Macao, retour en France

Macao, et retour en France...

Une île pour deux... Un dimanche matin, en direction des Nouveaux Territoires, Mavis me montre un bouquet de palmiers plantés sur la mer. Dès notre arrêt photo, une vieille apparaît, s'approche… Après un bavardage en cantonais avec la vieille édentée, on embarque dans le sampan, elle godille… en chantant une mélodie indéfinissable ou les sept tons cantonnais des paroles chevauchent les cinq notes de leur gamme… Pour mes oreilles occidentales les chants du sud-est asiatiques resteront toujours de la bouillie sonore à laquelle il faut s'accommoder, au mieux pour ajouter de l'exotisme aux massages… Au bout de 20 minutes, elle nous dépose avec un sourire complice. Lîle doit faire 50m de diamètre ! A la godille, le sampan s'éloigne... Mavis me traduit en anglais : "Elle sera là à 7h pm pour nous ramener à la voiture. - Et si elle oublie ?- Non elle ne va pas oublier ses H-K dollars !  Heureusement que Mavis avait tout prévu pour la bouffe , on en avait grand besoin !

7 65 une jonque

Mes cours de chinois. Depuis deux mois, je prends des cours de mandarin… pas simple à Hong-Kong où l'on ne parle que le cantonnais. A l'Alliance Française, j'ai trouvé une femme allemande qui habite les nouveaux territoires. Elle est née en Chine et y a vécu pendant 20 ans. En français, elle me parle souvent des "vrais chinois" de Chine qu'elle aime pour leur gentillesse, leur sagesse : "Ne les compare pas à ceux qui vivent ici dans le panier de crabes de H-K ! Ils sont devenu des chiens." Toujours est-il que le mandarin et ses quatre tons s'apprend assez vite quand on est musicien, la grammaire est des plus simples, du genre : "Moi mange riz, demain (ou hier) moi mange riz", pas de conjugaison ! il suffit de ne pas confondre les 4 sons: montant vers le haut/, haut, bas et partant du haut vers le bas.

"Wo she fagouo jen" Un jour d'octobre, mes cinquante mots de chinois m'ont peut-être sorti d'un mauvais pas… J'avais demandé à Mavis de venir avec moi voir un film chinois qui passait à Kowloon dans un grand cinéma. Le fronton, sur plus de dix mètres représentait grossièrement les défilés du premier mai à Pékin. Pendant 2 heures toutes les provinces de Chine ont défilé en costumes traditionnels dans une orgie de couleurs et d'enthousiasme communicatif dans la salle. A la fin du film, j'ai reconnu l'hymne chinois que Mavis m'avait appris. Dans la salle la foule s'est levée d'un bond, poings dressés… impressionnant… Autour de nous, les visages nous étaient hostiles, on me regardait comme un intrus…

Mavis apeurée m'a aussitôt dit à l'oreille : " They think that you are an américan…" Alors je me suis retourné et j'ai sorti du mieux que j'ai pu : "Wo she fagouo jen" : (moi est français) Heureusement, j'en connaissais bien les tonalités pour m'être entrainé à les ressortir, si j'en avais besoin ! Un chinois m'a lancé : "De Gaulle good "!   De Gaulle venait de reconnaître la Chine depuis peu... Mavis leur a dit je ne sais quoi en riant et on a été applaudi !


 

Une heure de glissade vers Macao.


 

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Lîle de Macao fut colonisée par le Portugal pendant 400 ans ! Toutes les indications sont en chinois et en Portugais.

Les joueurs viennent ici, ils dépensent des fortunes, c'est ce que l'on nous a dit. Je suis à l'affut de ce qui peut rappeler cette présence portugaise. Témoins de cette époque, des petites églises baroques et surtout cette façade debout, insolite comme un décor de cinéma installé en haut de larges marches. Beaucoup de fleurs enjolivent les maisons, entourent les fenêtres à jalousies. Des ruelles pavées de galets ronds se dégage une atmosphère paisible qui nous change du chaos de Hong-Kong. Boutiques et artisans affichent leurs métiers en portugais. On croise beaucoup de métis, ici on dit eurasiens. Je retrouve dans la démarche des femmes la grâce et la nonchalance de Tina, la chanteuse du "Cellar Bar" de Hong-Kong qui venait de Macao…

10 65 decor cinema macaoFaçade de la cathédrale (début 17e) : un vrai décord de cinéma


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Retour à Hong-Kong. De retour au Hong-Kong Club, je raconte mes impressions sur Macao au toubib : " Le métissage ? Tu as oublié une chose, nous les latins ne sommes jamais racistes en dessous de la ceinture…" Il rie… "Les anglais, eux, ajoutent le bas… c'est la différence." Je comprends mieux !… Un dimanche chez les Duchemin, Josiane, une des filles, avait trouvé bon de nous inviter dans une partie chez des jeunes anglais de son lycée, ils lui ont fait rapidement comprendre que ce n'était pas dans les coutumes britanniques que je vienne avec Mavis…! Son père intervient : Josiane est jeune, elle ne sait pas ce que représente le drapeau de l'Union Jack qui flotte sur le Hong-Hong Club ! Et oui, ici on est vraiment très loin de l'esprit des "Beatles".

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Sur la route de Repulse Bay.


Invité dans la famille de Mavis...! "Je leur ai parlé de toi...mes parents voudraient te connaître... demain samedi, tous ceux de Hong-Kong seront là, on devra arriver à la maison vers 18 heures ...-Mais je dois être  au DEN pour 20h 15...- je sais, mais mes parents ont déjà organisé la journée."

Le lendemain, nous étions une vingtaine autour de la table tournante picorant dans 11 plats. Les frères et les sœurs de Mavis me parlaient chacun leur tour dans un anglais plein de courtoisie...aucune question personnelle, encore moins dérangeante (tout le monde savait ce que je gagnais à l'Hilton !). Entre eux, de grands éclats de rire ponctuaient leur conversation en cantonnais... Mavis, un peu inquiète en me voyant ...me parle en anglais : " Tu sais, dans les repas de famille, il est d'usage que la conversation se fasse sous forme de joutes verbales en employant des jeux de mots ou des citations célèbres de grands sages. Tout le monde a beaucoup de plaisir à participer surtout dans les repas de famille. Elle rajoute en riant en anglais : "Mes frères s'entrainent...pour avoir plus de succès auprès des filles..." Eclats de rire général. Tout le monde a compris sauf les parents et leurs frères et sœurs qui ne parlent pas un mot d'étranger... C'est le moment de sortir mes 50 mots de mandarin, les parents de Mavis, ses oncles et tantes parlent la langue de Mao pour l'avoir pratiquée avant leur fuite vers  Hong-Kong en 1949. Les tables applaudissent ! mais dès qu'ils s'adressent à moi : ils utilisent tous ceux que je ne connais pas. Il m'en manque au moins 3000 mille ! Evidemment, je reste muet...! Mavis ravie : "Mon père a acheté du vin français pour que tout le monde trinque, c'est la coutume..". Elle sort deux  bouteilles, les met sur la table...Je lis : "Cognac Martel" !! Son père remplit tous les verres (verres de bistro de 12 cl) puis tout le monde lève son verre pour faire "cul sec" . Devant moi, tous retenaient leur grimace...Cinq minutes plus tard tous les visages étaient écarlates... Je suis tout de même arrivé à l'heure au DEN. Là c'est Sandro qui a pris le relais en me voyant arriver ...


Le lendemain, nous étions une vingtaine autour de deux tables tournantes picorant dans 11 plats. Les frères et sœurs de Mavis me parlaient chacun leur tour dans un anglais plein de courtoisie… Aucune question personnelle encore moins dérangeante (tout le monde savait ce que je gagnais à l'Hilton !) Entre eux, de grands éclats de rire ponctuaient leur conversation en cantonnais… Mavis, un peu inquiète en me voyant… me parle en anglais : "Tu sais, dans les repas de famille, il est d'usage que la conversation se fasse sous forme de joutes verbales en employant des jeux de mots ou des citations célèbres de grands sages. Tout le monde à beaucoup de plaisir à participer surtout dans les repas de famille.

Elle rajoute en riant, en anglais : "Mes frères s'entrainent… pour avoir plus de succès auprès des filles…"  Eclats de rire général. Tout le monde a compris sauf les parents et leurs frères et sœurs qui ne parlent pas un mot d'étranger… C'est le moment de sortir mes 50 mots de Mandarin, les parents parlent ce dialecte pour avoir vécus en Chine avant de venir à Hong-Kong. Les tables applaudissent ! Mais dès qu'ils s'adressent à moi : ils utilisent tout ceux que je ne connais pas ! Il m'en manque au moins trois mille ! Evidement, je reste muet…! Mavis, ravie : " Mon père a acheté du vin français pour que tout le monde trinque, c'est la coutume…". Elle sort deux bouteilles, les met sur les tables… Je lis "Cognac Martel" !! Le père rempli tous les verres (verres de bistrots de 12cl) puis tout le monde lève son verre pour faire "cul sec". Devant moi tous retiennent leurs grimaces… Cinq minutes plus tard tous les visages étaient écarlates… Je suis tout de même arrivé à l'heure au Den. Là c'est Sandro qui a pris le relais en me voyant arriver ...


Réveillon de fin d'année 1965 La nuit va être longue, très longue... Sandro prévoit de 8 heures à 4h du matin. La direction a prévu un pianiste de bar qui doit passer alternativement 20min dans chaque endroit où jouent : Trio, Quartet, Sextet et Big-Band au 17e étage. L'hôtel est plein avec ses 2000 clients et son "staff "de 1000 personnes. Sandro a recouvert son piano demi-queue d'une large nappe en soie indienne qui tombe sur la moquette.

12 65 au den mavis et le photographe 1 A droite notre copain Henri... Reporter -Photographe, tué au Viet-Nam  (Photo x)

Dès 21h, des clients sont venus nous offrir le champagne, vers minuit le piano n'offrait plus la place de poser une coupe ! Quant aux seaux, bien à l'abri des regards, ils étaient pleins…


Le drame...

Vendredi soir 7 janvier 66. Vers minuit, entre deux bossas novas, on me demande  au téléphone... "???". A la cabine du DEN, je reconnais cette voix bien parisienne, celle de notre copine Monique qui tenait une poissonnerie Place d'Aligre (12e) " j'ai une triste nouvelle à t'apprendre, Zizi n'a pas le courage... Ton papa est mort, il ne s'est pas réveillé... Il était parti à Pontaubert pour terminer un meuble...Il faisait froid... Son poële à charbon tirait mal... Puis un grand silence...

Il m'est encore difficile aujourd'hui d'évoquer cette détresse, mon père que j'aimais tant... chaque semaine, je lui décrivais les façons de vivre des asiatiques, si loin des nôtres, il était fier de savoir que je fasse du chinois, de mes projets de voyage...Il les suivait sur un planisphère...

En sanglotant, je suis retourné à l'orchestre... "Sandro, je dois rentrer en France, mon père vient de mourir...- Désolé pour toi...il va falloir que tu trouves un remplaçant...". J'ai pas eu le temps de réfléchir à mon geste...il a aussitôt reçu mon poing sur la figure... ce qui évidemment n'effacera jamais sa conclusion hâtivement mercantile. A la pause, Marcello le batteur a appelé Mavis... Admirable compagne qui est aussitôt venue pour ne plus me quitter pendant tout le week-end. Abasourdi par la douleur, j'entrevoyais pêle-mêle : mon désir de rentrer tout de suite... mais, avec quel argent ? J'avais tout mis dans l'achat de la voiture... Un bateau partait le lendemain pour Marseille... Mais  les musiciens me rappelèrent l'impossibilité de payer mes taxes pendant le sacro-saint week-end chez les Anglo-saxons... J'étais comme paralysé...Tout semblait confus, irréel. Il me fallait du temps pour voir plus clair et prendre des décisions réfléchies...Quelques jours plus tard, je décidai de prendre le prochain bateau, celui du 29 janvier 66. Je rends ici hommage à la gentillesse des Duchemin's qui m'ont pris en charge, hébergé chez eux pendant une quinzaine de jours. Simone si tu es toujours de ce monde, fais moi signe... Hommage également au Docteur Desmond qui a su employer les mots  qui me convenaient...

(J'ajoute qu'à cette époque le prix d'un billet aux Messageries Maritimes en classe économique était près de 3 fois moins cher qu'un billet d'avion Air France.)


 

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