Vers quelle destination ?

On hésite... C'est la grande vadrouille !

Choix d'un nouveau lieu pour chanter. On évalue, on gamberge, c'est la grande vadrouille, qu'est-ce qu'on préfère au juste ? S'enrichir…? la santé ou l'esprit ? Du soleil ou des contacts humains, voire des amis... Le planisphère devant les yeux, on raye les distances du doigt, on suppute :  " Moi, j'irais bien à Singapour, je connais si peu, deux fois deux jours avec le bateau... et toi Francine ? - Moi, j'ai un faible pour le Japon, là-bas y'a des saisons... - Oui mais pas mal d'emmerdes, t'as déjà oublié ? et puis, avant qu'ils se décident à répondre... -T'as vu où c'est Singapour ?... en plein sur l'équateur, moi qui suis déjà pas bien épaisse ! - Et le bord de mer : Pattaya", t'as pas envie ? - Six mois, ça risque d'être long et puis, ça doit être envahi de bordels pour américains… toi tu t'en fous, te faire draguer par les nénettes sur la plage, tu trouves ça marrant... mais moi ? - A Singapour, il y a plus d'activités culturelles qu'à Hong-Kong, beaucoup d'universités, t'as remarqué ? A chaque fois qu'on a eu, au bar, des chinois qui aimaient nos chansons françaises : ils venaient de Singapour, ils nous parlaient jamais de fric… La mère Francine, j'te dis qu'on va partir en vacances, et dans 2 mois, on l'aura notre contrat en rentrant.


.20 février 72 : Une proposition inattendue... On reçoit un coup de fil de Tokyo de Franco Romano, le chef d'orchestre que l'on avait connu à Séoul. On est suspendus au téléphone, pas très réveillés ni l'un ni l'autre. "... j'attaque ma cinquième année au "Copacabana", c'est la boîte la plus sérieuse de tout le Japon, la meilleure affaire de tout l'Extrême-Orient, le manager du "Little Copa"  m'a demandé si je connaissais un Duo ou un Trio : j'ai aussitôt pensé à vous, je ne connaissais pas vos prix mais j'ai demandé à tout hasard : 2 000 U.S.$ et nourris, vous les valez. Le manager a accepté tout de suite, il veut que je me porte garant et comme je vous connais... Il continue : si vous êtes libres, ce serait pour commencer le 1er septembre 72. Êtes-vous libres… ? " On tremble, ça va trop vite, est-ce qu'on a bien compris son anglais au fort accent italien ? Et tous nos dossiers en cours de négociations... les vacances qui approchent... vite…  il attend... on compte... avril... mai... juin... juillet... août... cinq mois de vacances, pourquoi pas ?... on se regarde. Francine sourit..." Oui, on accepte ! - Bon, je fais le nécessaire, vous aurez le contrat le plus tôt possible, dès que vous l'aurez, dans une quinzaine de jours, vous ferez votre demande de visa au consulat japonais... - Mais on part en France... - Alors vous ferez votre demande au Consulat du Japon de Paris, c'est mieux ! Bon ! alors rendez-vous devant un plat de spaghetti ! Tchao !

Clic ! c'est fini... on est là, tous cons ! hébétés, ahuris, fébriles : " Alors t'es heureuse ?... toi qui voulais retourner au Japon... Tu te souviens du "Little Copa", on y a mangé avec un type riche, qui nous y avait invités… - Ah oui, au-dessus du night-Club, ce restaurant…  … c'était avec  le directeur du Casino de Beyrouth, ce mec à grande bacchante si imbu de lui-même, on s'était fait chier à sa table... - … mais, les réponses... va falloir faire traîner tout ça... tant qu'on n'a pas le contrat... - Encore du suspense... t'as pas fini d'être énervé l'père Philou !


27 février 72. Depuis hier soir, remous dans le bar normalement si calme et empesé. C'est par un : " Ben mon vieux, pour des étrangers, ils chantent drôlement bien en français ! " qu'on s'est rendu compte que le bar était envahi de nos concitoyens. "Vous n'êtes pas au courant ? On vient de débarquer ce matin, ben quoi ! réveillez-vous les p'tits français ! le "France" est à Hong-Kong ! -Ah ! bon ! "  On n'a pas eu le temps de dire : ouf !  Harold Kay  était là, magnéto sur le piano, micro en main, nous a enregistrés pendant 20 mn, interviewé 3 mn... A la fin, à 2h du matin, après nous avoir demandé de dire " Merci Dubonnet ! ", on est allé visiter le " France" . " Je m'attendais à beaucoup plus de luxe. Vise le restaurant de la "classe touriste" comparé aux hôtels internationaux, il fait un peu figure de snack … - Hé ! Philou… t'as quand même pas ça à Malakoff ! " On éclate de rire !

Bar l aperitif affiche 1Ils sont partis ce soir emportant 1 200 passagers d'une moyenne d'âge de 70 ans avec un doyen en prime de 102 ans. Depuis un mois et demi, ils sont en croisière, ramènent dans leurs frigos deux morts, de mort naturelle et laissé un troisième en pâture aux requins, volonté du défunt oblige ! Le commissaire de bord nous a fortement demandé de venir le voir à la  "Transat"  à Paris, il pourrait nous appuyer... On connaît ce genre de propos échangés dans l'euphorie champagnisante : cause toujours, mon lapin, on ne se dérangera pas.


30 au jus !  On les a nos tickets et pour pas cher, on a profité de la baisse du dollar américain pour convertir nos dollars Hong-Kong, 2 200 Hong-Kong dollars (2000 F) chaque aller-retour, Hong-Kong-Londres - Hong-Kong. Notre avion s'envolera le 7 ou 8 avril, on pense aller quelques jours à Macao avant de quitter l'Asie.


25 au jus ! Francine fait sa première séance d'enregistrement hormis celles faites au Canada pour le duo. On a Joao, un formidable batteur brésilien sans boulot, viré du  Japon voir  la page " A Hong-Kong ,en jachère". Il a la malchance d'avoir une couleur de peau similaire à celle des Philippins, la mafia philippine, le "syndicat" lui barre la route. Alex, le cadavre ambulant, notre agent qui nous avait envoyé en Corée, nous a contacté pour des émissions hebdomadaires de musique brésilienne sur Radio Hong-Kong. Elle n'en mène pas large la Francine devant sa partition d'harmonie. Les chorus d'Alex l'ont conquise, elle veut apprendre la flûte traversière…


Contrat avec le " Little Copa" à Tokyo. On l'a notre contrat japonais même qu'il y a plein de sceaux en caractères japonais, des rouges et des bleus ! Tout a l'air correct, ils paient même 200 kg de surplus de bagages, Franco n'y a pas été de main morte ! La direction se charge de nous trouver un appartement dans les 150 U. S. dollars par mois près de l'endroit où l'on chante, c'est-à-dire à Akasaka-Mitsuké. Tout près de Ginza.

Tout s'harmonise, ça sent la cavale... On profite des premiers chauds rayons du soleil pour aller rêver nos vacances au calme. Au-dessus de Clear Water Bay, en écartant des arbustes pour aller pisser, j'ai découvert un petit torrent, plutôt un gros ruisseau. Pourtant, l'île d'Hong-Kong est dépourvue de cours d'eau. Au début, des papiers gras, des boîtes de coca-cola m'ont fait hésiter et puis, en dégringolant la montagne d'un rocher l'autre, après une cinquantaine de mètres, plus rien, que des oiseaux... Les chinois ne s'aventurent pas si loin, c'est délicieusement propre. L'eau cascade, tourbillonne, paresse au creux d'un rocher blanc, nous arrose, nous baigne... On passe nos après-midi à poil... j'y retournerai souvent en 73 … avec Tamy (voir la page suivante). " Comment va-t-on l'aménager notre bus WW ? - Mmm ! " On a quand même écrit aux hôtels qui semblaient intéressés : " Echéance retardée de six mois pour raisons familiales", ça simplifie et ça évite de froisser les susceptibilités. Les managers d'hôtel ne viennent jamais au  "Little Copa". Trop cher…

On a pris un batteur... Les huit derniers jours, on n'a pas arrêté de se chamailler sur scène à cause du batteur : "… l'impression de retrouver mon métronome à Mexico... - …tant mieux, c'est qu't'en a besoin, tu vas voir les progrès que tu vas faire... depuis le temps qu'on aurait dû s'en acheter un... C'est qu'on vient de faire l'acquisition d'une boîte à rythmes. Au début, c'est pas facile de s'entendre avec elle, têtue comme une bourrique ! Nos émotions, notre souplesse d'interprétation, elle s'en fout... On programme le rythme, on choisit le tempo, on appuie sur la pédale et ça part, le problème est d'avoir su conserver le tempo exact dans sa tête au moment d'appuyer, sinon : un décalage, un retard se produit, suivi d'une accélération pour rattraper la cabocharde... Pour l'instant, seul "le fiacre" est au point. Le trottinement du cheval intrigue beaucoup les clients, des cous se tendent, s'agitent, essaient d'apercevoir le batteur, en vain. " Il va falloir l'emmener à Pontaubert, on en fera une heure par jour... -Tu n'vas pas gâcher nos vacances avec ton bastringue, ton emmerdeur, moi je préfère revenir plus tôt et répéter..."


Le déménagement. En tricot de corps, la peau luisante, le geste précis, il mesure nos différents cartons. Pas un mot d'anglais, si ! un seul, avec deux intonations montées sur inverseur OK ? et OK ! Ça lui suffit, il enjambe les paquets, mesure, griffonne en chinois, sort un boulier de la poche de son pantalon. Ses doigts remontent, descendent, caressent, effleurent les petites boules avec une agilité surprenante, inscrivent encore quelques caractères puis après avoir accepté du thé bouillant (tsha), il disparaît pour revenir une demi-heure plus tard en poussant devant lui une imposante caisse de près d'un mètre cube. Peu de temps après, tout est calé, enfrisé, coulé, cerclé aux bons soins des Messageries Maritimes. Le coût ? : 200 francs, main d'œuvre comprise, de notre appartement d'Hong-Kong jusqu'au Havre et … ça nous coutera 200 francs du Havre à Pontaubert… Cherchez l'erreur ?

Afin d'entrer en franchise douanière, tout a été enregistré hier au Consulat. Devant notre " mobilier" se limitant à quelques objets : agrandisseur, glaçeuse, baffles Hi-Fi, tourne-disque, magnéto et autres choses constituant l'essentiel d'un ménage ! Le Consul n'a pas tellement compris... il nous a quand même conseillé de rajouter 2 couvertures et des paniers  de linge pour faire plus vraisemblable ! Quant  aux 150 kg d'instruments et grâce à notre ami Frasquina, directeur du " Hong-Kong Hotel ", ils resteront  sous  sa protection jusqu'à notre départ pour le Japon... dans 3 mois... merci Georges.

7 Avril 72.Dernière visite aux impôts : mais oui, on avait trop payé, deux fois trop ! Le gouvernement  nous  a rendu 3.000 H-K $ Puis, c'est la dernière, la mille et unième traversée du port en ferry-boat, la plus ressentie, la plus intense. Le clapotement des sampans n'a jamais été aussi doux, même l'imposant porte-avion américain me paraîtrait presque bon enfant si des aspérités inquiétantes ne perçaient son étalage de banderoles multicolores. Des centaines de bateaux picorent la rade, les îles au loin s'auréolent de rose et de pourpre... Gigantesque papillon rouge, une jonque profite d'une brise légère pour nous offrir ses ailes... Demain, nous serons à Paris…


A Paris... (Francis Lemarque...)

10 avril 72. Tout d'abord, visite à l'Ambassade du Japon. On remplit notre demande de visa de travail. Devant notre contrat, l'employé observe un léger raidissement d'admiration : il habite Tokyo et connaît l'endroit de réputation  " Revenez dans un peu plus d'un mois, vos visas seront prêts. - Domo arigato... Sayonara... ! "

Avec l'argent ramené, environ 40.000 francs, on s'achète d'abord un bus WW, en souvenir du Texas : il sera neuf ! Ensuite, là, les projets changent tous les jours... D'abord embrasser nos mamans qui en ont bien besoin ! Pour moi, retrouver mes racines, mes pierres, ma cabane, l'élément complémentaire, indispensable du voyage. Francine a l'air de s'y plaire dans ma niche à Pontaubert (près d'Avallon dans l'Yonne), elle veut que je lui fasse une tour, un petit donjon bien à elle au-dessus des toits avec vue sur la Vallée du Cousin ! Mon fils Olivier est là, lui aussi et pour comble de bonheur, la télé m'a montré ses talents de comédien dans une seconde diffusion de "La mare au diable". " "Alors Olivier, comédien ou musico ? - Moi j'veux faire comme toi, voyager..."

Olivier annie francine 72A Pontaubert : Olivier Blot, Francine et mon inoubliable cousine Annie.

L echelle a pontaubert 72

Dans ma maison, y'a encore du boulot qui m'attend !


Mai 72, Paris : Consulat du Japon. " On vient chercher nos visas de travail…" On attend sagement, l'employé japonais se gratte la tête... visiblement embarrassé, il bredouille : " No aïe...- Pardon ? "  Il rougit, de plus en plus gêné, il se concentre puis lance tout d'un bloc : " Ils sont refusés, je suis désolé..." Les jambes me manquent, je bégaie : " Mmm-ais ça ne peut être qu'une erreur, vous avez bien lu nos noms ? "  Il nous tend cette fois une feuille écrite en japonais, nos deux noms ainsi que Francine et Philou apparaissent bien en pointillés... Je panique de plus en plus. " C'est pas possible... et nos instruments qui sont à Hong-Kong... pourquoi ?"  Un creux resserre ma respiration, m'oppresse, presque une envie de vomir... Francine est pâle à côté de moi... muette, rien à comprendre... " Pourquoi ? " On le regarde, je sais que c'est impoli... " C'est difficile..." On le traque, tant pis, on est en France, si on pouvait le secouer pour savoir... Il disparaît dans un bureau et revient avec un dictionnaire japonais-français. Il cherche... : " Représailles ! " C'est tout, absolument tout ce qu'on saura quant au contenu de ce mot qui mettra en grande partie prématurément fin à notre beau Duo…

Plus tard, en 73, seul à Hong-Kong, j'ai su par un musicien italien de l'orchestre de Franco, qu'à l'époque de notre application de visas, un petit scandale venait d'éclater au night-club du "Copacabana". Deux hôtesses françaises en "touristes", sans doute dénoncées par leurs collègues japonaises, se sont vues expulsées du Japon dans les 24 heures après une descente de police dans l'établissement. Elles travaillaient sans visas de travail. L'affaire fut si sérieuse que le club dut fermer quelques jours et c'est avec beaucoup de difficultés que Franco lui-même arrivera à réintégrer sa place de musicien étranger. Un malheureux hasard voulu que notre application arriva de France en plein scandale :

"Pas de pitié pour les troubadours !"…


 

Retour en Asie

Laos, 14 juillet 72 C'est la mort dans l'âme et après avoir visité tout de même la "Transatlantique" , sans résultat, que nous repartîmes à Hong-Kong. Nos instruments là-bas, nos tickets payés, nous n'avions pas le choix. De nouveau dans les Shung king's de Hong-Kong, on a retrouvé les mines renfrognées des Chinois, les cancrelas dans les douches et les musicos philippins du show-business. " L'espion" avait disparu. Nos vrais amis, les Duchemins en vacances… Restait le copain Tintan vers qui on pouvait s'épancher et raconter nos déboires. Trop connus à Hong-Kong, rasant les murs, risquant à chaque instant de rencontrer des gens avides de satisfactions malsaines, on s'est vite envolés pour le Laos avec un minimum d'instruments. Renaud, lui, était rentré en France…

Chez Lemoine. Jacques Lemoine l'ethnologue nous a proposé d'habiter chez lui à " lap si" (km 6) en pleine campagne, au bord du Mékong. Pendant un mois, on s'est remis à faire des dossiers. Il a fallu tout recommencer : on n'a pas hésité : Trente six exemplaires sont partis. Anxieux, je sentais qu'il fallait nous remettre au travail et vite, s'échapper de cette vie trop facile, émolliente, les "pou sao" laotiennes ne m'amusaient plus du tout ! Premières réponses : deux propositions. L'une venant du "Shangri-là Hotel" de Singapore, l'autre du  "Singapore Hilton" me firent l'effet d'une bombe, c'était inespéré, ces deux hôtels étaient toujours intéressés après nos cinq mois d'absence, je rayonnais de joie…

Là, j'ai senti Francine de plus en plus mal à l'aise… Soudain, elle éclata en sanglots, suffoquait, inconsolable, je me demandais ce que j'avais bien pu lui dire, je la presse de questions, elle était incapable de parler et puis au bout d'un moment interminable, dans un sanglot : " Je vais te faire du mal Philou… ne m'en veut pas… je ne supporte plus d'avoir à sourire à tous ces cons… je vais devoir arrêter notre belle histoire… J'arrête pas d'y penser… je ne veux pas continuer… je ne peux pas signer …"

J'étais abasourdi ! Rien ne put lui faire changer sa décision, ni de lui faire admettre qu'on ne pouvait pas casser ainsi un instrument de travail mis sur pied par quatre années de bagarres, de répétitions, de patience, teintée d'amour aussi...  A bout d'arguments, je lui proposai alors de nous retrouver tous les six mois, d'accepter six mois de contrat par an ! La notoriété du duo pouvait nous  permettre de nous payer six mois de vacances tous les ans ! Mais rien, absolument rien ne pu la faire transiger. Francine avait goûté pendant ses vacances à une toute autre forme de voyage, à une autre forme de liberté qui allait guider sa vie dans de nouvelles directions… Et pour longtemps...

Pour Francine, le duo avait existé et ne pouvait survivre sous une autre forme. Son amour de la musique n'était-il sans doute pas assez grand pour édulcorer le reste... C'est vrai qu'en quittant la France après  mai 68, elle pensait partir pour 3 ou 6 mois... ! Et puis, ces quatre années, pleines à raz bord, jours et nuits en compagnie du père Philou… J'entends encore Francine : " … et puis faut 'c'le farcir le Philou avec ses répèt's …" Depuis un certain temps, le cœur n'y était plus…

Pour ma part, et les années suivantes en Europe me le confirmeront, ce travail de musicien me semblait la condition première qui me permettait de vivre libre, confortablement et, tout en  voyageant…


4 septembre. J'ai quitté Vientiane hier, en cachette, le cœur gros, nous ne voulions ni l'un ni l'autre avoir à se quitter sur le quai d'une gare, Francine avait déjà perdu 2 kg depuis sa décision…" (extrait d'une lettre écrite à ma mère.)

Elis Regina… Du Laos, retraverser le Mékong une fois de plus, prendre le train jusqu'à Bangkok Michelle et Alain Archambault, nos amis d'Hong-Kong m'attendent. Ils sont bouleversés par la nouvelle. " Tu es ici chez toi, tu vas te refaire une santé… t'en à bien besoin… " (Si vous lisez ces lignes faites moi signe…) Chez eux, dans leur petit pavillon, au milieu d'un jardin envahi par des flamboyants, je suis tombé sur des disques d' Elis Regina.  Là, abattu,  j'ai  passé  des  heures  à l'écouter avec un felling que je ne soupçonnais  même pas… Chair  de poule, frissons, état irréel, passages harmoniques insoupçonnés subitement découverts, transcendance ? Ma frustration  était  à  son comble. Le talent d'Elis… me devenait  une thérapie… Deux ans plus tard, en 74 à Pontaubert en réécoutant ce même disque, je retrouverai avec intensité  ces  émotions  vécues lors de cette semaine à Bangkok…

Alain, le mari de Michelle, tous les soirs  me  faisait  connaître  des restaurants  où je pouvais éventuellement trouver un boulot, mais la proximité des bars à "top less", "ago go girls", debout dans des cages, m'indisposaient… C'était vraiment pas mon truc, surtout dans l'état où j'étais… Ma décision fut vite prise je n'avais  plus rien à faire à Bangkok, et puis ma guitare Gibson, ma basse Fender, mon ampli, les costumes du Duo étaient restés au "Hong-Kong Hotel" chez son directeur Mr. Frasquina. Dépité,  meurtri,  humilié,  amputé professionnellement de la moitié de moi-même, sans répertoire solo, amaigri de 7 kg et sous une pluie de questions ironiques, je me suis retrouvé seul à Hong-Kong où les robes de Francine "Destination JAPAN" attendaient... Ce fut un des passages les plus noirs de ma vie…


 Suite dans la page :

En célibataire à Hong-Kong

et au Laos 73/74"

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