je ne tiens pas à défigurer mon restaurant. Il été décoré scrupuleusement dans le style Louis-Philippe, ça ne cadrerait pas... J'ai de la moquette. - Il nous faudrait aussi deux spots, un rouge et un orange, ça attire l'attention du client. - Verrai ça demain. - Vous ne nous avez pas dit où nous allons coucher ? - Je n'ai pas le temps. Mais c'est entendu dans le contrat, comment voulez vous qu'on trouve, surtout la semaine de Pâques et ce n'est pas avec notre paie qu'on peut se payer une chambre dans un grand hôtel, en admettant qu'il en reste encore…" Je suis assez contente de cette longue phrase en espagnol sans une hésitation. 

" Ecoutez, je n'ai pas le temps, vous voyez bien que mes clients me réclament, demain j'ai dit. - OK, alors nous on couche dans le restaurant, y'a des banquettes très confortables…  Répond pas. C'est décidé, on pique notre tente dans la baraque, voudrait peut-être nous faire coucher sur la plage. Le premier soir étant d'ordinaire celui où les patrons donnent le meilleur avant de passer au pire, ça promet Nous sommes ravis de notre soirée, pour tout dire, de notre sono, ça donne un coup de fouet pour les répétitions à venir. Comme s'est empressé de me rappeler Philou : " Pour les répètes faut en profiter tant qu'on est tranquilles on met les bouchées doubles"… Je songe à un métronome tombé par mégarde dans les profondeurs insondables du Pacifique… Le restaurant ferme à 1h, mais au Mexique, une table qui consomme est une table sacrée, le personnel reste au garde-à-vous jusqu'à 6h du matin si le client s'amuse.

Trois heures du matin le soir de Pâques… (P.93) Y'a la table 5 qui prend racine ; les bouchons sautent, ils sont complètement ronds, Chavez compris et y'a rien de plus difficile  que de décider un ivrogne à quitter sa bouteille. Le restaurant désert résonne de rires gras, c'est le grand amour, les embrassades à la mexicaine, grandes bourrades dans le dos et étreintes convulsives. Un garçon vient nous expliquer que quand un mexicain s'amuse, il dépense tout son argent. " Et après ? - Après ?... eh … il n'en a plus. Le mexicain est de loin le meilleur client parce qu'il ne compte pas, les américains viennent ensuite. - Et les mauvais clients ? - Les européens… ils regardent au pourboire. - Les français par exemple ?- Oui." Ils n'ont pas l'air de se calmer. Tant pis on se couche, on tient plus debout.  Une mauvaise somnolence interrompue d'éclats de voix, de rires crescendo, les femmes surtout, elles sont déchaînées. Quatre heures, je vois les garçons qui baillent. Le ton a encore monté ; ah! le Chavez, y fait plus la gueule… 5 h, le vacarme s'intensifie, c'est incroyable. Je crois, deviner des protestations d'adieu, des "gracias" tonitruants dans un bruit de verres cassés, ils vont décoller oui ou merde. A 5 h 45 c'est toujours les adieux, un peu plus mous, entre les hoquets et les hésitations pâteuses. Il me semble qu'ils sont à la porte. 6 h, le soleil gicle par les verrières, il fait maintenant une chaleur intolérable depuis qu'ils ont coupé le climatiseur. Les cheveux collés, inondés de sueur, on s'entête en vain à trouver un mauvais sommeil.  "J'y tiens plus, allons faire un tour sur la plage."

Ce matin encore nous sommes repassés au bureau de la Anda. On nous a cette fois promis formel­lement d'aller voir Chavez ce soir et c'est notre dernier soir ; tout juste s'il n'a pas craché et juré sur la tête de ses enfants. Après la première entrevue soldée d'une avance, on s'était dit qu'il allait le faire cracher tout de suite le vieux. Mais déjà combien de jours de répètes et de soleil perdus à poireauter dans le bureau. Rendez-vous à 2 h… momentito… mas tarde… regresan a las 4... On allait tuer le temps, siroter des jus de fruits de guayaba, guanabana, pins, toronja, tomates et c'est pas dégueulasse ; à 4 h la secrétaire nous disait qu'il venait juste de sortir... Le lendemain le délégué de la Anda était soucieux, ça s'annonçait difficile. On extorquait une deuxième avance ; le surlendemain, lapin, etc., manana, manana, c'est l'obsession. Philou se ballade sur les quais en lorgnant les cargos japonais, il a envie de se barrer mais dans les agences de voyage on apprend que ce ne sont que des cargos qui ne prennent aucun passager. Il faudrait aller à Panama...!

Au "Chateau du vic's", On tiendra 10 jours : "Pas assez commercial..." . D'après la Anda : le restaurant se déclare en faillite ! On sera indémnisé par le syndicat des musiciens.

Pourquoi pas l'Hilton ?(P.96)                          

12 acapulco hilton

Avril 69 : Auprès de son charmand directeur : Philippe Géroudeau, on a dégotté ce contrat de 3 semaines à  l'Acapulco Hilton.

Premier mai et 1er show (page 97) : ...C'est quand le toit a commencé à s'ouvrir qu'on a eu peur ; le speaker avait réclamé auprès des convives un silence impératif et avec une abondance de superlatifs et fioritures de son invention, il a terminé son speach dans un terrible roulement de tambour : "And now…direct from Paris…. Francine and Pilow !" Un coup de cymbale et nos regards attirés par une trompette céleste ce sont levés vers le toit. Le coup de théatre fut surtout pour nous… le toit glissait sans bruit et le trompette,  perché là-haut,  attaquait "Star dust"…Le pire fut quand il s'arrêta ; les musiciens s'éclipsèrent et nous restâmes, menus dans l'ombre de nos micros, avec le seul batteur pour nous accompagner. Les regards attendaient au dessus des chandeliers et il a bien fallu  remplir cet espace vorace par un "Dès que le printemps revient" (Hugues Aufray) que l'on voulut tonitruant. Nous avons droit chaque jour aux félicitations bruyantes des gringas et de leurs texans de maris qui soulèvent  poliment leur chapeau de cow-boy, mais ils sont toujours contents de toute façon. Philou disparaît parfois et je le retrouve invariablement attablé au coffee-shop devant un milk-shake ou un banana-split, en train de faire du gringue aux serveuses. "On s'emmerde pas ici...  - Plus qu'une semaine, faut en profiter ! Dis donc, t'as vu la p'tite au bar, elle a un joli p'tit cul, tu trouves pas ?  -Alors les répètes c'est fini ? - Encore une semaine, qu'est-ce que tu fous ici, toi qui pleurais toujours pour aller à la plage !  - J'y vais, j'y vais: attention tu grossis et moi j'aime pas…" Logés dans une spacieuse chambre climatisée donnant sur la piscine, nourris à discrétion (à notre discrétion), nous partageons les paradis exotiques pour gringos ; pour si peu de temps, c'est le pied. Mais je partirai sans regrets, ne serait-ce les ennuis qui probablement suivront. Philou a de plus en plus envie de retourner en Asie parait que là-bas y'a du travail en masse. Pour le boulot, ici, c'est cool, deux shows de 25mn, le premier à 10h et le second à minuit. On en revient pas de chanter devant des tables pleines. Nous terminons en force avec "Alouette" pour les nombreux québécois,  et par l'inévitable "Those were the days" (le temps des fleurs en anglais et en espagnol). Avec cette scie c'est le succès assuré… C'est un peu loin de notre répertoire prévu au départ mais trouver du boulot, c'est poursuivre notre voyage. On en est là.  

13 pub champs elysees1er Juin 69. Sur les conseils de Charles Aznavour et de son imprésario Guy Latraverse, rencontrés dans le restaurant français "Champs Elysées", Guy nous a fait un super super "laisser-passer" pour entrer au Québec  "... avec votre répertoire vous pouvez vous produire à Montréal dans les "boîtes à chansons" et dans les "pubs" de toute la "Belle province". Plus tard, ce papier nous ouvrira la porte de la belle Province.  Avec tout notre matériel... considérés comme professionnels par les douaniers et sans visas de travail,  on serait peut-être encore dans la zone tampon entre les USA et le Québec.!!! )  Merci Guy. de nous avoir hébergé dans ta maison de campagne pendant 15 jours.

15 guy latraverse corrigeeBilan mexicain (p.103 du livre) : Huit mois de Mexique, un répertoire de quelque trente chansons, de la publicité, une centaine de photos 19-24, mille dépliants  gracieusement  imprimés  au  plus  juste prix  par  l'imprimerie  du  journal français de Mexico. Merci Deloffre ! Une centaine de photos format carte postale, une bonne adresse avec recommandation d'un impresario de Montréal, 1200 U.S. $  d'économie,  un matériel en bon état, un moral du tonnerre, la tête pleine de projets, attablés dans le wagon-restaurant autour d'une petite bouteille de rouge mexicain, on se congratule. En route pour le Texas, l'achat d'un vieux minibus à Laredo...


Philou (Page 136) : Toute la première partie de ce voyage, depuis New-York jusqu'au Québec, a été écrite par Francine. En ce qui concerne le Québec, elle n'a pas hésité à relever toutes les phrases courantes du parler "joual". Puis, notre vie, "nord-américaine" aidant, petit à petit, son envie d'écrire, de taper ses textes s'est émoussée… En 1976, à "Sveti Marco" je faisais partie de l'équipe d'animation du Club Méditerranée, c'est au cours de cette saison que je me suis mis à la tâche : réécrire nos souvenirs… en me guidant des notes manuscrites de Francine, de plus en plus espacées...


Suite : vers "la Belle Province..."

Ce livre existe en DVD                                                                                                                                           

 

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 C'est toutes ces aventures  en 234 pages, illustrées de nombreuses photos:

1°Celles de mon premier voyage, vécues en célibataire en de mars 64 à fin décembre 65...

2°Celles vécues en duo pendant 4 ans (aux trois quarts écrite par Francine)

3°Enfin la vie d'un musicien seul à Hong-Kong, au Laos et en Thailande que contient ce livre édité à compte d'auteur.

 Qu est devenue francine  Francine seul eberlin
 Quartet avec tiboum  Texte philou 2

 

 

 

     

 

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